Dépression saisonnière : Maudit hiver !

 

Julie Marcil, psychologue.
André Magny (Francopresse)

Si comme Dominique Michel dans sa chanson Hiver Maudit, vous avez envie de dire : « J’haïs l’hiver/Maudit hiver/Les dents serrées, les mains gercées, les batteries à terre » ? Alors qu’il nous reste encore quelques semaines sous le point de congélation et que vous ne pouvez partir à Cuba ou en Floride, attention à la dépression saisonnière ! 

Sérieusement, n’allez surtout pas croire que cette sensation de déprime est à prendre à la légère ou qu’elle n’existe pas. Tout ça est bel et bien documenté.

Il faut remonter au début des années 1980 pour voir apparaître une description de ses symptômes dans ce qui est la bible de références en matière de maladies mentales, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, mieux connu sous son acronyme anglais, le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders).

Cependant, selon la psychologue et professeure en psychologie à l’Université d’Ottawa, la Dre Julie Marcil, « il n’y a plus de trouble de dépression saisonnière en soi » comme on le constate dans la dernière édition du DSM5. « On réfère maintenant plutôt à un sous type de certains troubles affectifs (soit dépression majeure, trouble bipolaire). On dira par exemple que la personne souffre d’une dépression majeure à caractère saisonnier. »

Et quels sont les signes qui pourraient nous alerter ? Selon la professeure Marcil, les symptômes peuvent différer d’une personne à l’autre. « En général, toutefois, les symptômes prédominants sont un besoin plus intense de sommeil (une difficulté à se lever le matin par exemple), une fatigue intense, une augmentation au niveau de l’appétit avec un attrait particulier pour les hydrates de carbones (carbohydrates), ce qui engendre bien souvent une prise de poids. Certains seront davantage irritables ou tristes, manqueront d’initiative ou de motivation face aux activités quotidiennes, auront moins de plaisir et d’intérêt en lien avec les activités qui leur plaisaient auparavant. » En fait, on appelle ce trouble dépressif à caractère saisonnier en raison des symptômes qui surviennent avec l’arrivée de l’hiver et qui s’estompent au printemps.

Mme Marcil tient à préciser que « la dépression majeure à caractère saisonnier est un véritable trouble psychologique qui touche de 2 à 3 % des Canadiens. Elle handicape le fonctionnement des gens atteints et crée généralement beaucoup de souffrance. »

Cependant, il ne faut pas confondre cette dépression avec ce qu’on appelle les « bleus de l’hiver », avec des symptômes sans doute similaires, mais plus légers, qui ont peu d’incidence sur nos occupations quotidiennes.

 

Question de géographie

Lié aux variations de luminosité à travers les saisons, ce type de dépression est donc plus fréquent dans les pays nordiques. « Plus on s’éloigne de l’équateur, plus la prévalence du trouble semble augmentée », comme le souligne Mme Marcil.

Au Canada, pourrions-nous affirmer qu’en raison de la luminosité, les gens de l’Ouest seraient plus enclins à souffrir de cette maladie plutôt que les Acadiens, par exemple ? Andrew Keyes, conseiller en santé mentale au Centre de Santé de Saint-Boniface, rectifie le tir. « L’Ouest canadien a tendance à être plus ensoleillé durant l’hiver que l’Est. » Par contre, « si nous comparons le Sud du Canada avec le Nord, je pencherais vers l’hypothèse que la dépression saisonnière est plus sévère », confie-t-il.

Et qu’est-ce qu’on peut faire ? « S’exposer à la lumière ! », s’exclament les experts ainsi que le site du Centre de Santé de Saint-Boniface. « Nous savons aussi, poursuit M. Keyes, que les gens sont moins portés à faire de l’activité physique ou à s’aventurer dehors lorsqu’il fait froid. Ceci peut causer un déficit important d’engagement dans les diverses activités qui maintiennent leur bien-être. »

De son côté, Julie Marcil préconise notamment les simulateurs de l’aube, qui, avec leur lumière progressive, imite le lever du soleil. Il y a aussi la thérapie cognitive comportementale, voire la pharmacothérapie, qui peut également soulager. Enfin, il y a la fameuse lampe de luminothérapie qui peut aider si elle est utilisée de façon régulière. « Plusieurs personnes parviennent ainsi à gérer leurs symptômes ou les atténuer de façon notable en déjeunant ou travaillant avec une lampe à leur côté.  Il faut toutefois s’assurer d’utiliser une lampe conçue pour cela qui ne risquera pas d’endommager votre peau ou vos yeux », de conclure la professionnelle de l’Université d’Ottawa.

 

Pour en savoir davantage, on consultera le site du Centre de Santé de Saint-Boniface au http://centredesante.mb.ca/ressources/sante-mentale-et-emotive/faire-la-lumiere-sur-la-depression-saisonniere/ ou le site de la Dre Julie Marcil au http://www.drmarcil.com/.