Nous sommes, nous serons. Coupes en francophonie

Le 15 novembre, le gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford a estomaqué la communauté franco-ontarienne par une annonce inattendue de coupes importantes dans les acquis de celle-ci. Ces coupes consistaient à abolir le Commissariat aux services en français, créé en 2007, et à mettre au rancart le projet de création de l’Université de l’Ontario français qui devait accueillir sa première cohorte d’étudiants en 2020. La justification avancée par le gouvernement pour ces mesures étant la nécessité de réduire le déficit de la province, mais celles-ci auront peu d’impact financier dans un budget provincial de 150 milliards.

 

Louis V. Patry, rédacteur en chef, L’Orléanais

 

En peu de temps, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’est mobilisée et a demandé le retrait de ces mesures draconiennes avec l’appui de plusieurs leaders francophones et francophiles à l’échelle de l’Ontario et du Canada. En une semaine, une pétition a réussi à réunir près de 15 000 signataires et l’organisme a pu recueillir un montant de dons significatif.

La dénonciation de ces coupes a été exprimée même par des éditoriaux de journaux anglophones tels le Globe and Mail, le Toronto Star et le Orléans Star.

Il est bon de rappeler qu’il y a environ 625 000 francophones en Ontario et que le français est une langue qui est partagée avec plus de 274 millions de personnes à travers le monde.

Le 23 novembre, le gouvernement Ford a tenté, sans succès, d’amadouer les francophones avec des initiatives relativement banales qui, selon la ministre fédérale des Langues officielles Mélanie Joly, n’étaient qu’une tentative d’étouffer la controverse et que Maître Ronald Caza a qualifiées d’« absolument inacceptables ». L’AFO a décidé de continuer d’aller de l’avant avec son plan d’avoir une quarantaine de manifestations citoyennes à travers la province, le 1er décembre.

Le message qu’a lancé le gouvernement Ford par ces mesures est une insulte à la communauté franco-ontarienne, en portant atteinte à la Loi sur les services en français, adoptée à l’unanimité en 1986 et qui est entrée en vigueur en 1989. En vertu de la loi, le commissaire reçoit et traite les plaintes du public concernant des manquements en matière de services gouvernementaux en français en Ontario. Comme l’a dit Maître Caza, depuis la cause Montfort, il n’est pas permis aux gouvernements d’utiliser des arguments de manque de fonds pour justifier une modification des droits constitutionnels acquis par la minorité francophone.

Il est important que les francophones ne « lâchent pas la patate » et se souviennent des victoires du passé pour contrer le Règlement 17 adopté en 1912 et la menace de fermer l’Hôpital Montfort en 1997. Soyons solidaires avec des gens tels que Carol Jolin, le président de l’AFO, et Amanda Simard, la députée de Glengarry-Prescott-Russell, qui a osé, depuis le début, défendre les droits acquis des francophones en dénonçant les coupes. Face à l’impasse, celle-ci a annoncé le 29 novembre qu’elle quittait le caucus progressiste-conservateur de l’Ontario et siégerait dorénavant comme indépendante.

Nous sommes, nous serons. Ensemble, nous garderons notre place.