Le rappel d’un idéal

De souche acadienne, Réjean Paulin a parcouru la francophonie tout au long de sa carrière de journaliste. Il a aussi vécu en France, au Québec et dans l’Ouest canadien avant de s’établir à Ottawa où il est professeur en journalisme au collège La Cité.
Réjean Paulin (Francopresse)

L’heure du budget fédéral approche. La FCFA demande 575 millions de dollars en cinq ans tandis que la presse communautaire, en difficulté à cause de la faible contribution d’Ottawa, crie « au secours ».

On veut des sous pour freiner l’érosion des organismes, des centres communautaires et culturels francophones au pays et pour assurer la survie de la presse et des radios. On parle d’institutions, de lieux de rencontre, de communication et de culture.

Bref, on se bat pour maintenir ce qui est essentiel à toute société.

La cohabitation de deux langues et cultures égales fait partie de l’idéal canadien né d’un rêve, celui de fonder un monde meilleur.

La vaste majorité des ancêtres sont arrivés d’Europe au prix d’un long et périlleux voyage. Ensemble, ils ont voulu fonder un nouveau monde en bâtissant sur leurs espoirs avec les matériaux que la vie leur a fournis.

Chez leurs descendants, on poursuit le rêve avec le même acharnement et la même dignité. On a une vision de ce que l’avenir va apporter. On forge dans la lutte et la ténacité les pièces que l’on ajoute une à une à l’édifice.

Et maintenant, on compte sur les nouveaux arrivants qui joignent leur effort à cette construction séculaire.

Quel est-il cet idéal que poursuit ce peuple minoritaire ? On peut en tracer les grandes lignes en suivant le fils de ses revendications.

Les mots « développement » et « épanouissement » reviennent souvent dans son insistante quête de reconnaissance. Les deux termes sont inscrits dans la Loi sur les langues officielles. On ne veut pas seulement survivre, on espère grandir grâce aux mêmes moyens et ressources que les anglophones.

Le minoritaire a un rêve. Sa société lui apporterait plus que le minimum vital. Sa langue y ferait partie intégrante du quotidien. Elle se parlerait librement en toutes circonstances, non seulement dans le cadre de la lutte pour la cause. Ses valeurs, sa culture et ses traditions s’exprimeraient sans entraves. Il pourrait acquérir tout le savoir voulu en français. De plus, sa contribution à l’édification du pays serait pleine et entière. Bref, son état de francophone ne lui imposerait aucune contrainte et lui apporterait tout ce qu’il est en droit d’attendre d’une civilisation comme la nôtre.

Que ce serait beau… Hélas, les rêves ne se réalisent jamais tout à fait. Tel est le sort de l’humain de mettre son espoir en un lendemain que ne sera pas celui qu’il attend. Mais en même temps, cette quête inocule en lui l’enthousiasme qui l’empêchera de capituler, faisant de lui un être qui vit en plus d’exister.

Qu’en est-il de la contribution de l’état à ce rêve aujourd’hui ? Le bilan des dix dernières années n’est guère reluisant. Les subventions et contributions du fédéral sont gelées depuis une dizaine d’années. L’inflation en a grugé presque un cinquième. Il y a aujourd’hui des centres culturels qui ne font plus leurs frais.

Selon le Commissaire aux langues officielles, les achats annuels de publicité fédérale aux journaux et radios communautaires sont passés de 2,7 millions à 630 000 $ de 2006 à 2015. C’est beaucoup. Pas étonnant que des journaux et radios disparaissent.

En définitive, l’idéal a du plomb dans l’aile. Les récentes demandes de la FCFA, de l’Association de la presse francophone et de l’Alliance des radios communautaires sont une manière de dire que des Canadiens n’y ont pas renoncé.

À souhaiter que Justin Trudeau tienne parole. Il a bien dit que l’appui aux minorités était une priorité.

S’il est vrai que les rêves ne se réalisent jamais tout à fait, il est tout aussi vrai qu’ils conduisent vers quelque chose de mieux quand on ne les lâche pas. Le rêve doit mener plus loin qu’à un seul idéal. Il doit produire du concret, du solide, du tangible.