Mois du cancer de la prostate

Septembre est le mois de la sensibilisation au cancer de la prostate, le plus commun chez les Canadiens. Cancer de la prostate Canada mène cette année une campagne : une nouvelle collection de gants de latex pourrait inciter les hommes de se faire examiner le rectum.
La campagne met le doigt sur la résistance des hommes
Jean-Pierre Dubé (Francopresse)
Septembre est le mois de la sensibilisation au cancer de la prostate, le plus commun chez les Canadiens. Cancer de la prostate Canada mène cette année une campagne : une nouvelle collection de gants de latex pourrait inciter les hommes de se faire examiner le rectum.
« Napoléon Bonaparte : son doigt a envahi l’Europe. Prochaine fonction, votre prostate. » Cette annonce a été publiée le 21 septembre dans le Globe and Mail, un partenaire officiel de la campagne de Cancer de la prostate Canada.

Le dépistage du cancer le plus fréquent chez les Canadiens fait l’objet d’une campagne humoristique. Cancer de la prostate Canada (CPC) veut encourager les hommes à demander l’examen en présentant une ligne de gants de latex inspirée par 13 célébrités. Une campagne essentielle, note la psychologue Jalila Jbilou, puisque « les hommes ne vont pas souvent voir leur médecin ».

L’humour est au cœur des stratégies pour encourager les hommes à dépasser leur gêne relativement à leurs parties intimes, surtout quant à la palpation de leur cavité rectale. CPC mise beaucoup sur la légèreté, apprécie la médecin-chercheur spécialiste en santé publique de l’Université de Moncton.

« L’humour permet de dédramatiser la situation. C’est justement l’approche que j’utilise dans mon projet avec les hommes en santé mentale pour qu’ils se sentent moins intimidés par le système. On utilise des termes imagés, des termes en lien avec les sports et la mécanique. »

La campagne annuelle de septembre inclut le fameux joueur de baseball Babe Ruth, le bucheron légendaire Paul Bunyan et le célèbre conquérant Napoléon Bonaparte. Un gant de latex serait moulé selon l’index de la main droite de chacun d’eux.

« Abraham Lincoln : son doigt a rédigé le discours de Gettysburg. Prochaine tâche, votre prostate. » L’organisme mobilise avec The Famous Fingers Collection les grands moyens pour conscientiser les hommes, même si le taux de mortalité lié à ce cancer aurait chuté de 40 % en 20 ans.

Quand le médecin de famille est une femme…

Le besoin de sensibilisation demeure pressant puisqu’un homme sur sept recevra le diagnostic, note CPC. On estime que plus de 4000 Canadiens mourront cette année du cancer de la prostate.

Ce n’est pas un examen très invasif, assure Jalila Jbilou, mais il peut gêner certains hommes. « J’en ai vu mal à l’aise quand le médecin de famille est une femme, une jeune femme ou un jeune homme. L’enveloppe humoristique permet d’améliorer l’acceptabilité. »

En plus d’éduquer le public, ajoute CPC, « nous offrirons des tests de l’antigène prostatique spécifique (APS) gratuits dans les provinces où ces tests ne sont pas assurés. » Le test est une prise de sang qui mesure la quantité de la protéine d’APS. Des taux élevés peuvent révéler un cancer, mais aussi d’autres troubles de la glande sexuelle.

Ce test n’est pas infaillible, avise la spécialiste en santé publique, il y aurait de faux positifs et de faux négatifs. « La science est là, mais il n’y a pas assez de preuves robustes pour un dépistage systémique. »

La spécialiste Jbilou précise que la résistance des hommes n’est pas l’unique défi. « Le dépistage du cancer de la prostate, contrairement à celui du cancer colorectal, n’est pas une politique de santé publique. Sa pratique n’est pas recommandée par les grandes agences de prévention. »

Septembre est le mois de la sensibilisation au cancer de la prostate, le plus commun chez les Canadiens. Cancer de la prostate Canada mène cette année une campagne : une nouvelle collection de gants de latex pourrait inciter les hommes de se faire examiner le rectum.
La médecin-chercheur spécialiste en santé publique, Jalila Jbilou de l’Université de Moncton, s’intéresse aux pratiques préventives et à l’alphabétisation en santé des hommes. « L’humour permet de surmonter un peu la gêne. » Photo : Daniel St-Louis

Les hommes doivent être l’agent de leur propre santé

Il s’agit donc d’une pratique médicale soulevée en clinique lorsque le patient atteint l’âge de 50 ans. Comme « les hommes sont des sous-utilisateurs du système de santé », précise-t-elle, l’occasion de proposer l’examen se présente rarement.

Il est important de comprendre, souligne Jalila Jbilou, que « les lignes directrices en santé publique ne recommandent pas le dépistage systématique. C’est plutôt un examen que le médecin proposera sur la base de certains facteurs de risque ou sur demande du patient. Donc, les hommes en tant qu’agents de leur propre santé doivent être informés et outillés pour être en mesure de demander un examen.»

L’autre défi, c’est qu’à ses débuts, ce cancer ne présente habituellement pas de symptômes. Mais dans ses stades plus avancés, leur apparition signifie que les options de traitement sont limitées, réduisant dramatiquement le taux de survie.

L’organisme a lancé en juin le premier programme national sur les thérapies radionucléides. « Les chercheurs canadiens donnent le ton à l’avenir des traitements pour les hommes atteints de cancer avancé de la prostate au pays grâce à une subvention de CPC financée par la Fondation Movember ».