Gaspillage alimentaire. C’est assez : un cri du cœur

En cette période de fin d’année où tout est centré sur l’abondance et que 47% du gaspillage alimentaire au Canada provient des ménages, les mouvements visant à réduire le gaspillage et les déchets, notamment la campagne J’aime manger, pas gaspiller lancent un cri du cœur.

André Magny (Francopresse)

 

Francopresse. En cette période où tout est centré sur l’abondance et que 47% du gaspillage alimentaire au Canada provient des ménages, les mouvements visant à réduire le gaspillage lancent un cri du cœur.
Les festivals Zéro Déchet font surface, notamment à Montréal. Photo : courtoisie Festival Zéro Déchet de Montréal

Minimalisme, zéro déchet, les termes peuvent varier, mais l’objectif est le même : mieux sauvegarder la planète.

On voit apparaître les balbutiements du mouvement zéro déchet au début du siècle, mais plus particulièrement au cours de la présente décennie. Plusieurs villes européennes – 400 selon certaines estimations – ont emboîté le pas au mouvement dont les objectifs sont de favoriser la réutilisation des biens afin d’éviter le plus possible l’enfouissement ou l’incinération des déchets.

En Amérique du Nord, l’une des figures de proue de zéro déchet est la Franco-Américaine Béa Johnson. Lors de récentes conférences au Canada, elle a mentionné qu’il lui semblait que les communautés francophones étaient « plus près de leur alimentation, des plaisirs simples et de la consommation responsable », en faisant référence notamment à l’émergence de nombreuses épiceries en vrac, reconnues pour réduire l’emballage de leurs produits.

Une ville comme San Francisco est sans doute l’exemple typique en Amérique du Nord de la cité qui croit le plus dans l’objectif zéro déchet. L’interdiction de la vente de bouteilles d’eau en plastique, l’installation de 7500 bornes électriques ou l’obligation pour les immeubles de moins de 10 étages d’être munis de panneaux solaires ou de toits végétaux, tout cela fait partie de l’objectif de n’avoir plus de déchets d’ici 2020 – demain. Des villes comme Vancouver et Québec se sont aussi dotées de certaines politiques pour la réduction des déchets. La métropole de la Colombie-Britannique vise l’atteinte du zéro déchet dans 20 ans.

Il existe aussi le mouvement minimaliste, qui prône un mode de vie menant vers une réduction de la consommation. Si certains deviennent minimalistes à la suite de revers financiers, d’autres s’aperçoivent que l’auto dernier cri, le plus gros condo ou le plus récent modèle de téléphone intelligent ne sont peut-être pas essentiels à leur bonheur. Cette simplicité volontaire signifie de ne plus se faire dicter sa vie par les objets. Pour les adeptes du minimalisme, c’est vivre mieux avec moins.

 

Du côté canadien

Sur le site de l’Université d’Ottawa (UO), le mode de vie zéro déchet intéresse grandement l’École d’études sociologiques et anthropologiques de la Faculté des sciences sociales. On y donne différents conseils pour réduire sa consommation, allant du refus des pailles en plastique en passant par la réduction des produits de beauté ou la production de son propre dentifrice.

Concrètement, sur le campus de l’UO, les étudiants ont aussi la possibilité de passer par La Gratuiterie, magasin de partage et d’échanges de vêtements, de matériel scolaire, d’appareils électroniques ou de livres. Tous les lundis matins, les amoureux de caféine ou de chocolat chaud ont la possibilité de profiter gratuitement des matinées caféinées. Seule consigne : apporter sa tasse ou son thermos, ce qui élimine les gobelets de plastique.

À Terre-Neuve-et-Labrador, l’activiste et docteure à la Memorial University Max Liboiron s’intéresse, elle aussi, à la question des déchets. Dans son site Discard Studies, véritable carrefour sur ce qui se fait en matière de luttes à la pollution, elle amène l’idée que celle-ci est « une démonstration du colonialisme » des pays riches à l’égard de la planète. Selon elle, certains pays européens et nord-américains n’hésitent pas « à utiliser l’Afrique comme un évier » pour se débarrasser de leurs déchets.

 

Place au Festival

En novembre dernier avait lieu la seconde édition au Marché Bonsecours, à Montréal, du Festival Zéro Déchet. Organisé par la jeune Association québécoise Zéro Déchet  (AQZD) mise sur pied en 2017 par une poignée de bénévoles, le Festival a attiré 11 000 personnes, plus du double de l’année précédente.

Selon la présidente de l’AQZD, Élodie Briant, convaincre les gens de réduire leurs déchets à la source, de diminuer le volume dans leurs poubelles, « ce n’est pas difficile ». Il suffit d’amener « un éventail de solutions qui convient aux gens », un pas à la fois. Selon celle-ci, changer une habitude prendrait trois semaines! Si l’AQZD a déjà tissé des liens avec des associations semblables en France, elle est loin de fermer la porte à des partenariats avec des groupes francophones hors Québec.

Et à ceux et celles qui se demandent pourquoi il y a tant de femmes engagées dans la défense de la planète bleue au quotidien, Élodie Briant avance le fait « que les femmes investissent davantage la sphère publique et bénévole tandis que les hommes investissent la sphère des affaires et privée. Si la charge d’épicerie et de gestion du domicile et/ou des enfants repose majoritairement sur les femmes, c’est elles en premier lieu qui vont probablement initier la démarche zéro déchet. »

 


À signaler, la thèse de l’anthropologue Marie Lécuyer de l’Université d’Ottawa sur « le phénomène d’accumulation plastique ». Dans ce « periplum petroleum », une réflexion à la fois scientifique, esthétique – presque poétique – et éthique sur notre lien avec cet assassin des océans.