Signaux d’alarme dans les établissements carcéraux

Les sénatrices Wanda Thomas Bernard, Jane Cordy, Nancy Hartling, Kim Pate

Chaque semaine, par le biais de Francopresse, un sénateur ou une sénatrice présente un texte d’opinion sur un sujet pertinent pour les lecteurs de Francopresse et des journaux membres de l’Association de la presse francophone. Les opinions exprimées dans ces textes n’engagent que leurs auteur(e)s.


La sénatrice Wanda Thomas Bernard

 

Il y a quelques semaines, quatre membres du Comité sénatorial des droits de la personne se sont rendus dans des pénitenciers de la région de l’Atlantique.

De l’aéroport, nous nous sommes immédiatement rendus au centre médico-légal où nous avons rencontré Tona, une patiente, qui nous a raconté les 10 années qu’elle a passées dans des établissements sous responsabilité fédérale.

Pendant ces 10 années, elle a toujours été isolée des autres pour un problème de comportement qui était décrit — même par les psychologues institutionnels — comme une quête d’attention. Une fois admise dans le système de santé mentale, elle a reçu un diagnostic de schizophrénie. La gravité de sa psychose est directement liée aux longues périodes qu’elle a passées en isolement.

Elle nous a implorés de sortir les détenus aux prises avec des problèmes de santé mentale des prisons et de leur offrir des services de santé mentale appropriés. Elle nous a aussi priés de demander l’abolition du recours à l’isolement et a proposé que nous nommions cette modification législative la Loi de Tona.

La sénatrice Kim Pate

Lors d’une audience publique, d’anciens détenus, des membres de familles de détenus, des dirigeants communautaires et des universitaires nous ont décrit les nombreux obstacles qui se posent à la mise en liberté sous condition et à l’intégration dans la communauté avant même que nous mettions le pied dans un pénitencier. Ces obstacles vont de l’annulation des permissions qui permettent d’enclencher le processus d’intégration structurelle et graduelle des détenus dans la communauté, aux mesures de sécurité restrictives et intrusives, comme les vérifications de la solvabilité des bénévoles.

Nous avons tous été frappés par le niveau de désarroi et de désespoir exprimé par bon nombre de détenus que nous avons rencontrés, individuellement ou en groupe, y compris des individus en cellule munie de barreaux ou de portes pleines en métal. Les problèmes soulevés étaient souvent les mêmes.

Malgré l’expérience structurée et la surveillance constante du personnel du Service correctionnel du Canada (SCC), ce que nous avons observé est venu contredire certaines présentations.

Nous avons entendu parler des nombreux programmes et des nombreuses possibilités d’emploi, alors que nous avons constaté que la plupart des détenus étaient confinés dans leurs cellules ou dans de petites unités d’habitation.

 

La sénatrice Nancy Hartling

Nous avons entendu parler de plans rigoureux de libération et de réinsertion communautaire de la part des employés et d’une multitude d’obstacles bureaucratiques et liés aux ressources auxquels se butent les détenus, leurs familles, leurs amis et leurs communautés de soutien.

 

Nous avons vu des affiches expliquant le rôle du Bureau de l’enquêteur correctionnel et du Bureau de l’ombudsman des prisonniers fédéraux, mais ces affiches semblaient neuves. En effet, presque tous les détenus rencontrés nous ont fait part de leur frustration de ne pas pouvoir déposer de grief ou obtenir des mesures correctives dans le cas de manquements aux politiques correctionnelles, et encore moins dans les cas de manquements à des lois.

Nous, les sénatrices Wanda Thomas Bernard, Jane Cordy, Nancy Hartling et Kim Pate, nous engageons à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire mieux.

 

La sénatrice Jane Cordy

Les sénatrices Wanda Thomas Bernard, Jane Cordy, Nancy Hartling et Kim Pate sont membres du Comité sénatorial des droits de la personne.