Tout ça pour une chanson

Le groupe de musique Cy. Crédit photo : L.P Chiasson
André Magny (Francopresse)

Outil formidable pour abattre les frontières géographiques. Mal nécessaire. Playlists difficiles à percer. Tremplin pour faire connaître ses accords de guitare ou de piano… les plateformes numériques sèment aussi parfois les désaccords.

 Vous êtes auteur-compositeur-interprète? Vous êtes musicien? Et vous avez envie de diffuser votre musique en continu (streaming)? C’est là que des plateformes numériques comme iTunes, Spotify, Deezer, Amazon Music voire YouTube entrent en jeu. Il s’agit de services de streaming numérique proposant de la musique, des baladodiffusions et des vidéos. En tant que consommateur, vous avez ainsi accès à des millions de titres et à des contenus d’artistes du monde entier. Mais en tant qu’artiste, est-ce que ça vaut le coup d’aller frapper aux portes de ces nouveaux diffuseurs?

« Effectivement, Spotify ne rapporte pas de revenus. » Thomas Kriner, agent de développement à l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), souhaite qu’on regarde Spotify d’une autre manière. « Il ne faut pas voir Spotify comme juste un moyen de faire de la promotion, mais plutôt comme un tout. » C’est ce qu’essaie de faire l’organisme franco-ontarien regroupant quelque 200 artistes dont 30 % viennent de l’Ouest canadien. Des sessions de formation leur sont d’ailleurs proposées concernant la promotion numérique.

Éric Parazelli, rédacteur en chef de Paroles et Musique pour la SOCAN, l’organisme qui se dédie à la défense des créateurs et éditeurs de musique en percevant les droits d’auteur, est d’avis, lui aussi, que les sommes perçues sur les plateformes numériques sont ridicules — 38,72 $ en moyenne annuellement. Il estime néanmoins qu’on peut faire sur celles-ci des découvertes intéressantes, notamment grâce aux playlists. Selon les chiffres de la SOCAN, près de 20 000 personnes reçoivent chaque semaine les nouveautés canadiennes.

La question est de savoir si Spotify, par exemple, est capable de convertir ses usagers en d’éventuels spectateurs, qui viendront et donc paieront pour voir les spectacles de ceux qu’ils écoutent gratuitement sur des plateformes numériques comme YouTube. Comme l’explique Thomas Kriner, il y a tellement de facteurs qui entrent en ligne de compte pour créer un buzz comme le référencement, les influenceurs que les artistes ont tout intérêt à bien connaître la mécanique et les algorithmes des plateformes numériques afin d’en tirer le meilleur parti possible.

Le jeu en vaut-il la chandelle?
Guyaume Boulianne. Crédit photo : Courtoisie

Qu’est-ce qui est plus gagnant pour un artiste, YouTube, iTunes Spotify ou un mélange de toutes ces plateformes qui fait qu’on réussit à tirer un peu son épingle du jeu? Pour le chanteur et contrebassiste franco-albertain Paul Cournoyer, « chaque plateforme a ses avantages; pour l’instant un mélange offre une meilleure opportunité pour réussir. Par contre, Spotify permet un accès à un grand public grâce aux playlists, mais il n’y a aucune garantie d’être placé. À date, j’ai vu plus de résultats de Spotify, mais c’est là où nous avons mis nos efforts. » Celui qui a composé Prends ma main pour son trio indie folk Post Script estime, dans l’ensemble, que les plateformes numériques peuvent vraiment aider les créateurs en milieu minoritaire à se faire connaître.

Guyaume Boulianne diffère quelque peu d’opinion. Membre du groupe acadien Cy, le guitariste est d’avis qu’il existe d’autres ressources pour se faire connaître comme les différents festivals. Le groupe de Moncton part d’ailleurs cet été à Lorient, en Bretagne, pour le Festival interceltique. Il serait davantage « pour qu’on donne tous 10 $ aux radios communautaires » qui diffusent la musique acadienne, plutôt qu’à « une grosse machine qui fait des millions, mais qui donne rien en retour. »

Sans mentionner de noms, l’artiste natif de la Nouvelle-Écosse évoque qu’un certain mouvement au sein des artistes acadiens est d’ailleurs en train de voir le jour; ceux-ci feraient campagne pour refuser que leur musique se retrouve dans Spotify.

La nouvelle loi canadienne sur les droits d’auteur prévue en 2018 viendra-t-elle calmer le jeu? Une histoire à suivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour écouter Post Script et Cy :

https://www.youtube.com/watch?v=zqFSXqkSuXQ

https://www.youtube.com/watch?v=hVwzuOlnMrI