Meunier, tu dors… Ton moulin bat trop vite ? [REPRISE]

Stuart Fogel, de l’Université d’Ottawa, étudie le sommeil et la mémoire.
André Magny

Si le meunier de la célèbre comptine est dans la vingtaine, voire la trentaine et pourquoi pas la quarantaine, il y a de bonnes chances qu’il se souvienne que son moulin battait trop vite, quand il se réveillera. Mais s’il a au-delà de la soixantaine ?

Stuart Fogel, chercheur en neuroscience à l’Université d’Ottawa, a étudié les liens entre le sommeil et la qualité de la mémoire. Pour avoir une mémoire en forme, dormir sept ou huit heures par nuit est une bonne solution… quand on est jeune. Mais la récente étude du scientifique démontre que, malheureusement, la faculté de consolider dans notre mémoire, tout en dormant, les habiletés et informations acquises dans une journée diminue avec l’âge en raison des changements qui interviennent sur le sommeil.

C’est pendant la phase du sommeil léger que se construit la mémoire. À cette étape, les chercheurs détectent la présence de fuseaux du sommeil, sorte de protection contre les bruits perturbateurs. Ces fuseaux sont liés à l’augmentation de la mémoire au cours de la nuit, y compris à l’accroissement des habiletés motrices, au raisonnement et à la résolution de problème. Cette phase représente environ 50 % du sommeil total. Celle-ci diminue toutefois pendant la vieillesse notamment en raison de la « pression biologique » comme l’explique Dr Fogel. Parfois aussi, chez les personnes âgées, le besoin de sommeil est réduit.

Mais est-ce que toutes les personnes âgées en sont frappées ? Stuart Fogel est formel : « Nous avons étudié les personnes âgées qui sont en bonne santé, sans problèmes médicaux ou troubles de sommeil. Ce que notre échantillon des personnes étudiées nous montre – et c’est le cas aussi des autres études dans ce domaine -, c’est que c’est un phénomène qui touche tout le monde. Alors, tout comme le vieillissement en général, les changements au sommeil et les conséquences sur la mémoire affectent tout le monde. »

Ça ronfle ? Gare à l’Alzheimer !

Parmi les troubles du sommeil qui hantent nos nuits, il y a l’apnée du sommeil. Les ronflements, on en rit, ça fait glousser ou pester les conjoints ou les conjointes. Mais lorsque le ronflement est accompagné de légères, mais nombreuses interruptions de la respiration, il faut se questionner. Pendant la journée, vous êtes pris de périodes de somnolence incontrôlable, tellement forte que vous devez stationner votre auto pour éviter un accident. Vous vous endormez en tenant une craie au tableau si vous êtes enseignant. Dans tous ces cas, consultez. Vous pourriez souffrir d’apnée obstructive du sommeil.

Des médecins comme Matthieu Gaudet, pneumologue à Moncton, se sont penchés sur la question de l’apnée du sommeil associée aux pertes de mémoire. Il appert que cette maladie affecte les mêmes structures du cerveau que celles qui sont atteintes par les changements sur le plan du sommeil et les pertes de mémoire comme le démontre la recherche du Dr Fogel.

Peut-on faire un lien entre troubles du sommeil et l’apparition de l’Alzheimer ? « Oui, selon M. Fogel. Une grande majorité des conditions neurodégénératives comme l’Alzheimer comportent des changements à la qualité du sommeil. Ce qui est intéressant, c’est que ces changements au sommeil se produisent normalement avant le diagnostic des conditions neurologiques. On pourrait alors penser que les changements au sommeil peuvent servir de signe d’alerte précoce. »

Avant d’aller au lit et méditer tout ça, il y a tout de même de bonnes habitudes à prendre : dormir dans une chambre aérée, être bien au noir, loin du bruit, sans télé.

Mais alors, Stuart Fogel, si une personne âgée suit vos conseils, est-ce que cela améliorerait sa mémoire en dépit de plusieurs années défaillantes, ou est-ce irréversible ? « Ça, c’est la question à un million de dollars ! Pour l’instant, on ne sait pas encore. C’est une question sur laquelle nos recherches futures pourraient porter. »

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