Portrait d’un pêcheur : un pêcheur qui a vu du beau temps comme du mauvais temps sur la mer

Venard Samson, ou Pigou, à côté de son nouveau bateau, le Pépé Pigou. Photo : Robert Fougère/Le Courrier
Robert Fougère (Le Courrier)

Au début de la saison de pêche au homard 2018, Le Courrier de la Nouvelle-Écosse s’est entretenu avec Pigou. Ce n’est pas son nom de baptême, mais à Petit-de-Grat, si vous demandez à parler à Pigou, les gens vont vite vous diriger vers la bonne personne. Par contre, si vous parlez d’un Venard Samson, plusieurs personnes ne sauront pas de qui vous parlez. Lui-même semble avoir un penchant pour son sobriquet.  

Pigou, donc, est un pêcheur de carrière. Il a commencé à pêcher avec son père alors qu’il n’avait que 15 ans – il y a plus de 50 ans. Au moment de l’entrevue sur le quai flottant de l’Autorité portuaire à Petit-de-Grat, Pigou revenait de vendre ses prises. Quand on lui a posé la question à laquelle bien les pêcheurs préfèrent ne pas répondre, il a répondu sans hésitation qu’il venait de vendre 1132 livres de homard. À 7,00 $ la livre, il juge que c’est une bonne journée de paie, ou journée de gagne comme disaient les pêcheurs d’autrefois.

Ça n’a pas toujours été ainsi pour Pigou. Il a connu des saisons de pêche au homard maigres et peu payantes. Il se rappelle très bien de saisons où il aurait fallu trois semaines pour arriver à vendre 1132 livres de homard. Et il n’en aurait pas obtenu 7,00 $ la livre, non plus. Mais Pigou a été tenace. Il était un vrai pêcheur, beau temps, mauvais temps : il a ça dans le sang. Cinquante ans plus tard, il est encore aussi motivé, intéressé et persévérant.

À l’époque où il n’y avait pas de homard, il pêchait d’autres espèces comme le maquereau et le hareng. Il a vendu des tonneaux de maquereau salé à 5,00 $ et des barils de hareng salé à 2,00 $. Encore aujourd’hui, Pigou pêche le maquereau après sa saison de pêche au homard puisqu’il s’en sert comme appât pour sa pêche au homard. Il économise ainsi et assure, en même temps, qu’il a de l’appât de qualité pour sa prochaine saison de pêche. Il n’est plus question de saler son maquereau ni de le vendre; celui-ci est congelé pour la prochaine saison de pêche. L’an dernier encore, il a été le dernier à amarrer son bateau et à se reposer au début de janvier. Prendre du repos, c’est une façon de parler. Pour Pigou, le repos, c’est faire une autre forme de travail.

Pigou, le sobriquet

Et pour en revenir au surnom de Pigou. Comment a-t-il mérité ce sobriquet?

Un exemple de pigou ou de ce à quoi ressemble un pigou. Photo : Robert Fougère/Le Courrier

Il n’a pas été baptisé ainsi par le curé de la paroisse Saint-Joseph, le père Charles Forest, à l’époque. Au tout début de sa carrière de pêcheur au homard, son père lui avait sans doute confié la tâche de mettre l’appât dans les casiers ou les bournes, comme disent les Acadiens d’ici. Les pêcheurs d’antan nommaient « pigou » l’agrès ou l’outil qui servait à mettre l’appât dans la bourne. Il s’agissait d’une baguette en métal avec un crochet au bout qui permettait de saisir la ficelle et de faire glisser l’appât — que ce soit du maquereau, du hareng ou de la sole — le long de la ficelle, pour que l’appât reste en place dans le casier. Aujourd’hui, l’appât est placé à l’intérieur d’un petit sac troué, si bien que le pigou est un outil de pêche tombé en désuétude. Mais Pigou est toujours vivant, fort et vaillant pêcheur à Petit-de-Grat.

Le mari de la belle-sœur de Pigou, Bobby Martell, a avoué au Courrier de la Nouvelle‑Écosse qu’il est responsable de ce surnom de Pigou. La famille aurait eu une rencontre chez les parents de l’épouse de Pigou. Assis autour de la table de cuisine et racontant des farces, M. Martell aurait dit à Venard : « T’es un vrai pigou » ou « tu ressembles à un pigou ». On ne sait plus trop, mais chose certaine, c’est que le nom Pigou a s’est ancré. Et il risque d’être connu comme Pigou pour encore bien longtemps, puisque Venard Samson vient de baptiser son nouveau bateau le Pépé Pigou.