La fête des Mères : une fête en chantier

André Magny (Francopresse)

Chocolat, fleurs, bons sentiments. Mais aussi remises en question, inégalité dans les rôles, violence sexuelle, #MoiAussi. En 2018, la fête des Mères a-t-elle encore un sens? 


Selon les historiens, les premières traces d’une célébration de la maternité remontent à la Grèce antique, lors de cérémonies printanières à la gloire de Rhéa, la mère de tous les dieux. Petite pause de quelques milliers d’années, puis on voit apparaître le Mothering Sunday en plein carême, en Angleterre, au 15e siècle. À l’ère moderne, c’est au début du 20e, tant en France qu’aux États-Unis, qu’on voit renaître la fête des Mères… en plein mois de Marie!

En France envahie, lors de la Deuxième Guerre mondiale, le discours récupérateur du général Pétain vante les femmes comme étant « les inspiratrices de notre civilisation chrétienne ». Du côté américain, celle qui est considérée comme la grande instigatrice de cette fête en 1908, l’activiste Anne Jarvis, est très critique, très tôt, face à ceux qui font des sous sur le dos des mères : « Une carte préremplie ne signifie rien, expliquait-elle. Sinon que vous êtes trop fainéant pour écrire un mot à la femme qui a fait plus pour vous que quiconque au monde. Quant aux bonbons… vous offrez la boîte à votre mère, puis en mangez la majorité. Un bien beau geste. »

 En 2018, qu’en est-il de la fête des Mères?
La sociologue et professeure émérite de l’Université d’Ottawa, Diane Pacom. Photo: courtoisie

Professeure émérite de l’Université d’Ottawa (UO), la sociologue Diane Pacom, qui s’est penchée abondamment sur la jeunesse dans ses recherches ainsi que sur la maternité affirme que la fête est vidée de son sens avec tout l’aspect commercial entourant celle-ci. Elle rappelle néanmoins que « symboliquement, la fête des Mères représente la glorification de la vertu » chez la femme. Au cours du conflit de 1939-1945, « les mères étaient alors extirpées de leur rôle traditionnel, soit celui d’avoir des enfants, et devaient plutôt faire des bombes dans les usines. » La fin de la guerre et l’avènement des baby-boomers ont été le retour « de l’obligation morale » pour la femme d’enfanter. L’avènement de la pilule dans les années 1960 changera la donne. Elle aura dorénavant le contrôle biologique sur son corps.

Cinquante ans plus tard, où en sommes-nous avec la maternité? Une mère peut faire porter son enfant par une autre, la fécondation in vitro existe, l’adoption également, la monoparentalité est plus que jamais présente. Celle qui fut l’étudiante du célèbre sociologue Marcel Rioux qualifie la maternité de « chantier » en 2018.

Le professeur agrégé à l’École de service social de l’Université d’Ottawa, Simon Lapierre. Photo : courtoisie

Pour Simon Lapierre, professeur agrégé à l’École de service social de l’UO et membre du collectif de recherche FemAnVi – un espace stimulant visant à développer et à soutenir les recherches, les interventions sociales et les actions militantes s’inscrivant dans luttes féministes contre les violences faites aux femmes -, « la fête des Mères est justement l’occasion de se questionner sur l’égalité au niveau de la parentalité. Si la fête des Mères est l’occasion pour glorifier la maternité, ce n’est peut-être pas la meilleure des choses, mais si on prend cette journée pour réfléchir à la situation des femmes, oui pourquoi pas », comme #MeToo a été l’une des occasions pour déclarer le ras le bol des femmes face au harcèlement.

Pour Diane Pacom, il est clair qu’il existe une dichotomie entre le symbolisme et la réalité. Si l’image d’une certaine mère aimante est importante, questionnez-vous dimanche prochain lorsque vous lui offrirez votre rose si l’idée d’un meilleur partage des rôles ne devrait pas être plus présente dans les têtes toute l’année plutôt qu’une seule fois au mois de mai.