Révision de la Loi sur la radiodiffusion : La magie de la loi pour les ondes francophones

Marco Dubé. Photo : Carl Marchand, Radio-Canada (ICI Estrie)
Réjean Paulin (Francopresse)
<em>De souche acadienne, Réjean Paulin a parcouru la francophonie tout au long de sa carrière de journaliste. Il a aussi vécu en France, au Québec et dans l’Ouest canadien avant de s’établir à Ottawa où il est professeur en journalisme au collège La Cité.</em>
De souche acadienne, Réjean Paulin a parcouru la francophonie tout au long de sa carrière de journaliste. Il a aussi vécu en France, au Québec et dans l’Ouest canadien avant de s’établir à Ottawa où il est professeur en journalisme au collège La Cité.

Elle parle et fait parler. De Vancouver à Saint-Jean Terre-Neuve, on la dit trop montréalaise ou trop québécoise. Qui est-ce ? Vous l’avez sans doute deviné, il s’agit de Radio-Canada.

Ça fait près de quatre décennies que notre diffuseur national s’attire les critiques des communautés francophones en situation minoritaire. J’en avais entendu en Saskatchewan en 1980, quelques années à peine après la création d’un réseau français d’un océan à l’autre. Cela faisait quelques années qu’on répétait les mêmes en Acadie.

Il faut bien admettre, à la décharge de la société d’État, que le défi est de taille. Comment desservir équitablement un auditoire de sept millions de personnes étalées sur la moitié d’un continent, dont six millions sont concentrés au Québec ? Pas facile.

En toute logique, un média s’adresse d’abord à son public. L’auditoire concentré dans son coin de pays est son champ d’action. Impossible de s’en détacher sans perdre des plumes. Ce serait comme ne pas parler à ses voisins.

Cela dit, il est toujours possible de pousser dans une direction plutôt que dans une autre. Dans ce cas-ci, il faudrait imaginer une sorte d’observatoire d’où on verrait les trois océans plutôt que le Saint-Laurent.

La présidente-directrice générale de la SRC vient peut-être d’adopter ce regard. Elle vient de nommer Marco Dubé au poste de directeur général de son cabinet.

Marco Dubé est Franco-Ontarien. C’est à titre de journaliste, dans les années 90, qu’il a fait ses débuts à Radio-Canada. On l’a entendu sur les ondes de CHFA en Alberta, puis à Sudbury, Toronto et Ottawa. Il a par ailleurs dirigé une publication sur les droits scolaires… Pas de doute, il connait le monde francophone canadien, qu’il sait bien plus large que la seule société québécoise.

Il a gravi les échelons pour devenir en 2016, directeur général des Services régionaux pour les Services français de Radio-Canada.

C’est pourvu de ce bagage qu’il se joint à la plus haute instance de la SRC alors que l’on prépare la révision de la Loi sur la radiodiffusion.

Il reconnait qu’on s’attend à ce qu’il joue un rôle de leadership dans cette démarche.

Marco Dubé. Photo : Carl Marchand, Radio-Canada (ICI Estrie)
Marco Dubé. Photo : Carl Marchand, Radio-Canada (ICI Estrie)

C’est fondamental. Sans cette loi, le paysage médiatique canadien serait soumis à la seule loi du marché. Sans profit, pas de télé ni de radio. On imagine facilement la suite quand un média doit desservir les auditoires restreints que sont la plupart des communautés en situation minoritaire.

Si le réseau français de la SRC existe, c’est parce qu’il répond à un idéal de société protégé par une loi.

Cela dit, il y a place pour de l’amélioration et c’est ce que l’on attend de la prochaine mouture qui remplacera celle des années 90.

Le monde a bien changé depuis cette époque, avec internet et les réseaux sociaux. L’enjeu consiste à garantir aux minorités une part pleine et entière de ces nouveaux moyens de diffusion. Cela veut dire aller plus loin que ce qui a été fait à l’époque ou seules télé et radio voguaient dans l’espace médiatique.

Le nouveau directeur général sera appelé à ne jamais perdre cela de vue.

Je termine sur un vieux souvenir de voyage. J’ai fait le trajet en train entre Strasbourg et Prague pendant la Guerre froide. En une journée, j’avais entendu parler français, allemand et tchèque. Autre univers une fois arrivé à Prague ; pas un titre de journal n’évoquait le bloc politique occidental que je venais de quitter. Je n’avais pourtant parcouru que 450 kilomètres.

Deux mois plus tard, j’ai quitté Moncton pour Regina… Quatre mille kilomètres en avion. Arrivé à ma chambre, j’ouvre la télé. C’était en français que j’ai pu écouter Radio-Canada, avec Bernard Derome que j’avais vu la veille en Acadie.

C’était magique. Cette magie, c’est la Loi sur la radiodiffusion qui la rend possible. Ce que l’on attend aujourd’hui, c’est ce que cette magie ne soit pas qu’illusion.

 


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