Élections municipales au Canada : La représentation, au-delà du fantôme de Doug Ford

D’ici la mi-décembre, les élections municipales vont se multiplier au Canada. De l’Ontario jusqu’au Nunavut, ce nouvel appel aux urnes est important pour les communautés francophones. Pour diverses raisons.
André Magny (Francopresse)

 

D’ici la mi-décembre, les élections municipales vont se multiplier au Canada. De l’Ontario jusqu’au Nunavut, ce nouvel appel aux urnes est important pour les communautés francophones. Pour diverses raisons.
Le président de l’Association française des municipalités de l’Ontario, René Beaulne. Photo : courtoisie.

D’ici la mi-décembre, les élections municipales vont se multiplier au Canada. De l’Ontario jusqu’au Nunavut, ce nouvel appel aux urnes est important pour les communautés francophones. Pour diverses raisons.

Si vous souhaitez rendre volubile René Beaulne, parlez-lui de ce qu’a fait récemment le premier ministre ontarien Doug Ford concernant Toronto.

Le président de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO) et conseiller du canton d’Alfred-Plantagenet dans l’est de la province a de la difficulté à digérer le fait que le premier ministre ait réduit en pleine campagne électorale le nombre de sièges de conseillers de 47 à 25. Sans être nécessairement contre le fait de réduire certains postes d’élus quand c’est nécessaire, c’est plutôt la façon dont le premier ministre s’y est pris pour arriver à ses fins qui le fait sourciller. « Dans Prescott-Russell, on en a fait du recoupage, ce qui a réduit le nombre de conseillers, mais dans le respect du Municipal Act. On a fait des réunions publiques pour ça. »

Ce qui met aussi en colère le conseiller franco-ontarien, c’est l’argument avancé par Doug Ford selon lequel cette réduction entrainerait une économie de quelque 25 millions de dollars. « Je n’y crois pas. », affirme tout de go René Beaulne. Passer de 50 000 à 100 000 électeurs par conseiller, cela entrainera « une diminution de services aux gens », qu’il faudra bien combler d’une manière ou d’une autre. Et tout cela aura un prix selon le représentant municipal. Il craint également que le PM ontarien répète l’histoire ailleurs. « Je ne serais pas surpris qu’il fasse la même chose à Ottawa, affirme-t-il. L’avenir ne s’annonce pas rose. » Cependant, l’effet Ford pourrait-il avoir un certain impact sur la participation des gens aux élections du 22 octobre ? S’il faut en croire René Beaulne, il est possible que les gens veuillent s’engager davantage sur la scène municipale « parce que le monde veut du changement ».

 

User de stratégie

Il n’y a pas que les politiciens qui s’intéressent aux élections. Les organismes francophones, qu’ils soient dans le domaine économique ou communautaire, peuvent y voir leur intérêt.

Au Manitoba, Louis Allain, le directeur général du Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba (CDEM), estime que le vote du 24 octobre est pris très au sérieux avant… mais aussi après. Une fois les résultats connus, il y aura pour le CDEM un travail de sensibilisation, de liens relationnels à créer avec les nouveaux élus pour faire avancer certains dossiers. « Tout ce qui est services de proximité, c’est important pour les municipalités bilingues », le plus souvent réparties dans le monde rural. Louis Allain donne des exemples de projets structurants menés en collaboration avec les élus municipaux comme des projets éoliens, du transport ferroviaire ou le traitement des eaux.

D’ici la mi-décembre, les élections municipales vont se multiplier au Canada. De l’Ontario jusqu’au Nunavut, ce nouvel appel aux urnes est important pour les communautés francophones. Pour diverses raisons.
Isabelle Dasylva-Gill

Selon le dg du CDEM, il y a moins de couleurs politiques au niveau municipal manitobain qu’au plan provincial. Les gens travaillent plus dans le sens des enjeux locaux. Quant à savoir si une situation comme celle survenue à Toronto peut se produire dans la patrie de Louis Riel, Louis Allain s’amuse de la question. « Le ménage avait été fait avant par les conservateurs au niveau du nombre de conseillers ! Notre premier ministre n’avait pas de comptes à régler, lui, avec ses prédécesseurs. »

À l’Ile-du-Prince-Édouard (IPÉ), la Société Saint-Thomas d’Aquin (SSTA), l’organisme porte-parole des intérêts des Acadiens et des francophones de l’ile, veille au grain. Sa directrice générale, Isabelle Dasylva-Gill affirme que la SSTA surveillera attentivement les élections du 5 novembre, en raison de rapprochements réalisés avec certaines municipalités dans le cadre du Congrès mondial acadien (CMA), qui aura lieu du 10 au 24 août 2019 dans le sud-est du Nouveau-Brunswick et à l’Ile-du-Prince-Édouard. Certaines municipalités de la région Évangéline, dans l’ouest de l’Ile, accueilleront les participants du CMA. Il importe donc que les nouveaux élus et la SSTA soient sur la même longueur d’onde.