La route du vin… ontarien! Vins de l’Ontario : place à la créativité

Francopresse. Trois œnologues invitent à prendre la route des vins ontariens pour déguster, près des chutes Niagara, une dive bouteille. En français.

Trois œnologues invitent à prendre la route des vins ontariens pour déguster, près des chutes Niagara, une dive bouteille. En français.

 

André Magny (Francopresse)

 

Francopresse. Trois œnologues invitent à prendre la route des vins ontariens pour déguster, près des chutes Niagara, une dive bouteille. En français.
Jean-Laurent Groulx du vignoble Stratus. Photo : courtoisie.

L’Ontario compte 175 vignobles répartis principalement dans trois régions : la péninsule du Niagara, la rive nord du lac Érié et le comté du Prince Edward.

En 2005, dix sous-appellations ont été créées au sein de la péninsule du Niagara. Répartis un peu partout au sud de la province, les vignobles ontariens se trouvent près de trois des Grands Lacs : Ontario, Érié et Huron. Les lacs modèrent le froid hivernal et rafraîchissent les vignes au plus chaud de l’été. Quant aux sols, selon les experts, ceux du bassin des Grands Lacs passent du sable à l’argile et au roc, avec une forte concentration de calcaire provenant d’anciens fonds marins exposés par les périodes glaciaires. Le calcaire est essentiellement le même type de sol que l’on trouve en Bourgogne et dans d’autres régions du nord de la France.

Quant au climat, si on se fie aux cartes fournies par l’organisme Wine Country Ontario faisant la promotion du vin ontarien, les températures médianes au-dessus de 10 °C pendant la saison végétative, soit entre le 1er avril et le 31 octobre, seraient supérieures dans la région de la péninsule du Niagara et du lac Érié à celles qu’on peut retrouver notamment à Beaune, en plein cœur de la Bourgogne, à Épernay, en Champagne ou dans la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique.

 

Le vignoble Megalomaniac. Photo : courtoisie

Place à la créativité

Si le terroir ontarien se caractérise notamment par le cabernet franc, le cépage le plus populaire planté en Ontario, les œnologues interrogés s’entendent pour dire que la législation ontarienne en matière de vin permet une plus grande créativité qu’en France.

Jean-Laurent Groux, originaire de la Loire, exerce sa profession d’œnologue chez Stratus, vignoble de 23 hectares à Niagara-on-the-Lake. « La législation en Ontario est plus pour la protection du consommateur », alors qu’en France, c’est véritablement le terroir qui est au cœur des différents règlements comme la date et la hauteur de la taille de la vigne.

Idem pour l’assemblage des différents cépages. « La créativité est plus grande ici », estime Sébastien Jacquey, winemaker selon l’appellation locale, chez Megalomaniac, propriété de John Howard. « Je peux établir mon propre style », estime celui qui a traversé l’Atlantique il y a une dizaine d’années sous l’influence de Jean-Laurent Groux.

S’il a envie de cultiver du chardonnay ou du gamay, il le peut. En France, il serait assez impensable de planter du pinot noir – propre à la Bourgogne ou à la Champagne – dans le Bordelais. Les décrets d’appellations contrôlées restreignent, en effet, le mélange des cépages. Si un vin sort trop des cadres, il se retrouve déclassé en « simplement » vin de France et n’a donc plus le droit d’être reconnu en fonction de son origine géographique comme un bordeaux, par exemple.

En France, on achète un terroir alors que dans le Nouveau Monde, on achète plus un cépage.

En Ontario, c’est l’appellation VQA pour « Vintners Quality Alliance », qui certifie que le vin provient entièrement de raisins cultivés en Ontario.

Outre le cabernet franc, on retrouve chez le vignoble écolo Stratus, entre autres, du sangiovese, un cépage italien, du riesling, du gamay et du merlot. On y fait aussi du vin de glace… rouge!

 

Une route des vins francophone?

Francopresse. Trois œnologues invitent à prendre la route des vins ontariens pour déguster, près des chutes Niagara, une dive bouteille. En français.
Sébastien Jackey, œnologue chez Megalomaniac. Photo : Courtoisie.

C’est la passion du pinot noir qui a conduit en Ontario le Québécois Thomas Bachelder, œnologue, négociant de vins, auteur et chroniqueur viticole. Après un séjour au Clos Jordanne, il met maintenant son art au service du Domaine Queylus. « Comme journaliste, j’avais bu tout ce que le monde pouvait m’offrir… mais le pinot noir m’a complètement conquis. » Lui qui a été formé à Beaune, en France, est aussi œnologue en Oregon; il définit son parcours comme « le chemin de Compostelle du pinot noir! » Absolument passionné par sa profession, il s’est installé avec sa femme québécoise – qui est aussi dans le monde du vin – et leurs deux filles il y a 15 ans dans la région de Niagara. Il explique le succès des vins ontariens par trois choses : « les vignes ont pris de l’âge, on utilise les bons cépages et les gens nous découvrent. »

S’il n’existe pas d’association franco-ontarienne de viticulteurs, il est possible pour les quelque 3 millions de visiteurs qui parcourent annuellement la route ontarienne des vins, de se faire servir en français, en autant « qu’on téléphone deux ou trois jours à l’avance », comme le mentionne Jean-Laurent Groux chez Stratus. Idem, chez Megalomaniac. Quant au site du Domaine Queylus, il est bilingue.

Et ce n’est que la pointe de l’iceberg. Selon Sébastien Jacquey, environ 10 % des vignobles ontariens ont une touche francophone, soit qu’ils appartiennent à des francophones ou francophiles ou qu’ils embauchent du personnel francophone comme lui. On retrouve aussi une présence italienne, allemande ainsi que bon nombre d’Australiens dans les vignes ontariennes. Semblable aux gens qui la vénèrent et cultivent ses nombreux cépages, « le vin », conclut le natif de Sancerre, « représente bien toutes les cultures, d’où sa richesse ».