Alphabétisation en français : une nouvelle étude nationale propose des solutions

Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

Dès 2013, Ottawa a court-circuité l’alphabétisation en français au pays, poussant le Réseau pour l’alphabétisation et le développement des compétences (RESDAC) à préparer sa fermeture en 2017. Mais l’organisme pourrait survivre. Une étude commandée à Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques (U d’Ottawa) par le ministère Emploi et Développement social Canada (EDSC) et dévoilée le 9 mars explique comment procéder.

 

Une enquête du CLO a poussé Emploi et Développement social Canada a relancer l’alphabétisation en milieu minoritaire en commandant une étude réalisée par le consultant Marc Johnson. (Photo : Gracieuseté)

« Une chose de base qu’on savait, souligne le responsable de l’étude, Marc Johnson, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de statistiques disponibles dans les provinces et territoires. Depuis dix ans, peu de fonds ont été accordés par le fédéral. C’est en train de changer. »

Le sociologue estime qu’une obligation s’impose : « Il faut corriger la situation du manque d’investissement. Le ministère ne peut pas se retirer sans consulter les communautés. » Le Bureau de l’alphabétisation et des compétences essentielles de EDSC aurait renouvelé son appui au RESDAC.

 

Un écart entre la majorité et la minorité

L’analyse des besoins et l’état des lieux ont été fondés sur la plus récente évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA 2013) et sur une consultation auprès de 110 acteurs du terrain.

« Je me suis promené à travers le pays, poursuit Marc Johnson. Avec cette consultation, on a un portrait de la perception des besoins de la part des intervenants. Dans l’offre pour répondre aux besoins, on a toujours un écart entre la majorité et la minorité. »

Parmi les solutions mises de l’avant dans l’étude, il est question d’asymétrie des politiques. « Les communautés minoritaires n’ont pas nécessairement les mêmes besoins et, surtout, elles ne composent pas avec les mêmes circonstances (petit nombre d’apprenants, dispersion géographique, histoire de stigmatisation, infrastructure de formation déficiente). »

On parle d’un soutien structurant. « Si les pouvoirs publics entendent s’attaquer de front à la problématique chez les francophones, ils doivent envisager de doter certains établissements dédiés à l’alphabétisation et aux compétences essentielles d’un solide financement de base. »

Le président du RESDAC, Donald Desroches, reprend espoir après avoir annoncé en novembre 2017 que l’organisme allait devoir fermer les portes après la mise à pied de son dernier employé. (Photo : RESDAC)
Un appui de 7,5 millions sur cinq ans

Le ministère répondra à ce besoin en accordant 7,5 millions sur cinq ans dans le cadre du nouveau Plan d’action pour les langues officielles. En novembre dernier, le RESDAC et la Fédération des commuanutés francophones et acadiennes (FCFA) du Canada avaient demandé une intervention fédérale d’urgence de 150 000 $ par année « afin de maintenir la capacité d’agir du chef de file national ».

Le président du RESDAC, Donald Desroches fait son bilan. « Selon nos calculs, le problème sous l’ancien plan était que le ministère n’a pas dépensé les fonds. »

Rappelons qu’en 2016, le commissaire aux langues officielles avait confirmé que le ministère avait manqué à ses obligations législatives en négligeant « de prendre des mesures positives » pour appuyer le développement des communautés.

Donald Desroches ne sait pas encore quel rôle jouera son organisme dans l’avenir. « EDSC démontre sont intérêt à travailler avec le RESDAC et nos membres, comme en témoignent les deux jours de consultation que nous avons passés avec les gestionnaires à Ottawa la semaine précédant l’annonce du plan », poursuit Donald Desroches.

Selon cet intervenant de l’Île-du-Prince-Édouard, il est prometteur que le ministère reconnaisse que « la majorité reçoit plus de services que la minorité ». Il regrette cependant que les fonds accordés dans la nouvelle initiative ne comportent aucune augmentation par rapport aux précédents.

Un porte-parole du ministère, Olivier Bouffard, confirme l’encadrement d’Ottawa. « Cette étude avait pour objectif de répondre aux besoins des communautés de langues officielles en situation minoritaire afin de guider les orientations futures de l’Initiative d’alphabétisation et d’acquisition des compétences essentielles dans le cadre du Plan d’action. Cette initiative ne bénéficie pas des nouveaux investissements annoncés le 26 mars mais constitue plutôt une continuité des engagements précédents. »