Ontario, Nouveau-Brunswick et Québec : Virage à la droite politique dans une 3e province de suite

La dynamique nationale est transformée. Dans trois provinces, des partis de droite sont maintenant au pouvoir. Un politologue pressent « un effort national pour renverser le gouvernement libéral à Ottawa en 2019 ».
Jean-Pierre Dubé (Francopresse)
La dynamique nationale est transformée. Dans trois provinces, des partis de droite sont maintenant au pouvoir. Un politologue pressent « un effort national pour renverser le gouvernement libéral à Ottawa en 2019 ».
Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, en campagne électorale, vient de balayer la province en remportant 74 des 125 sièges de l’Assemblée nationale. On ignore pour le moment quelle est sa position sur la francophonie canadienne. (Page Facebook de la CAQ)

Des partis de droite ont capitalisé ces derniers mois sur un vent de changement dans trois provinces gouvernées par des libéraux. Après l’élection du populiste Doug Ford en Ontario et la faible avance du conservateur Blaine Higgs au Nouveau-Brunswick, le Québec s’est doté le 1er octobre d’une forte majorité de droite avec la Coalition Avenir Québec (CAQ). La dynamique nationale est bouleversée.

Les mêmes tendances politiques sont présentes dans les trois provinces : la fin des luttes à deux remplacées par le multipartisme, des mandats simples, l’absence de projets de société et l’effritement des partis traditionnels.

« L’ampleur de la victoire de la CAQ a surpris tout le monde, déclare Martin Normand, post-doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa. La part du vote libéral a chuté dramatiquement : c’est le signe d’une fatigue mal mesurée. Le résultat dépasse la marge d’erreur de tous les sondages. »

Selon le politicologue, cette fatigue est fondée sur la frustration des citoyens face à la gestion des dépenses. « Les provinces ont demandé aux populations de faire beaucoup d’efforts pour redresser les finances publiques. L’insatisfaction se traduit par un retour de partis conservateurs qui n’est pas nécessairement un retour à des valeurs de droite. »

Il reste peu de gouvernements libéraux au Canada

La dynamique nationale est transformée. Dans trois provinces, des partis de droite sont maintenant au pouvoir. Un politologue pressent « un effort national pour renverser le gouvernement libéral à Ottawa en 2019 ».
Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard alors que sa formation se préparait au scrutin de 2014. Les libéraux ont subi une raclée avec une chute de 68 à 32 sièges et le premier ministre sortant a laissé présager qu’il allait démissionner. (Page Facebook du PLQ)

L’historien Joel Belliveau concorde. « Il y a de l’insatisfaction avec beaucoup de choses et on voit un populisme à la Donald Trump qui peut jouer dans certains endroits. Je ne suis pas sûr que la CAQ soit la même saveur de la droite. » La formation ressemblerait davantage à l’ancienne Union nationale, qui a dominé le Québec au milieu du siècle dernier.

Le professeur de l’Université Laurentienne de Sudbury, en Ontario, note que nous assistons à l’éclatement d’une configuration politique stable depuis 50 ans dans la plupart des provinces. « En Ontario, on a eu une alternance entre un parti libéral et un parti conservateur qui était progressiste. Maintenant, c’est comme si l’autre aile du parti conservateur a pris le pouvoir. »

Martin Normand remarque qu’il reste peu de gouvernements libéraux au Canada, hors de l’Atlantique, ce qui indique un mouvement contre le parti centriste. Il n’écarte pas la possibilité que l’Alberta choisisse d’élire un gouvernement conservateur en 2019 pour remplacer les néo-démocrates.

Ces changements se produisent, selon lui, alors que « le parti libéral fédéral s’embourbe dans des problèmes régionaux à répétitions » : Netflix au Québec, l’emploi dans l’Atlantique, les pipelines en Alberta et les autochtones en Colombie-Britannique.

Des récriminations anti-francophones ont fait surface

Élu en juin, le premier ministre ontarien Doug Ford s’est empressé de défaire l’héritage libéral, éliminant des programmes et s’opposant à certaines initiatives fédérales. Le lendemain de son élection, le chef de la CAQ, François Legault, a montré une certaine affiliation avec son homologue ontarien.

Le caquiste s’est dit prêt à utiliser la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés pour interdire aux représentants de l’État québécois le port de signes religieux ostentatoires. Doug Ford a évoqué en septembre cette clause très rarement utilisée pour se soustraire à un jugement rejetant son projet de loi pour réduire la taille du conseil municipal de la Ville de Toronto.

Dix jours après le scrutin au Nouveau-Brunswick, les chances du libéral Brian Gallant de former un autre gouvernement ne tiennent qu’à un fil, après avoir récolté un siège de moins que son adversaire conservateur.

Des récriminations anti-francophones ont fait surface dans cette province où, depuis 50 ans, les deux principaux partis avaient normalisé le bilinguisme comme mode d’opération. « Ça semble voler aux éclats, estime Joel Belliveau : les conservateurs n’ont presque pas d’appuis chez les Acadiens et les libéraux vont chercher peu de régions anglophones. »

L’élection du 1er octobre au Québec confirme l’effondrement du Parti québécois (PQ), qui a terminé en 4e place avec neuf députés (30 élus en 2014), le résultat le plus bas depuis la fondation du parti, maintenant privé de statut officiel.

La déconfiture du PQ enlève-t-elle aux minorités francophones le levier politique qu’elles ont eu pendant des décennies pour plaider un meilleur traitement du fédéral alors que le Québec menaçait de se séparer ?

« Ça fait déjà quelques élections que l’option souverainiste ne représente plus de menace, explique Joel Belliveau. Cette carte n’existe plus pour le fédéral ni pour les communautés elles-mêmes. »

La Politique d’affirmation du Québec va tomber à l’eau

La CAQ est un parti à la fois nationaliste et fédéraliste qui entend défendre le Québec farouchement. Mais on ignore l’impact qu’il pourrait avoir sur les relations avec Ottawa, les autres provinces et la francophonie canadienne.

« Je ne pense pas que c’est dans la plateforme du parti, remarque Martin Normand, je pense que François Legault ne s’est jamais prononcé sur les relations avec les communautés francophones. C’est sur ce plan que ça devient inquiétant : on ne voit pas d’allié naturel des francophones dans la CAQ. »

On ne connait pas non plus le sort que la Coalition réservera aux engagements du Québec en matière de francophonie, incluant des instruments comme le Centre de la francophonie des Amériques.

« Les caquistes vont aussi se lancer dans la réduction des dépenses, suggère le politicologue. Je ne suis pas sûr que les efforts des libéraux pour créer des liens avec les hors Québec en sortiront indemnes. Mais tout ce qui est de la Politique d’affirmation du Québec et des relations canadiennes défendue par le ministre Jean-Marc Fournier, ça va tomber à l’eau. »


Partis au pouvoir dans les provinces et territoires (date des élections)

Nunavut                                  Députés indépendants (2017)

Territoires du Nord-Ouest      Députés indépendants (2015)

Yukon                                     Parti libéral (2016)

Terre-Neuve-et-Labrador        Parti libéral (2015)

Ile-du-Prince-Édouard            Parti libéral (2015)

Nouvelle-Écosse                     Parti libéral (2017)

Nouveau-Brunswick               Parti libéral (2018)

Québec                                    Coalition Avenir Québec (centre droit) (2018)

Ontario                                    Parti progressiste-conservateur (2018)

Manitoba                                 Parti progressiste-conservateur (2016)

Saskatchewan                         Parti saskatchewanais (centre droit) (2016)

Alberta                                    Nouveau Parti démocratique (2015)

Colombie-Britannique             Nouveau Parti démocratique (2017)