Scène internationale : Sans le français, le Canada perdrait son lustre

On ne pense pas souvent à la dimension internationale quand on défend la langue française au Canada. Par contre, l’ex-diplomate Ved Bhatia croit que sans le français, le Canada perdrait son lustre. Propos de Réjean Paulin.
De souche acadienne, Réjean Paulin a parcouru la francophonie tout au long de sa carrière de journaliste. Il a aussi vécu en France, au Québec et dans l’Ouest canadien avant de s’établir à Ottawa où il est professeur en journalisme au collège La Cité.
Réjean Paulin (Francopresse)

La langue française fait briller le Canada sur la scène internationale.

C’est l’avis d’un ex-diplomate indien que j’ai rencontré par hasard il y a quelques semaines.

Pourtant, Ved Bhatia ne parle pas français. Il trouve notre langue très difficile à apprendre, mais le français et la culture qu’il véhicule le fascinent.

Ved Bhatia est originaire de l’Inde. Il a représenté son gouvernement en Allemagne, en ex-Yougoslavie, en Égypte, en Indonésie et en Australie. Il y a 30 ans, il était nommé en poste au Canada. Il s’est épris du pays au point de l’adopter et d’en devenir citoyen.

De grands évènements ont jalonné sa carrière telle l’invasion de l’ex-URSS en Afghanistan, la Guerre froide et le démantèlement du mur de Berlin, de même que la guerre du Vietnam.

En comparaison, la présence du français dans le monde semble bien anodine.

Pourtant, l’émergence pendant les années 60 de la famille planétaire francophone qui s’est soldée par la création de l’Agence de coopération culturelle et technique en 1970 l’a profondément marqué.

Il s’anime avec force dans la voix, le geste et le regard quand il évoque la francophonie internationale. La langue française est le véhicule des plus grandes valeurs de société, à son avis. Il voudrait que la devise de la France, Liberté, égalité, fraternité, soit écrite partout. De ces trois mots, c’est égalité qu’il trouve le plus important. Et ce principe est inscrit dans notre Charte des droits et libertés.

Il s’émerveille de ce que la composante francophone apporte à notre pays sur la scène internationale.

Le Canada « brille dans le monde, dit-il. Sans le français, il perdrait tout son lustre. » C’est clair à son avis. L’usage du français est un formidable atout diplomatique.

Cet ancien diplomate confirme que le libéral Paul Martin Sr avait raison. Il a fait partie de quatre gouvernements ; ceux de William Lyon Mackenzie King, Louis Saint-Laurent, Lester B. Pearson et Pierre Elliott Trudeau.

On discutait ferme au cours des années 60 de la place du Québec et de la langue française au Canada. C’était à l’époque de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme. Dans ce grand bouillonnement, Paul Martin Sr défendait l’idée que le Canada profite de sa francité pour se distinguer sur la planète.

La langue française est un trait distinctif. C’est aussi une langue parlée dans plus de 80 pays… Ce réseau crée des liens naturels qui épargne souvent au Canada de se retrouver seul face aux États-Unis.

C’est vital pour le domaine culturel. Les Américains aimeraient bien que le soutien de l’État à la culture soit aboli. Facile pour eux d’envisager la création culturelle sans subvention. Le marché est là pour l’acheter. Imaginons le résultat au Canada… Ce serait catastrophique pour le fait français presque partout au pays. Bien des sociétés culturelles, troupes de théâtre, écrivains, cinéastes, journaux, radios communautaires succomberaient d’inanition. Ce n’est déjà pas toujours rose de ce côté. Facile de deviner la suite si on appliquait la seule doctrine américaine.

On ne pense pas souvent à la dimension internationale quand on défend la langue française au Canada. Pourtant, c’est un acteur du grand théâtre des nations que l’on protège.

Tous les francophones du pays le font. Les échos de Molière que l’on entend aux abords des trois océans, dans les Prairies, dans le Vieux Québec ou ailleurs constituent autant de facettes lustrées que cet ancien diplomate se plait à admirer. Chaque mot français qui sort de notre esprit agit tel un tissu qui polit la pierre.

Merci à Ved Bhatia d’en faire état. Puis, n’oublions jamais que nous y sommes tous pour quelque chose.