Dialogue canadien : l’affirmation québécoise renforce les minorités

Le ministre québécois Jean-Marc Fournier et la ministre Francine Landry du Nouveau-Brunswick ont signé le 18 janvier un accord de coopération. (Photo : Secrétariat aux relations canadiennes du Québec)
Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

L’espoir que la Politique d’affirmation du Québec mène à l’inclusion constitutionnelle de la Province est écarté par le premier ministre du Canada. Mais la récente tournée de dialogue du ministre québécois Jean-Marc Fournier en Ontario et au Nouveau-Brunswick est applaudie en milieu minoritaire.

« Notre Politique vise à mieux faire connaître le Québec », a rappelé aux Torontois le ministre Fournier, de passage au Canadian Club, le 16 janvier, et à « encourager un dialogue pour mieux connaître les autres régions de notre pays ». Il a précisé que, avant de rouvrir le texte constitutionnel, « il nous faut d’abord commencer par se parler, partager, s’approcher, créer des liens solides. »

Le Québec n’est toujours pas signataire de l’Acte constitutionnel de 1982 et, après l’échec de deux tentatives de réforme en 1990 et 1992, l’appétit national manque pour la reprise de pourparlers. La Politique lancée en 2017 est la réponse du gouvernement libéral au questionnement sur la place de la province au sein de la Confédération.

Le chef fédéral n’est toutefois pas disposé à mettre la question à l’ordre du jour. Lors d’une assemblée publique tenue à Québec, le 18 janvier, il a de nouveau mis en doute les intentions du gouvernement québécois.

Si on pouvait identifier des aspects problématiques de la Constitution qui empêcherait le Canada de fonctionner, a déclaré Justin Trudeau, alors « peut-être qu’on devrait avoir des conversations là-dessus. Mais si c’est à des fins politiques, du symbolisme — pour toutes sortes de bonnes raisons — sans but précis et urgent, je préfère ne pas embarquer. »

 

« Pas mal de Québec-bashing »

La réforme constitutionnelle n’est pas non plus à l’agenda des communautés francophones, mais le dialogue lancé par Québec est bienvenu. La présidente de la Société nationale de l’Acadie, Louise Imbeault, estime que la Politique d’affirmation a été bien accueillie, même si elle reconnaît avoir été témoin « d’un peu de cynisme » et de « pas mal de Québec-bashing ces dernières années ».

Selon elle, l’affirmation du Québec dans le cadre de « la spécificité et la diversité canadienne » renforce l’affirmation de l’Acadie. « Quand le ministre Fournier dit que les Québécois veulent être à la fois Québécois et Canadiens, ça s’applique à bien d’autres francophones au pays.

« Le Québec fait signe aux Canadiens qu’il est intéressé à poursuivre ses partenariats et ses liens d’amitié, ajoute la présidente. Les relations commerciales sont très importantes aussi. » Le Secrétariat aux affaires canadiennes du Québec administre deux programmes de soutien financier, l’un destiné à la coopération interprovinciale et l’autre aux projets des communautés francophones.

 

Un peu de pression sur Justin Trudeau

La SNA se prépare au renouvèlement en février d’une entente annuelle d’environ 50 000 $ qui vise notamment la présence des artistes acadiens sur la scène internationale. « On est content de renouveler cette entente, explique Louise Imbeault, surtout que ça se fait dans un climat de réciprocité pour appuyer la francophonie dans l’ensemble du Canada, ce qui augmente nos forces collectives. »

Même avis dans l’Ouest où le président de l’Assemblée communautaire fransaskoise, Roger Gauthier, rappelle qu’un accord de coopération de 110 000 $ a été conclu en novembre dernier entre le Québec et la Saskatchewan.

« L’impact du Québec sur la communauté fransaskoise se fait sentir à cause de sa masse francophone et au niveau social et culturel. L’accord est modeste dans son intention, mais touche tous les secteurs actifs et ça pourrait avoir un impact à long terme. Derrière ça, avec l’Assemblée comme partenaire, c’est une bonne façon d’arrimer le dialogue entre les deux provinces. »

Le président n’écarte pas les facteurs politiques dans la démarche. « Le Québec veut améliorer ses rapports avec l’ensemble du Canada pour se positionner dans l’échiquier politique. C’est une façon de mettre un peu de pression sur M. Trudeau qui a une responsabilité énorme sur le plan des langues officielles. »