Engagement dans la francophonie canadienne : Des provinces à la capitale, les leaders se font entendre

Formation des leaders Conférence & Cocktail réseautage – Femmes Leaders. Crédit photo – Alliance des femmes de la francophonie canadienne
Lucas Pilleri (Francopresse)

Les communautés francophones en situation minoritaire ont un statut particulier dans la francophonie. Pour faire valoir leurs droits et besoins au niveau pancanadien, un ancrage régional s’impose. Ainsi des chefs de file locaux se font les porte-voix de ces minorités, forts d’une expérience provinciale qui leur permet d’en découdre à Ottawa.

« Des leaders dans la francophonie minoritaire, il y en a un paquet ! », lance Mariette Mulaire, présidente-directrice générale du World Trade Centre Winnipeg. « Ça fait des années et des années que l’on forme formellement ou informellement des leaders », renchérit-elle. Hilaire Lemoine, Gildas Molgat, Ronald Duhamel, Raymonde Gagné… Autant de Franco-Manitobains sur la liste de noms qui lui vient à l’esprit pour illustrer ses propos.

Pour la femme d’affaires, les chefs de file en milieux minoritaires sont présents dans tous les aspects de la société : « Ça a commencé avec l’éducation, puis ça s’est étendu au domaine de la jeunesse, puis à l’économique, à la santé, à la politique… ».

 

Du provincial au national

Si les leaders ne manquent pas, sont-ils pour autant influents sur la scène pancanadienne ? Pour David Pajot, directeur adjoint du Bureau des affaires francophones et francophiles (BAFF) de l’Université Simon Fraser à Vancouver, c’est essentiel : « Avoir des personnes qui connaissent la réalité locale, les défis qui existent dans l’Ouest canadien, c’est très important. Ces personnes qui montent à Ottawa portent la voix de ces provinces et font remonter les enjeux du terrain, car les leaders québécois ne connaissent pas toujours la réalité de l’Ouest », témoigne-t-il. Un constat que rejoint Mariette Mulaire : « Parfois au Québec ils ne savent pas qu’on vit réellement en français ».

Même son de cloche du côté de Soukaina Boutiyeb, directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC), à Ottawa: « À l’échelle nationale, on ne manque pas de leaders, mais de place. La voix des francophones vivant en situation minoritaire n’est pas assez visible ». Particulièrement concernée par la place des femmes francophones vivant en situation minoritaire, elle souligne elle aussi l’importance de la représentation sur la scène nationale : « On ne peut pas parler en leur nom », insiste-t-elle.

Lily Crist est un exemple de leader provincial à avoir accédé à des fonctions nationales. Après 22 ans passés dans la communauté francophone de la Colombie-Britannique, notamment en tant que directrice du Réseau femmes, elle s’implique désormais au niveau national en tant que présidente de l’AFFC. « Les réalités sont semblables partout au pays pour les communautés minoritaires : les difficultés face à l’assimilation, ou la réalité des milieux ruraux et citadins. Le passage du provincial au national est tout à fait faisable, il y a un terrain fertile », certifie-t-elle.

 

Former les leaders de demain

David Pajot, à Vancouver, mentionne l’événement du Parlement jeunesse francophone qui se tient chaque année à Victoria. Des dizaines de jeunes de 14 à 25 ans se mettent dans la peau d’hommes et de femmes politiques et proposent des lois. « Quand ils reviennent, ils sont marqués et ont envie de continuer, observe-t-il. Ce sont les futurs leaders de la communauté francophone en Colombie-Britannique ».

Du côté de l’AFFC, l’initiative Mentoraction pousse les femmes à se lancer. Grâce à un travail de formation, de mentorat et de réseautage, « les femmes sont encouragées à aller en politique ou à intégrer des conseils d’administration », indique Soukaina Boutiyeb. Pour la présidente de l’association, Lily Crist, il s’agit de « montrer aux jeunes femmes que c’est possible ». Et la chef de file voit l’impact de tels projets : « Il y a beaucoup de jeunes femmes impliquées, qui prennent leur place. La place des jeunes, je la vois, je la ressens, le leadership est là », assure-t-elle.

Mariette Mulaire à Winnipeg est elle aussi optimiste. « Je vois la nouvelle génération pousser organiquement », atteste-t-elle. La responsable se dit très confiante, tout en gardant à l’esprit que rien n’est définitivement acquis : « C’est toujours fragile, il faut protéger cette nouvelle génération. Mais je crois qu’on est plus conscients qu’avant et plus soucieux de la protéger, de continuer à garder les reins forts », commente la Franco-Manitobaine.

Seul regret : cette jeune génération semble se dire bilingue plutôt que francophone. « Ça me brise parfois le cœur mais c’est la réalité », évoque Mariette Mulaire.

 


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