De Lia à Liam, le sourire de l’affirmation

La Liberté, Man. « Chaque personne transgenre à son histoire, qui est différente d’une personne transgenre à une autre. » Voici celle de Liam Zarrillo, qui, en devenant un homme, a pu se reconnecter avec sa féminité.

Liam Zarrillo, 27 ans, artiste de théâtre, est homme transgenre queer. De sa jeunesse, ses questionnements de vie, en passant par ses racines familiales italiennes, il partage tout en nuances les étapes de son continuum de vie.

 

Morgane Lemée (La Liberté)
La Liberté, Man. « Chaque personne transgenre à son histoire, qui est différente d’une personne transgenre à une autre. » Voici celle de Liam Zarrillo, qui, en devenant un homme, a pu se reconnecter avec sa féminité.
Liam Zarrillo : « J’entends des choses comme : ‘Ce n’est pas une transition si ce n’est pas médical.’ That’s total bullshit. Chaque personne transgenre à son histoire, qui est différente d’une personne transgenre à une autre. Il n’y a pas un seul type d’expérience, tout comme il n’y a pas une seule définition de transgenre. C’est personnel. » Photo : La Liberté, Morgane Lemée

Dès sa naissance, le monde a compris Liam Zarrillo en tant que femme. Et ainsi durant toute son enfance. Vers 14 ans, celui qui s’appelait à l’époque Lia commence à partager à son entourage qu’il n’est pas hétérosexuel. Ce n’est que quelque temps plus tard qu’il utilise les mots « lesbienne » et « queer ».

« Ça a été tout un cheminement pour affirmer que quelque chose en moi était différent de la norme. Je viens de la banlieue de Winnipeg. J’étais la seule personne queer et androgyne [une personne présentant des aspects à la fois féminins et masculins] de mon école secondaire. Il n’y avait aucun problème, mais je n’avais pas les termes. Je me suis dit que j’étais quelqu’un qui n’avait pas de genre, qui était non binaire, ou fluide, ou autre. C’est seulement quand j’ai rencontré des personnes transgenres ou en transition que j’ai commencé à comprendre, à avoir des discussions avec des gens qui vivaient les mêmes choses que moi, à explorer. »

Au fur et à mesure que Liam Zarrillo grandit, la dysphorie du genre se fait ressentir. « Il y avait un manque total de cohésion entre mon corps et moi. Ça se manifestait avec mes partenaires aussi. Je n’aimais pas de quoi mes vêtements avaient l’air. J’étais complètement déconnecté de ma féminité. Comme s’il n’y en avait pas. Je ressentais des sensations qui m’étaient étrangères, mais je ne savais pas pourquoi. »

Liam Zarrillo essaie alors un chest binder : une sorte de bandage du torse pour masquer la poitrine. C’est une révélation. « J’ai tout de suite compris. Cette sensation, c’était beaucoup plus sensé pour moi. »

 

Des mots pour le dire

Au fil de ces questionnements et de rencontres décisives, le brouillard autour de son identité s’éclaircit. À 22 ans, Liam s’affirme transgenre. Pour l’annoncer à ses parents, et leur partager ce qu’il ressent, il décide de leur écrire une lettre. Craignant la conversation en personne, il la glisse dans leur boite aux lettres. « Ma sœur est comme ma meilleure amie et a toujours été très présente. Avec mes parents, ça a été plus difficile. Ils ont été très surpris. Pourtant, je pensais que c’était quelque chose que je dégageais et dont ils pouvaient se douter. Je comprends, ils n’avaient pas les mêmes outils que moi. C’était 22 ans de ma vie, de leur vie. C’est un ajustement pour tout le monde.

« Mais j’ai beaucoup de chance. Parce que ma famille, d’origine italienne, est plutôt traditionnelle et elle priorise la valeur de la famille avant tout. L’idée de ne plus me parler, de me rejeter, n’était pas une option. Par contre, il a fallu beaucoup discuter. Aujourd’hui, ça va très bien avec toute ma famille. Je suis vraiment chanceux, car je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde. J’ai aussi était très soutenu et encouragé par ma communauté, c’est-à-dire mes amis, qui sont tous très ouverts d’esprit. »

 

Un autre nom, la même personne

Liam tient à ses racines italiennes. C’est peut-être la raison pour laquelle il était aussi très attaché à son ancien prénom, Lia. « Pendant un temps, j’ai hésité à le garder. Je voulais aussi essayer de faciliter les choses, pour moi, pour mes proches. En fait, ça aurait été plus compliqué de demander aux gens de changer mes pronoms pour il, sans changer mon nom. Et au final, Liam, c’est une transition facile pour tout le monde.

« Quand je pense à ma vie avant ma transition médicale, ça ne me donne aucun sentiment négatif. Pour moi, Lia était une femme tellement forte, qui a trouvé le courage de prendre le contrôle de sa vie. Et c’est encore moi, je suis la même personne. J’interagis de la même façon. Je suis juste plus heureux et plus stable. Une meilleure version de moi-même. »

 

Reconnecté à sa féminité

Pour se sentir en parfait accord avec son corps, avec lequel il vit, il était important pour Liam Zarrillo de procéder à des changements physiques et médicaux. En novembre 2014, il commence le traitement hormonal. C’est un processus plutôt facile et rapide, grâce au soutien et à la compréhension de son médecin de famille qui lui a prescrit la testostérone.

Durant cette période de grand changement, beaucoup de sentiments s’entremêlent chez Liam Zarrillo. La plus belle partie de son évolution de genre : avoir renoué avec sa féminité. « Je pense que les émotions extrêmes et opposées de la vie, telles que la peur et l’excitation, existent en même temps. Ça a été vraiment mon expérience pendant un an.

« Auparavant, j’étais tellement déconnecté de ma féminité. Maintenant que j’ai l’air plus masculin et que je suis plus à l’aise dans ma vie, plus confiant, j’essaie de ne plus réprimer ma sensibilité. J’essaie d’être plus disponible émotionnellement. Plus que jamais, je me sens en harmonie avec cette partie de moi-même, que j’ai tant repoussée. »

2016. Étape suivante : la reconstruction chirurgicale de la poitrine. Un changement majeur qui, à ses yeux, nécessite le meilleur chirurgien. Après moult recherches, Liam choisit un chirurgien de Floride, réputé et très expérimenté pour cette opération. Entre collectes de fonds et ventes de chemises, le jeune homme de 22 ans réussit à accumuler les 10 000 $ nécessaires pour avoir accès à l’opération aux États-Unis.

Liam Zarrillo est maintenant un homme transgenre queer ultra présent dans la communauté artistique de Winnipeg. C’est tout un cheminement identitaire qui l’a mené à « sa nouvelle norme ». « Oui, ces changements sont plutôt récents, mais c’est curieux comme ma vie est normale maintenant. Ce n’est pas toujours parfait, évidemment. Certaines choses sont difficiles. Parfois, quand tu te retrouves seul avec tes pensées… Mais tout le monde vit des problèmes, des insécurités. »

 


La grande valeur du terme « queer »

Dès son adolescence, Liam Zarrillo a défini une grande part de son identité comme queer. Plus qu’un simple terme, c’est une vision primordiale à ses yeux.

« La chose la plus difficile pour moi aujourd’hui, c’est la perte de ma visibilité comme personne queer. Utiliser le mot queer a toujours été très important, car ce mot ne renvoie pas seulement à une idée de sexualité. C’est une façon de vivre, une identité. Et avant ma transition, ma place dans la communauté queer se remarquait beaucoup plus. »

« Aujourd’hui, Personne dans la rue, ou par mes vêtements, ne va deviner que je suis queer. J’ai vraiment stéréotypiquement l’air d’un homme. Mais même si je m’identifie comme un homme, mon genre, lui, n’est pas strictement masculin. J’essaie justement de quitter cette idée d’homme le plus possible, ne pas rentrer dans des boites. C’est ça l’idée de queer. C’est fondamental pour moi, j’y attache beaucoup de fierté. Je rencontre et tisse des liens avec beaucoup de personnes grâce à cette position. Conjuguer mon genre et ma sexualité, c’est toute mon identité queer. »