23e Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne : Officialiser les langues autochtones

Kluane Adamek la cheffe régionale du Yukon de l’Assemblée des Premières Nations (APN) a ouvert la 23e Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne. (Crédit photo : Denis Lord)
Denis Lord

Signe des temps, signe du lieu où se déroulait la 23e Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne, les organisateurs de celle-ci ont invité la cheffe régionale du Yukon de l’Assemblée des Premières Nations (APN) Kluane Adamek à prononcer le discours d’ouverture de l’événement, le 5 juillet dernier à Whitehorse.

Alternant entre le français et l’anglais, Mme Adamek a tracé des parallèles entre le français et les langues autochtones tout en soulignant les limites utiles de telles comparaisons. « Ici au Yukon, le fait d’avoir des ancêtres francophones donne le droit d’aller dans une école francophone », a-t-elle dit, précisant qu’au nom de l’équité, les élèves autochtones devraient se voir offrir des choix similaires. « Une jeunesse autochtone plus forte est un Canada plus fort, a avancé Mme Adamek, de la même façon qu’une francophonie plus forte est un Canada plus fort. »

La jeune cheffe a parlé des liens entre l’identité, la culture et la langue, de la rupture de la transmission familiale linguistique causée par les pensionnats indiens. C’est à l’âge adulte que Kluane Adamek doit aujourd’hui reconquérir les langues de sa famille paternelle, le tlingit et le tutchone sud, deux des huit langues autochtones du Yukon. « La perte des langues a été forte ici, a-t-elle dit. Comment faire pour créer une école où les enfants puissent apprendre le langage de leur choix, et qu’ils soient appuyés pour le faire et aient les ressources nécessaires? » Il faut aussi, a spécifié Mme Adamek, s’interroger sur les mesures qui doivent être mises en place en dehors de l’école.

Mais Kluane Adamek croit qu’aujourd’hui se dessine une excellente conjoncture historique pour aller de l’avant : « Le leadeurship en parle plus que jamais. »

Un travail remarquable pour la revitalisation des langues autochtones a maintenant lieu, de dire Mme Adamek, favorisé par les gouvernements autochtones. Elle a cité le cas des Micmacs au Nouveau-Brunswick, salué le travail de Jacey Firth pour le gwich’in et du gouvernement tlicho aux Territoires du Nord-Ouest, un modèle pour le Yukon à ce titre, même si dans ce dernier, deux Premières Nations développent actuellement leurs propres lois sur les langues.

Loi sur les langues autochtones

Et il y a bien sûr la future Loi sur les langues autochtones. Lors de la Conférence, la ministre du Patrimoine canadien Mélanie Joly a rappelé que son gouvernement a mené des consultations sur les langues autochtones, avancé douze principes pour leur revitalisation et investi des sommes importantes. Elle a dit que son gouvernement allait « constitutionnaliser » la protection des langues autochtones à l’automne, par le biais de l’article 35 de la Constitution. Soulignant « l’intérêt de M. Trudeau » pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles, Mme Joly a dit son gouvernement capable de simultanément « renforcer la francophonie » et de collaborer à la sécurité linguistique des Autochtones, reliée à la santé mentale et à la progression sociale.

Pour la ministre, il n’y a pas de concurrence entre le français et les langues autochtones.

« Il faut éviter que les langues soient en compétition, mais qu’elles se complètent, a commenté le ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Jean-Marc Fournier. » M. Fournier a souligné avec humour que la Loi sur les langues officielles manquait de ressources et qu’il fallait trouver « comment communiquer à la majorité anglophone que c’est dans son intérêt de promouvoir l’espace francophone et autochtone ».

Modalités

Le gouvernement fédéral privilégie l’avenue de l’article 35 pour protéger les droits linguistiques autochtones. La cheffe régionale du Yukon de l’APN aurait-elle préféré que cela se fasse dans le cadre de la Loi sur les langues officielles? « Il faudra avoir une conversation sur le quoi et le comment avec les ayants droit, a prévenu Mme Adamek. Nos communautés voudraient que leurs droits soient honorés et reconnus de la même façon que les titulaires de droits langagiers. Il y a plusieurs façons pour ça. »

La consultation est encore évoquée par Mme Adamek lorsqu’il est question de stratégies de revitalisation des langues autochtones. Pourrait-on fusionner, uniformiser des langues autochtones de mêmes familles ayant un faible nombre de locuteurs pour améliorer leurs chances de survie, à l’instar du projet qui fait controverse chez les Inuits? « C’est une question qui est souvent posée, de dire Kluane Adamek. C’est un bon temps pour que les collectivités en parlent, spécialement les Ainés. Ça doit être une solution communautaire. Le nombre de locuteurs n’est pas important. L’accent doit être d’appuyer les gens pour qu’ils trouvent leur identité culturelle et leur fierté à travers leur langue. C’est à propos de la revitalisation. »

Mme Adamek a appris le français en immersion en Ontario puis à l’Université Carleton.