Trudeau doit intervenir auprès du premier ministre Horgan 

Le sénateur Richard Neufeld représente la Colombie‑Britannique. Il est membre du Comité sénatorial de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles, du Comité sénatorial des finances nationales et du Comité sénatorial sur l’Arctique. 
Sénateur Richard Neufeld

Chaque semaine, par le biais de Francopresse, un sénateur ou une sénatrice présente un texte d’opinion sur un sujet pertinent pour les lecteurs de Francopresse et des journaux membres de l’Association de la presse francophone. Les opinions exprimées dans ces textes n’engagent que leurs auteur(e)s.


Le mardi 6 février, le Sénat du Canada a tenu un débat d’urgence sur la récente évolution de la saga continue concernant le projet d’agrandissement du réseau Trans Mountain de Kinder Morgan. Le projet est évalué à plus de 7,4 milliards de dollars et aurait pour effet, en gros, de doubler le pipeline existant entre l’Alberta et la Colombie‑Britannique.

À mon avis, ce grand projet d’infrastructure énergétique canadien est bon pour les affaires et pour le pays. Il créera des emplois bien rémunérés qui permettent de subvenir aux besoins d’une famille, il stimulera l’activité économique et il accroîtra la valeur du pétrole canadien sur le marché mondial en dehors des États-Unis, notamment en ouvrant des marchés en Asie.

De nombreux sénateurs, dont moi-même, ont estimé que ce débat d’urgence de quatre heures à la Chambre rouge était justifié, compte tenu de la tactique de retardement utilisée la semaine dernière par le premier ministre néo-démocrate de la Colombie-Britannique, John Horgan, qui a annoncé qu’il solliciterait des opinions publiques sur la façon de restreindre le transport accru du bitume dilué, jusqu’à ce que « l’on comprenne mieux le comportement du bitume accidentellement déversé et que l’on soit davantage certain de pouvoir bien atténuer les effets des déversements » [Traduction].

S’agit-il d’une blague? Le gouvernement néo-démocrate de la Colombie-Britannique voudrait nous faire croire que le pétrole n’a pas été expédié en toute sécurité depuis des décennies et qu’il n’existe même pas de plan d’intervention advenant un déversement improbable.

Tout d’abord, nous savons que les pipelines représentent le moyen le plus sécuritaire et le plus efficace d’acheminer le pétrole; ensuite, nous savons que le Canada a adopté un système de classe mondiale relativement à la sécurité des pétroliers. De plus, il est bien entendu que les gouvernements — antérieurs et actuels — et l’industrie sont résolus à protéger nos côtes, notre environnement et nos communautés. Quiconque pense le contraire est de toute évidence dans l’erreur.

Je peux certes comprendre que le premier ministre Horgan soit contre ce projet, mais je ne suis pas d’accord à ce qu’un gouvernement provincial garde en suspens les intérêts du Canada en matière pétrolière pour en tirer un gain politique. Certains soutiennent que cette approche interventionniste est inconstitutionnelle étant donné que les pipelines interprovinciaux relèvent du gouvernement fédéral qui, d’ailleurs, a déjà autorisé le projet après un processus d’examen détaillé et prolongé.

Soyons clairs ici : il ne s’agit pas d’opposer ceux qui favorisent la mise en valeur des ressources et la construction de pipelines à ceux qui sont d’avis contraire. Que vous soyez pour ou contre les pipelines n’a aucun intérêt ici. Le problème réside dans le fait que nous avons un premier ministre provincial, au sein de la fédération canadienne, qui veut essentiellement avoir le dernier mot quant à savoir comment, où et quand nous pourrons expédier, charger ou exporter une de nos ressources naturelles les plus abondantes.

De plus, le premier ministre Horgan oublie sans doute que la côte n’appartient pas exclusivement à la Colombie‑Britannique : elle appartient à toute la population canadienne. Il ne sait absolument pas comment être un voisin et un coéquipier avenant et respectueux. De toute évidence, M. Horgan est déterminé à « retenir en otage » un des produits de base les plus précieux du Canada.

Selon moi, il se pourrait même que M. Horgan oublie ce que la lettre « D » signifie dans l’abréviation NPD. Que le gouvernement néo‑démocrate essaie de bloquer ou de retarder la mise en œuvre d’un projet approuvé par le gouvernement fédéral et relevant de la compétence fédérale constitue, oserai-je le dire, un comportement antidémocratique. Ou peut-être est-ce là tout simplement la « nouvelle » façon de gouverner?

Bien sûr, j’ai été enchanté que des sénateurs de toutes les allégeances politiques prennent part au débat mardi soir et que, pour manifester leur appui, ils aient clairement fait savoir que ces tactiques interventionnistes ne doivent pas être tolérées. Comme bon nombre de mes collègues, je crains que ce pénible épisode se dégénère rapidement et qu’il ait des conséquences permanentes ou durables pour notre pays. En Alberta, on parle déjà de boycotter les vins de la Colombie-Britannique et de mettre fin aux pourparlers sur l’achat de l’électricité produite par BC Hydro à concurrence de centaines de millions de dollars.

Je souligne que cette altercation politique n’en est pas une opposant uniquement la Colombie-Britannique et l’Alberta. Il ne s’agit pas exclusivement d’un enjeu provincial, non plus que d’une politicaillerie de l’Ouest. L’enjeu concerne la Colombie-Britannique et le Canada. Le gouvernement fédéral doit prendre toutes les mesures nécessaires à sa disposition pour que ce projet aille immédiatement de l’avant et que la primauté du droit soit maintenue.

Je pense que les sénateurs ont clairement fait savoir au premier ministre Trudeau qu’un solide leadership s’impose dans ce dossier et qu’il doit intervenir auprès du premier ministre Horgan et se prononcer en faveur de toute la population canadienne.

 Le Sénat a tenu un débat d’urgence concernant l’oléoduc Trans Mountain reconnaissant ainsi qu’il s’agit d’un enjeu d’intérêt public urgent. Pour plus d’informations.