French Kiss : Le français, langue de l’amour ?

Julie Barlow (et son conjoint Jean-Benoit Nadeau)
André Magny (Francopresse)

À quelques jours de la St-Valentin, se pourrait-il que Cupidon trempe ses flèches dans la marmite francophone pour démontrer que le français est bel et bien la langue de l’amour ?

En 2015, le site d’apprentissage de langues en ligne BABBEL faisait un sondage auprès de ses 14 000 utilisateurs pour savoir si le français était toujours la langue de l’amour. La réputation du français ne semble pas surfaite parce que celui-ci arrivait en tête du classement avec 34 % des personnes qui considéraient que c’est la langue « la plus sexy » devant l’italien (24,4 %) et l’espagnol (15,8 %).

Mais pourquoi le français est-il donc auréolé de ce prestige ? Simple mythe ou historiquement, cela s’explique ? David Robichaud, professeur de philosophie à l’Université d’Ottawa, s’intéresse notamment au langage. Pour lui, « souvent, on a tendance à associer des langues avec différents types de discours comme l’inuktitut, qui possède plusieurs mots pour décrire la neige. En fait, c’est une question de culture. Aux 17e et 18e siècles, le français, qui était alors une langue très importante, a vu l’apparition de grands poète

s ou dramaturges, qui parlaient de l’amour. Cela a donné des œuvres qui avaient quelque chose de sensuel. »

Il y a aussi l’aspect de la phonétique. Le professeur Robichaud estime que celle du français est plus douce, plus chantante que celle du néerlandais par exemple. Un point que corrobore facilement Suzie Quackenbush. Anglophone francophile depuis une trentaine d’années, elle est membre de la chorale Les voix d’Acadie à Halifax. « J’aime chanter en français. J’aime rouler les R. J’aime les liaisons qu’on entend avec le français. » La chorale, principalement formée de francophones, compte aussi des anglophones. Il faut croire que c’est par le français qu’ils expriment le mieux leurs émotions.

 

Et Cupidon intime dans tout ça ?

Bon très bien. Bravo pour les émotions. Mais revenons à la question de départ : sexy le français ? Plus que l’anglais ? Pour David Robichaud, si l’anglais a permis d’avoir accès à un succès économique, en revanche, il a perdu en émotion. « C’est une langue moins colorée. »

Et au lit ? L’auteure Julie Barlow, native d’Hamilton, a notamment écrit avec son conjoint Jean-Benoît Nadeau quelques ouvrages sur le français et les Français dont Les Français aussi ont un accent (Payot 2002) et Pas si fous ces Français (Seuil, 2005). Elle ne passe pas par quatre chemins. « Quand je suis arrivée à Montréal il y a 30 ans, je ne voulais rien savoir du français. Je venais à McGill pour étudier l’espagnol. Et quand j’ai rencontré Jean-Benoît, sa technique de séduction fut de me sortir du ghetto de McGill. On allait voir des pièces de théâtre, puisqu’il était critique. Avant d’avoir un amant, ça ne m’avait pas frappé… mais à partir du moment où il est devenu mon amant, c’est vrai que j’ai trouvé ça sexy au boutte le français ! Juste entendre “je t’aime” an français, et mon nom, Julie, prononcé à la française, les bras m’en tombaient… c’était plus séduisant que je n’aurais jamais imaginé ! »

Et les autres anglophones, comment trouvent-ils le français ? « Les Anglais admirent le français autant qu’ils le détestent. Pour eux le français est lié au sexe, à l’amour libre. La France a fait une belle job de branding culturel dans ce domaine ! » Encore aujourd’hui, il y a cette attirance chez les jeunes ? Julie Barlow hésite un peu… mais finit par dire « oui… sûrement que les jeunes pensent ça. »

Cupidon peut donc continuer de virevolter en paix et en frénésie… le French Kiss a de l’avenir au-delà de la Saint-Valentin !