De déporté à esclavagiste 

Clint de Bruce, courtoisie et Université de Moncton
André Magny (Francopresse) 

 Déportée de Grand-Pré en 1755, la famille Melançon verra l’un de ses descendants, Constant, être au cœur d’un événement tragique, 100 ans plus tard. Un fait dramatique mettant ainsi en lumière les relations entre les Cadiens et les Noirs de la Louisiane. 

 Clint Bruce est le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales de l’Université Sainte-Anne de la Nouvelle-Écosse. Louisianais de naissance, passionné d’histoire et fin conteur, il s’est particulièrement intéressé à l’histoire des Acadiens et à leur déportation en Louisiane. Contrairement à l’héroïne d’Antonine Maillet, Pélagie-la-Charrette, il y a eu aussi ceux qui sont restés.  

Bien que se battant pour la sauvegarde de leur français, certains n’en ont pas moins adhéré aux valeurs américaines du Sud, notamment à l’esclavagisme. D’où l’intérêt pour ce Melançon, qui fut le sujet d’une récente conférence donnée par M. Bruce à l’Université de Moncton dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs. 

 

Le cas de Constant Melançon 

Ce Constant Melançon, dont les grands-parents avaient été déportés vers la Louisiane, venait d’une famille qui avait délaissé l’agriculture pour se tourner vers les plantations sucrières plus rentables. Selon les documents consultés par l’universitaire, Toussaint, un esclave de Constant, peut-être aussi un ami d’enfance, avait été accusé du vol de spiritueux chez un marchand. Pour le punir, Melançon le fouette. Profitant d’une distraction de ce dernier, Toussaint le frappe à la tête. Voyant qu’il est toujours vivant, il continue de le frapper jusqu’au coup fatidique. Pourchassé par des chiens, Toussaint finit par se noyer dans le Mississippi. 

Pour qui se rend en Louisiane, quand on voit les liens linguistiques qui unissent souvent encore aujourd’hui les Acadiens avec les Noirs créolophones, on a parfois du mal à imaginer ce passé trouble de l’histoire acadienne. Clinton Bruce tient à préciser que les Cadiens, en devenant esclavagistes, grimpaient ainsi dans l’échelon social.  

Sujet tabou, professeur Bruce ? « Bien sûr, mais les Noirs louisianais ont le droit de faire connaître leur histoire. Il ne s’agit pas d’excuser les Cadiens d’avoir été esclavagistes, mais en parler, c’est montrer le contexte qui régnait au moment de cet incident, trois ans avant la Guerre de sécession. Et ça permet aussi de constater que, notamment, après cet épisode violent, les Noirs se sont organisés. » 

 

Le pouvoir de révolte 

Le Mois de l’histoire des Noirs permet ainsi de constater que les Noirs savaient se révolter face à l’injustice. Qu’ils n’étaient pas ces êtres passifs ne sachant que tendre l’autre joue.  

Pour exemple, l’historien-rappeur Webster mentionne Viola Desmond, militante de la Nouvelle-Écosse, qui s’est battue contre le racisme dans les années 1940. Mais ça qui le sait ? 

Concédant que l’histoire des Noirs fait un peu plus son petit bonhomme de chemin dans les médias lorsque survient février, Webster estime toutefois que « le défi est de faire connaître cette histoire en dehors du contexte du mois de février, pour qu’elle soit mieux enseignée dans les écoles et que les gens la comprennent comme faisant tout simplement partie de l’histoire québécoise et canadienne et pas seulement comme “l’histoire des noirs”. » 

 

Pour en savoir plus 

Pour en savoir davantage, sur Clint Bruce et sa chaire de recherche, on écoutera avec intérêt la vidéo via le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=sKwHOfXlSNY 

Et pour rapper sur le Mois des Noirs, un clip passionnant avec Webster et Karim Ouellet : 

https://www.youtube.com/watch?v=OdL14IfV3U0