Programme d’action culturelle communautaire : L’expression de l’âme en français

Le nouveau Programme d’action culturelle communautaire pour les écoles et les communautés de langue officielle en situation minoritaire propose des subventions pour soutenir l’offre en culture. Une initiative qui plaît à Réjean Paulin.
Réjean Paulin (Francopresse)
Le nouveau Programme d’action culturelle communautaire pour les écoles et les communautés de langue officielle en situation minoritaire propose des subventions pour soutenir l’offre en culture. Une initiative qui plaît à Réjean Paulin.
De souche acadienne, Réjean Paulin a parcouru la francophonie tout au long de sa carrière de journaliste. Il a aussi vécu en France, au Québec et dans l’Ouest canadien avant de s’établir à Ottawa où il est professeur en journalisme au collège La Cité.

« Ceci est une chaise. This is a chair. » Il y a des jours où l’on aurait envie de dire que le bilinguisme officiel ne va pas plus loin que la traduction. Je vais m’en abstenir cette fois-ci. On reproche souvent aux journalistes d’être négatifs. On ne peut le nier. Cela dit, je crois dans un métier qui marque en rouge les travers de notre monde. Le classement des pays selon leur qualité de vie et le respect des journalistes révèle que les deux vont de pair. L’indice de développement humain est élevé là où il y a liberté d’expression. En d’autres mots, on est mieux là où les citoyens sont libres de critiquer. Ceci dit, il faut parfois mettre la vindicte de côté pour saluer une belle initiative. Il y en a une justement qui vient du gouvernement fédéral. Elle va évoluer avec la participation de la Fédération culturelle canadienne-française.

Il s’agit du tout nouveau Programme d’action culturelle communautaire pour les écoles et les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Il propose des microsubventions pour soutenir l’offre en culture en milieu scolaire. Environ mille écoles des communautés minoritaires anglophones et francophones vont en profiter.

La Politique sur les langues officielles prend de l’envergure. Elle ne se limite plus au décompte des écoles et des élèves, à l’offre de services, à l’équilibre linguistique dans la fonction publique ou à la traduction des lois. Ici, elle ne fait pas que de la brique et du mortier. Elle sort des bureaux fédéraux et du dictionnaire pour toucher l’âme francophone.

Des dizaines de milliers d’élèves iront à l’école non seulement pour étudier en français, mais aussi pour exprimer leur culture et la renforcer. C’est par le partage d’une culture que l’on s’identifie. L’identité nait non seulement de langue parlée. Elle se manifeste par nos réalisations : une pièce de théâtre, une chanson, un tableau, une sculpture…

Un jour, je me suis retrouvé à Tofino sur l’ile de Vancouver, un des points les plus éloignés des terres françaises du Canada. Je contemplais le Pacifique pendant que mon esprit vagabondait sur la francité canadienne. Vancouver n’est pas un nom français… Tofino non plus. Rien de français dans les alentours sauf l’information au sujet du parc national Pacific Rim, de sa faune et de sa flore, qui était bilingue conformément à la Loi sur les langues officielles.

Bien sûr, la mise en garde en français contre ce raton laveur qui avait pillé ma glacière me faisait sentir chez moi au côté de cet adorable brigand masqué. (Oui, je les aime bien. J’avais une vigne rustique chez moi qui en attirait un. J’en négociais la sauvegarde en lui donnant une bonne pomme d’automne). Mais trêve de facétie, c’est bien peu pour permettre à l’âme du peuple francophone canadien de grandir, et de garder sa place dans le paysage culturel. On ne vit pas qu’avec des mots… On le fait en avec tout son bagage, sa pensée, ses valeurs, sa langue, les faits de sa vie, de son histoire et des émotions qui en ont résulté. C’est ça la source de la création, du bricolage le plus naïf aux plus beaux accords de musique.

Ce nouveau programme va contribuer à ouvrir la porte de la création à la jeunesse francophone et par le fait même, à sa réalisation. Ici, on s’adresse à ceux dont l’œuf attend d’éclore.

Espérons toutefois que des procédures administratives interminables ne viennent pas compliquer la vie des écoles qui demanderont ces subventions. Presque toutes les associations francophones qui sollicitent Patrimoine canadien en ont long à dire là-dessus.

Ce serait bête de dépenser des millions pour mieux occuper la fonction publique, même si ce sera dans les deux langues officielles.
Cela dit, restons conforme à la Loi. Soyons bilingue dans nos espoirs. Let’s keep our fingers crossed. Touchons du bois. Comme en toute chose, c’est avec l’usage que l’on verra si ça marche…

Oups ! J’avais dit que je mettrais la vindicte de côté… Difficile de s’en passer.