Voitures autonomes au Canada : la révolution écologique arrive en ville

Le rapport de 78 pages du Comité sénatorial des transports et des communications a été publié le 29 janvier.
Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

Vingt jours après la publication par le Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC) d’une étude sur les Véhicules autonomes et l’avenir de l’emploi au Canada, le Comité des transports du Sénat a lancé Paver la voie – Technologie et le futur du véhicule automatisé, le 29 janvier. Les feux verts semblent s’aligner pour ouvrir la voie à des solutions pour les villes en pleine croissance.

Covoiturage, moteur électrique et véhicule autonome. Selon le rapport du CTIC, les solutions pour tirer le meilleur parti des technologies de pointe se trouvent dans la convergence de ces trois innovations réunies qui en multiplient les avantages. L’approche fait consensus alors que les villes connaissent une forte croissance de la demande de la mobilité, qui peut atteindre les 300 %.

Mais rien n’est visible pour l’instant dans nos rues, reconnaît le PDG Namir Anani. D’abord parce que le Canada est en retard dans le domaine, par rapport à l’Europe et les États-Unis.

« Ça se développe très vite. On est au Niveau 4 avec des véhicules qui peuvent rouler tout seuls, mais avec un conducteur qui intervient en cas d’urgence. Pour le Niveau 5, sans conducteur [qu’on voit en Allemgne et aux Etats-Unis], on n’en parle pas encore. On est encore loin des voitures complètement autonomes. »

Le Canada est aussi en retard quant à l’adaptation des codes routiers. Seule l’Ontario a légiféré pour améliorer son code et permettre des projets pilotes, précise le gestionnaire. « Le Québec a déposé un projet de loi pour permettre de tester des voitures. Ça va venir, mais il faudra attendre 2020 pour avoir des voitures du Niveau 4. »

 

Les voitures tournent au ralenti 95 % du temps

Le rapport du Comité sénatorial est très clair sur l’enjeu de la sécurité : le ministre fédéral des Transports est visé par plusieurs des 16 recommandations quant à son rôle de coordonnateur national des politiques provinciales. Le Sénat estime que le changement amorcé est incontournable.

« Nous approchons la fin d’une époque en ce qui a trait à l’automobile traditionnelle, privée et conduite par une seule personne. Dans un avenir assez rapproché, les gens pourront réserver un taxi sans conducteur à partir de leur téléphone intelligent et troquer leur automobile pour ce mode de transport. »

Les pressions sur le système routier augmentent, précise le CTIC : hausse des décès, pollution sonore, embouteillages, multiplication des routes et parkings. Sans compter que les véhicules à combustion fossile, tournant au ralenti à 95 % du temps, contribuent jusqu’à 75 % du smog local.

Il reste à convaincre le citoyen, explique Namir Anani, d’abord en publiant les résultats de tests routiers. « Il y a une certaine méfiance et, malgré l’avancement des technologies, la fiabilité reste un défi. »

Le rapport sénatorial croit que Innovation, Sciences et Développement économique Canada est le ministère le mieux placé pour stimuler la recherche. Le CTIC, établi à Ottawa depuis 25 ans, est financé par le Programme d’appui aux initiatives sectorielles.

Le défi pressant, selon Namir Anani, est le développement du talent dans l’écosystème de recherche et de développement au pays. Le rôle de groupe est de fournir une expertise pour renforcer l’avantage numérique du Canada.

 

Selon le PDG du Conseil des technologies de l’information et des communications, Namir Anani, seule l’Ontario a légiféré pour pour encadrer les tests de voitures autonomes.
Un marché mondial évalué à 77 milliards

« C’est clair qu’il faut accélérer parce que c’est un signal à l’international qu’on fait des essais et qu’on est prêts pour faire avancer le marché », évalué à 77 milliards en 2035 à l’échelle globale.

Dans une étude de 2016, le CTIC estimait qu’environ 213 000 ingénieurs et autres professionnels au pays œuvraient dans les technologies liées aux voitures autonomes. D’après l’évaluation courante, « 34 000 emplois de qualité » seront créés dans ce secteur au Canada d’ici 2021.

« Ça veut dire qu’on a besoin de personnel hautement qualifié le plut tôt possible, soutient le PDG. Mais il y a toujours un décalage entre l’éducation et les besoins de l’industrie. C’est très important de raccourcir cette période. Nous devons donner un signal au monde qu’on a le bassin de talent nécessaire pour répondre aux besoins afin d’intéresser les investisseurs étrangers à s’installer chez nous. »

Le CTIC veut créer une situation semblable à celle qui s’est développée au Québec, souligne Namir Anani, dans le secteur des jeux vidéo. « Il faut faire presque pareil avec les voitures autonomes. »

Le Sénat a d’autres préoccupations : protection des renseignements personnels, cybersécurité, infrastructures et perte d’emplois. Il demande à Transport Canada d’élaborer une stratégie nationale concertée.

La perte d’emplois est certaine, affirme le CTIC, d’abord chez les mécaniciens. Car en cas de panne, les véhicules autonomes auront la capacité de s’autodiagnostiquer, de commander à distance les pièces à remplacer et de se rendre au centre de réparation à l’heure convenue.