Les deux solitudes francophones

Opinion. À Tout le monde en parle, les invités se parlaient entre Québécois et Québécoises. Inversement, les réactions à l’affirmation de Mme Bombardier sont le fait de francophones ailleurs qu’au Québec. En d’autres mots, on se parle entre nous, mais pas les uns aux autres.
Billet d’opinion du président de la FCFA sur les propos de Denise Bombardier
Jean Johnson, Fédération des communautés francophones et acadienne
Opinion. À Tout le monde en parle, les invités se parlaient entre Québécois et Québécoises. Inversement, les réactions à l’affirmation de Mme Bombardier sont le fait de francophones ailleurs qu’au Québec. En d’autres mots, on se parle entre nous, mais pas les uns aux autres.
La journaliste et romancière Denise bombardier, aux côtés de l’ancien premier ministre du Canada, Jean Chrétien, sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle. Source: onfr.tfo.org

« À travers le Canada, toutes les communautés francophones ont à peu près disparu. Il en reste encore un peu en Ontario. Au Manitoba j’y suis allée encore au mois de janvier, chez les Métis, là. On ne parle plus le français ». Ces mots de Denise Bombardier à Tout le monde en parle, dans le vif d’un échange avec Jean Chrétien sur l’état du français au pays, ont fait sursauter — à juste titre — des francophones des quatre coins du pays. Plusieurs, sur les médias sociaux, ont donné voix à leur irritation.

Les francophones, les Acadiens et les Acadiennes qui, partout au pays, travaillent dur à chaque jour pour vivre dans leur langue et la transmettre à leurs enfants, sont justifiés d’être offusqués par de telles affirmations. De se demander quels endroits Madame Bombardier a visités, qui elle a rencontré, à qui elle a parlé pour pouvoir poser un jugement tellement final sur l’état de nos communautés. De ressentir et d’exprimer de la frustration parce qu’encore une fois, des leaders d’opinion au Québec parlent de nous, mais pas *à* nous, ou encore nous écorchent au passage pour sonner l’alarme sur l’état du français au Québec (« Si ça continue, on finira comme les Acadiens/les Franco-Manitobains, etc. »).

Il est là, le cœur du problème : les invités et invitées à Tout le monde en parle — dont presque aucun n’a contredit Mme Bombardier — se parlaient entre eux. Entre Québécois et Québécoises. Inversement, les réactions à cette affirmation, sur les médias sociaux, sont principalement le fait de francophones ailleurs qu’au Québec. Peu de médias québécois s’y sont intéressés. En d’autres mots, on se parle entre nous, mais on ne se parle pas les uns aux autres.

Nous sommes les deux solitudes francophones.

Pourtant, nous avons tant en commun, à commencer par les défis démographiques, linguistiques, politiques, économiques, culturels majeurs auxquels fait face le français, tant au Québec qu’ailleurs au pays. Alors… si, au lieu de perpétuer un discours vieux de 40 ans sur la disparition inévitable de nos communautés, les leaders d’opinion québécois et québécoises venaient à notre rencontre ? Si les émissions comme Tout le monde en parle donnaient aux communautés francophones et acadiennes une tribune pour répondre à ce discours ? Pour expliquer, dire, montrer ce que nous sommes, à la fois dans notre vulnérabilité et nos accomplissements ?

Les Québécois et les Québécoises ne nous connaissent pas, et notre invisibilité dans les médias de la province (ou les médias nationaux qui y ont leur siège social) n’aide pas. Le résultat, c’est que nous regardons, sans voix, pendant que d’autres discutent de notre état.

Pourtant, nous travaillons fort, nous aussi, à protéger et perpétuer le français en terre d’Amérique.

Est-ce qu’on pourrait commencer à se parler pour de vrai ?

 

Jean Johnson

Président, Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada

NOTA : Les opinions exprimées dans les lettres d’opinion publiées sur Francopresse n’engagent que leur auteur(e) et ne sauraient refléter le point de vue de Francopresse.