Daddy, do you speak French?

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André Magny (Francopresse)

Daddy, Daddy, I love you dearly/Please tell me how in French/My friends used to call me?

En 1974, la grande Pauline Julien avait mis à son répertoire l’émouvante Mommy. Mais au départ, cette chanson de Marc Gélinas et Gilles Richer s’intitulait Mommy, Daddy… Les paroliers sentaient bien que les pères avaient leur mot à dire dans la non transmission à leurs enfants de la langue, voire de l’identité culturelle.

À l’ère où le partage des tâches dans un couple devrait aller de soi, la responsabilité d’être un bon agent de transmission de la culture identitaire s’applique-t-elle aussi aux hommes?

Organisme indépendant, basé sur le Campus de l’Université de Moncton, l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques s’est interrogé sur cette question de transmission du français de la part des pères. C’est le cas du chercheur Dominique Pépin-Filion qui, à travers diverses études datant des années 1990 jusqu’au dernier recensement canadien de 2016, arrive avec des observations pour le moins éclairantes.

Bonne nouvelle en prévision de la fête des Pères… ceux-ci transmettent de plus en plus le français, mais « toujours deux fois moins que les mères », tient à préciser le chercheur. Une affirmation qui mérite d’aller y voir d’un peu plus près.

Langue maternelle contre langue paternelle?

Dans les couples exogames, la mère est généralement plus susceptible de transmettre sa langue que le père. « Les enfants qui vivaient au sein de familles mixtes en 2016 étaient par exemple deux fois moins susceptibles de se voir transmettre le français, si c’était leur père qui avait le français comme langue maternelle (21,1 %) que si c’était leur mère (40,5 %) », analyse M. Pépin-Filion.

Une situation qu’on ne retrouve pas à Montréal si on se fie à une étude de Diane Gérin-Lajoie parue en 2016 sur Les jeunes dans les écoles de langue anglaise de la région de Montréal et leur rapport à l’identité, qu’ils viennent ou non de familles exogames. Les ados ayant ou non un père anglophone « ne se sentent pas pour autant minorisés, c’est-à-dire qu’ils ne sentent pas que leur langue première, l’anglais, est une langue dominée ou qu’elle court le danger de disparaître. »

Évidemment, les enfants vivant hors Québec avec deux parents francophones ont plus de 90 % des chances d’hériter du français que ceux qui n’ont qu’un seul parent francophone. La proportion est alors de trois fois moins, voire davantage quand le père s’exprime dans la langue de Jean Marc Dalpé.

Signe encourageant cependant si on regarde les différentes études sur le sujet, il y a 25 ans, la situation était deux fois pire. Selon le chercheur de Moncton, « cette tendance à la hausse est attribuable en partie à l’amélioration du statut de la langue minoritaire au fil du temps. » Par le fait aussi que l’exogamie semble s’être arrêtée si on regarde les chiffres de Statistique Canada de 2016. Deux tiers des enfants vivant hors Québec (66,8 %) avaient un parent francophone en 2011 contre 66,7 %, cinq ans plus tard. Il y a 20 ans, les chiffres étaient constamment à la hausse. Il y a aussi l’arrivée de nouveaux francophones venus de différents pays dont les couples sont plus homogènes question langue, qui favorise cet arrêt de l’exogamie.

L’exemple autochtone

Du côté des Premières Nations, comment ça se passe cette transmission culturelle? Les hommes ont-ils un rôle aussi important que les femmes dans le legs de la notion identitaire?

Innu de culture, sociologue de formation, le professeur Pierrot Ross-Tremblay de l’Université Laurentienne en Ontario estime qu’il y a la tradition, la réalité actuelle et la condition humaine qui régissent cette transmission. « Ce sont évidemment les deux parents qui jouent un rôle, mais aussi les grands-parents qui ont souvent plus de temps et de connaissance. Alors c’est un travail de toute la famille de permettre aux enfants de passer du temps de qualité en forêt, d’apprendre les grands principes du respect et de la spiritualité tout en renforçant leur autonomie et capacité à se nourrir eux-mêmes et à vivre librement. » Dans le cas de cet universitaire francophone, c’est même sa conjointe pourtant d’origine algérienne qui a transmis… la langue innue! « Mais c’est moi qui les amène vivre en forêt plusieurs jours pour leur apprendre la survie, chasser, pêcher, trapper, faire la tente, le feu, diriger le canot, etc. »

« Le plus fort c’est mon père », chantait Lynda Lemay. Peut-être pas pour transmettre l’identité culturelle, mais donnons-lui une chance… il y travaille!