LGBT ou GSRD : le mouvement de la fierté se lie à la francophonie

Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

Le mouvement est en mouvement. Après FrancoQueer à Toronto et à Ottawa, le rapprochement entre la francophonie et les communautés LGBTQ2+ se confirme à Moncton et à Winnipeg, où la saison canadienne de la fierté a débuté le 3 juin.

Parmi la centaine de groupes à défiler se trouvait le Festival du Voyageur, qui conviait le 24 février les francophones à une première Soirée Fierté du Voyageur, explique Darrel Nadeau, le directeur général de l’événement.

La saison de la fierté au Canada a débuté à Winnipeg le 3 juin et le Festival du Voyageur faisait partie de la centaine de groupes du défilé. Le directeur général Darrel Nadeau, à droite de la mascotte, porte un t-shirt avec le logo du Festival aux couleurs de la fierté. Photo : FDV

Patrimoine et fierté

« Quand j’ai pris le poste en 2017, je n’ai pas caché que je faisais partie du conseil d’administration de Pride Winnipeg. En parlant avec des amis de la communauté LGBT, j’ai compris que plusieurs ne se sentaient pas bienvenus au Festival. » C’est devenu sa mission de renverser la situation.

« En milieu minoritaire, soutient le détenteur d’une maitrise en administration des affaires, un homme gay francophone, c’est une double minorité. C’est important que les minorités travaillent ensemble. » Les dirigeants de l’organisme fondé en 1970 ne se sont pas opposés à cette initiative.

La Soirée fierté fut donc une première pour célébrer « la diversité de genre, de relations et de sexualité » mettant en vedette des DJ de Queer People of Colour et Room Service. On a ajouté à la ceinture fléchée et aux chansons folkloriques des performances de drague avec une reine.

Tout s’est bien passé, note Darrel Nadeau. « Ce qui m’a touché le plus, c’est les commentaires de participants qui sont venus me voir après. Une bénévole qui ne s’était jamais sentie [à l’aise] de dire qu’elle était une femme lesbienne a fait sa sortie sur les réseaux sociaux. Une femme transgenre qui vient souvent au Festival m’a dit qu’elle s’est sentie à l’aise pour la première fois. »

 

« Les seuls groupes francophones du défilé »

Le 3 juin, pendant le défilé winnipegois de la fierté, le Festival du Voyageur avait son char. « La foule a scandé HÉHO ! (le slogan du Festival) durant le défilé, ajoute le directeur général. Nous et l’Université de Saint-Boniface, on était les seuls groupes francophones parmi la centaine de chars allégoriques. C’est une autre mission pour moi d’intégrer la communauté francophone au mouvement LGBT, ça ne se fait pas assez. »

Ça se fait en Acadie. Le 9 juin dernier, alors que des membres de Rivière de la fierté du Grand Moncton participaient à une assemblée du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick.

« On est membre du Regroupement depuis plusieurs années, signale la présidente Zivi Richard, on a un partenariat assez serré, une vision similaire et des membres en commun. On veut mettre fin à des systèmes de violence et d’oppression : le patriarcat, l’homophobie, le sexisme et le racisme. »

La présidente Zivi Richard, de Rivière de la fierté du Grand Moncton, a proposé d’inclure les absentes des groupes formels : les femmes racialisées, les travailleuses du sexe, les immigrantes. Photo : André Richard, RFGM

 

« L’importance de dissocier le genre des corps »

La présidente et le coordonnateur du groupe, Charles MacDougall, ont participé aux débats lors d’un panel. Zivi Richard s’est prononcée sur l’importance de dissocier le genre des corps.

« On associe souvent le féminisme avec le vagin, avoir des enfants, la ménopause, toutes ces affaires-là. Mais le féminisme n’est pas nécessairement attaché aux parties génitales. On doit inclure les femmes transgenres, agenres et non conformes. »

Charles MacDougall a exprimé sa position en tant qu’allié du mouvement et évoqué la violence qu’il subit en tant qu’homme queer « pour les instants de féminité qui peuvent transpirer dans son habillement et ses manières. »

Le coordonnateur insiste sur la responsabilité des hommes de faire de l’éducation auprès de leurs pairs. « J’utilise mes privilèges pour désarmer les hommes quant au sexisme et à la masculinité toxique. »

 

Un nouvel acronyme ?

La façon de parler du mouvement serait aussi en évolution. « Être 100 % hétéro ou homo, ça existe un peu moins, précise Darrel Nadeau, il y a moins de pression pour être l’un ou l’autre. Personne n’est offusqué par la diversité et tout le monde peut être sous le parapluie sans avoir besoin de se libeller. »

Dans la remise en question de l’acronyme « LGBTQ2+ » actuel, le débat tournerait autour des lettres à inclure et dans quel ordre, afin de refléter la diversité sexuelle croissante, la variété des relations et des genres. « Ça finit avec une soupe alphabet », estime le directeur général. Pride Winnipeg miserait sur cette formule simple : Gender, Sexual and Relationship Diverse (GSRD).