Le deuxième siège social d’Amazon serait une autre histoire d’immigration réussie au Canada

La sénatrice Ratna Omidvar représente l’Ontario. Elle est la directrice générale fondatrice de Global Diversity Exchange, de l’École de gestion Ted Rogers de l’Université Ryerson, où elle occupe également le poste d’éminente professeure invitée. Elle est aussi coprésidente du Global Future Council on Migration.
Sénatrice Ratna Omidvar

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Il pourrait bien s’agir de l’une des décisions d’entreprise les plus importantes de l’histoire. Au cours de l’année, Amazon décidera quelle ville parmi les 20 municipalités qu’elle a récemment présélectionnées accueillera son deuxième siège social.

Plusieurs personnes en sont venues à décrire la quête d’Amazon comme quelque chose qui ressemble à un concours de beauté pour les villes les plus importantes en Amérique du Nord. Les citoyens américains désireux de parier pourraient avoir été étonnés de voir une ville canadienne être présélectionnée. Les personnes qui ne connaissent pas Toronto (Ontario) pourraient placer cette ville en position de désavantage simplement parce qu’elle se situe de l’autre côté de la frontière septentrionale des États-Unis. D’autres encore pourraient justifier le fait qu’elle a été présélectionnée parce que l’économie et le tissu social de Toronto sont semblables à ceux de leur grande ville. Une population importante et en croissance, une économie moderne et pleine de possibilités, une culture et de grandes équipes sportives.

Mais ne vous y trompez pas. Toronto et le Canada ont été présélectionnés non pas pour leur ressemblance, mais plutôt pour leurs différences. Une façon simple de comprendre ces différences consiste à réfléchir à trois termes déterminants dans la Constitution de chacun des deux pays. Les Américains forment un peuple axé sur « la vie, la liberté et la poursuite du bonheur », alors que les Canadiens cherchent « la paix, l’harmonie et la bonne gouvernance ». Les Américains épousent l’individualisme, alors que les Canadiens privilégient la communauté. À ce stade-ci du développement et de la croissance d’Amazon, Toronto est un bien meilleur choix que les autres villes qui ont été présélectionnées.

Amazon a déclaré qu’elle choisirait une ville ayant une main-d’œuvre orientée vers les technologies et un marché des affaires stable et novateur. Plusieurs villes interprètent cette exigence, du moins en partie, comme une demande pour obtenir des stimulants financiers exclusifs, comme des allègements fiscaux, ce qui a par ailleurs été vivement critiqué dernièrement.

Toronto fait figure d’exception à cet égard. Amazon ne bénéficierait pas de fonds gratuits si elle décidait de s’établir de ce côté-ci de la frontière. Cependant, ses employés, Canadiens et autres, jouiraient d’une qualité de vie qui a été vantée par de nombreuses personnes. En 2017, Toronto a été classée au 4e rang de la liste des villes où il fait bon vivre de l’Economist Intelligence Unit. Et à juste titre. Excellentes écoles publiques, éducation postsecondaire abordable et accès à un système de santé public sans primes d’assurance supplémentaires ou lourdes franchises pour chaque visite chez le médecin sont devenus des normes.

Mais peut-être plus important encore, Amazon et ses employés profiteraient d’une société largement unie où les taux de criminalité sont bas et où la démocratie et la primauté du droit fonctionnement bien. Le bilan est différent lorsqu’on additionne ces avantages pour les comparer au régime fiscal des entreprises un peu plus favorable aux États-Unis.

Mais la proposition de Toronto n’est pas définie uniquement par les politiques sociales progressistes du Canada. Sa proposition était accompagnée d’un engagement de la part du gouvernement provincial à effectuer les investissements nécessaires pour répondre aux besoins en main-d’œuvre d’Amazon et à les dépasser et à s’assurer de produire le plus grand nombre de diplômés en STIM par habitant en Amérique du Nord. Si Amazon choisissait Toronto, le gouvernement de l’Ontario consacrerait ainsi les cinq prochaines années à augmenter de 25 % le nombre de diplômés dans ces domaines et il préparerait le terrain pour que 1000 étudiants à la maîtrise de plus se lancent dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Le Canada fait également appel à l’intelligence artificielle à l’échelle nationale pour attirer Amazon de l’autre côté de la frontière. Le gouvernement canadien a lancé sa stratégie pancanadienne en matière d’intelligence artificielle l’année dernière et s’est engagé à consacrer plus de 125 millions de dollars à la recherche et au développement au moyen de diverses enveloppes consacrées à l’innovation.

Amazon n’est pas la seule à profiter de ces investissements. Il s’agit de dépenses qui touchent les Canadiens personnellement et qui visent à couvrir tous les aspects, allant d’entreprises technologiques en démarrage et d’innovateurs talentueux étrangers en passant par des établissements universitaires et des services publics. Toutefois, en présélectionnant Toronto, Amazon pourrait bien avoir reconnu que la main-d’œuvre de cette ville est en effet à l’épreuve du temps. Comme James Tamney l’a mentionné dans le magazine Forbes, « Toronto est attrayante pour Amazon en raison de la position plus ouverte du Canada en matière d’immigration. Il ne fait aucun doute que le gouvernement canadien veut, lui aussi, contrôler l’arrivée des étrangers, mais, de manière générale, il est plus facile pour un étranger de vivre et de travailler au Canada qu’aux États-Unis. » [traduction]

La devise de Toronto, « la diversité est notre force », n’est pas juste un slogan de ville ou une suite de mots creux qui énoncent un idéal. Il s’agit d’un engagement auquel les Torontois et les Canadiens tiennent.

À Toronto, le deuxième siège social d’Amazon serait une autre histoire d’immigration réussie au Canada. Cette année, Amazon doit décider si elle reste aux États-Unis ou si elle demande une autre citoyenneté, canadienne celle-ci, dans un pays où les bons types d’investissements sont réalisés. Et tout ce qu’Amazon doit faire, c’est dire « oui ».