Les demandeurs d’asile ne causent pas une situation de crise au Canada

La sénatrice Ratna Omidvar est internationalement reconnue pour ses travaux sur l’immigration, la diversité et l’inclusion. Elle représente l’Ontario au Sénat.
La sénatrice Ratna Omidvar

Chaque semaine, par le biais de Francopresse, un sénateur ou une sénatrice présente un texte d’opinion sur un sujet pertinent pour les lecteurs de Francopresse et des journaux membres de l’Association de la presse francophone. Les opinions exprimées dans ces textes n’engagent que leurs auteur(e)s.


Depuis l’arrivée du printemps, des alarmistes de plus en plus nombreux lèvent la voix pour décrier les demandeurs d’asile qui traversent la frontière à un point d’entrée « irrégulier ». Selon certaines, il s’agirait même d’une crise.

Mais est-ce vraiment une crise? Malgré l’importance de cet enjeu, il n’y a décidément pas lieu de parler de crise.

L’an dernier, 20 593 demandeurs d’asile ont franchi la frontière ailleurs qu’aux postes frontaliers officiels. Plus de 90 % de ces passages ont eu lieu à la frontière entre les États-Unis et le Québec. À ce nombre s’ajoutent les 21 180 demandeurs d’asile arrivés au Canada à un point d’entrée officiel.

Le nombre d’arrivées semble se stabiliser depuis quelques mois; la moyenne s’établit à moins de 2000 personnes par mois.

Le Canada, pays de 36 millions d’habitants, est bien placé pour accueillir ces demandeurs d’asile.

La seule crise imminente vient, en fait, de la popularité grandissante des discours populistes. Les critiques prennent un ton populiste toujours plus marqué.

À la Chambre des communes, l’opposition a consacré une journée de débats aux demandeurs d’asile la semaine dernière, dans le but de marquer des points politiques. Un politicien québécois bien en vue a même appelé à la construction d’une clôture le long du chemin Roxham. On peut se demander où il a pris cette idée.

C’est une pente dangereuse. Des questions en apparence légitimes peuvent facilement tourner au vinaigre et alimenter une dangereuse vague de populisme.

N’ayons pas peur des mots : les discours populistes actuels ont un point commun, celui d’être anti-immigration. Ce genre de populisme cherche à justifier la xénophobie et à diviser les gens en deux camps, « nous » et « eux ». Il crée une vision politique dans laquelle l’autre n’est pas seulement différent, mais dangereux du fait de sa différence. Les adversaires deviennent donc des ennemis.

Comment faut-il réagir, alors? Tout d’abord, les mots ont leur importance. Nous devons choisir nos mots avec soin quand nous parlons des réels enjeux concernant les demandeurs d’asile et nos frontières. Il faut éviter de semer la peur et la division.

Deuxièmement, l’immigration ne doit pas servir de prétexte à des jeux politiques. Aucun parti ne devrait utiliser la question de l’immigration pour semer la zizanie. Nous méritons mieux.

Enfin, il convient de reconnaître tout ce que nous avons déjà accompli en matière d’immigration. Nous avons créé des politiques éclairées, grâce auxquelles nous avons accueilli beaucoup d’immigrants hautement qualifiés, et nous aidons des gens qui fuient certaines des zones les plus dangereuses de la planète. Nous avons aussi de bons résultats quand il s’agit d’intégrer les immigrants à nos communautés.

Nous ne sommes pas parfaits, loin de là, mais nous avons beaucoup à apporter.