Les échos des Rendez-Vous de la francophonie

De souche acadienne, Réjean Paulin a parcouru la francophonie tout au long de sa carrière de journaliste. Il a aussi vécu en France, au Québec et dans l’Ouest canadien avant de s’établir à Ottawa où il est professeur en journalisme au collège La Cité.
Réjean Paulin (Francopresse)

Quelle belle surprise! Le Saint-Jeannois… « Le journal francophone du Saint-Jean métropolitain » en terre anglophone néo-brunswickoise. C’est comme ça qu’il se présente. Je l’ai vu par hasard à côté de l’Acadie Nouvelle… Du coup, on se sent en terrain familier. Un journal, c’est un peu comme une présence humaine, surtout quand on y reconnait notre langue. Peu importe sa taille ou sa notoriété, il nous parle.

Coïncidence… Je venais de contempler les rapides réversibles, à l’embouchure du fleuve que Samuel de Champlain a baptisé en évocation à Saint-Jean-Baptiste.

Saint-Jean, c’est aussi le nom de la première agglomération constituée en municipalité en Amérique. Curieux coup du destin… Cette ville qui a été refuge loyaliste, indéfectiblement fidèle à la Couronne britannique, porte le nom du « saint patron des Canadiens français ». Située entre l’Île Sainte-Croix et Grand-Pré (Nouvelle-Écosse), elle a grandi dans le berceau de l’Acadie, là où a commencé l’aventure française qui allait se poursuivre sur tout un continent.

Champlain a exploré un bout de ce fleuve « contraireux ». Il n’existe pas de meilleur mot pour en décrire l’humeur. On n’y entre pas quand on veut.

Les rapides qui en jaillissent à marée descendante en ferment l’accès. À marée haute, elles poussent vers le haut… Il faut profiter de l’étal qui dure une vingtaine de minutes pour entrer dans le fleuve… Ensuite, on ramera à contre-courant pour avancer…

Belle évocation de l’aventure française en Amérique, en cette fin de mois de fierté francophone.

 

Des manifestations partout : en Ontario

Vous avez sans doute vu la très belle affiche annonçant les Rendez-Vous de la Francophonie. Elle symbolise l’entrepreneuriat francophone. Une archère décoche une flèche vers l’avenir pour « viser haut », « atteindre son but » et « cibler le succès ». L’archère s’appelle Aminata. Par son nom, ses origines nigériennes, son accent et sa culture, elle est néo-canadienne. Elle vit parmi les Franco-Ontariens. Il ne se fait pas meilleure évocation de l’évolution de notre francophonie. Elle est résolument l’expression d’une francophonie moderne et diversifiée.

 

Au Nouveau-Brunswick

« La francophonie s’expose, ma fierté explose ». On scandait ce slogan dans les écoles acadiennes pendant les Rendez-Vous. Les élèves qui ont choisi ces mots fréquentent l’école Écho-Jeunesse, à Kedgwick au cœur des Appalaches. De souche acadienne pour la plupart, ses jeunes nous ramènent par leurs ancêtres à l’époque où Champlain découvrait le fleuve Saint-Jean. Ici, on remonte aux racines de la francité au Canada.

 

Dans l’Ouest

Me Roger Lepage, avocat en Saskatchewan, se confiait à Michel Lacombe à l’émission Le 21e, sur la première chaîne de Radio-Canada. Ce Fransaskois, fier de sa langue dont il est ardent défenseur, évoquait son enfance dans les années 60, alors que le français était interdit dans les écoles. Quand on y pense, cela ne fait pas si longtemps. Il ne parlait presque pas français quand il était enfant, a-t-il raconté. Aujourd’hui, il le fait avec assurance et élégance.

 

À Montréal

Et puis, il y a la réalité d’aujourd’hui. Un fonctionnaire fédéral fait actuellement les manchettes en défendant son droit de travailler en français. À titre de gestionnaire du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), André Dionne se plaint de ne pas avoir pu travailler dans sa langue. Il était pourtant basé à Montréal. L’affaire est devant la Cour fédérale.

Avec tous ceux et celles qui revendiquent des écoles et autres droits, M. Dionne est parmi ceux qui luttent pour faire avancer la langue française.

 

Un grand cours bleu

Quand on y pense, il y avait quelque chose de prémonitoire en ce jour de l’année 1604 quand Champlain a baptisé ce fameux fleuve. Il annonçait ce qui allait grandir, mais qui ne serait jamais facile à accomplir.

La fierté francophone n’est pas seulement le fait de parler français. C’est aussi de savoir profiter des ouvertures qui se présentent tout en sachant qu’il faudra lutter ensuite pour ne pas reculer.

Revenons aux chutes réversibles… On attend qu’elles se calment pour passer pendant la courte accalmie qui précède sa volteface… Ensuite, on ramera longtemps sans s’arrêter. Sinon, on se fera rejeter vers la mer.