Le hockey canadien — un symbole de l’esprit sportif en Corée

Yonah Martin est une sénatrice représentant la Colombie-Britannique. Son projet de loi sur la Journée des anciens combattants de la guerre de Corée a permis de créer une journée nationale pour honorer les Canadiens qui ont servi durant la Guerre de Corée. La sénatrice Martin, dont le père est né en Corée du Nord en 1932, est née à Séoul, en Corée‎.
Sénatrice Yonah Martin

 

La soirée du hockey en Corée?

Certains pourraient croire qu’il s’agit d’une combinaison invraisemblable. Pourtant, au cœur de la Guerre de Corée est née une tradition durable alors que des frères d’armes canadiens, courageux et honorables, ont décidé de montrer leur esprit canadien sous sa forme la plus pure en s’affrontant au cours d’une partie de hockey sur glace.

En novembre dernier à Ottawa, et bientôt à Paju en Corée le 19 janvier 2018, des amis séparés par un océan, mais proches de cœur, se réunissent pour une bonne vieille partie de hockey. Ils laceront une fois de plus leurs patins pour commémorer une partie jouée entre les équipes du régiment de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI ou « Princess Pats ») et du Royal 22e Régiment (R22R), sur la rivière glacée Imjin en Corée, en 1951.

Plus de 60 ans plus tard, les blessures de la Guerre de Corée demeurent ouvertes. Durant l’un des premiers conflits de la Guerre froide, de 1950 à 1953, la péninsule coréenne fut incendiée tandis que des familles étaient déchirées, y compris la mienne, et que des proches étaient tués. Au cœur du pays toujours dans l’impasse, la menace de la reprise du conflit continue de flotter dans l’air, tout comme sur les écrans de télé et les premières pages de journaux partout dans le monde.

Cependant, au cœur de cette tragédie une armée des plus braves Canadiens originaires de l’autre côté de l’océan s’est portée volontaire pour mettre fin au communisme et pour se battre en Corée, cinq ans à peine après leur retour de la Seconde Guerre mondiale. Même s’ils ne savaient pas grand‑chose de ce pays, ils étaient convaincus que la lutte de ses habitants pour la liberté était également leur lutte. Les Canadiens ont apporté d’importantes contributions sur le terrain, dans les airs et en mer, 516 d’entre eux y ont laissé leur vie tandis que des milliers d’autres ont été blessés, physiquement et mentalement.

Un hiver, durant la guerre, des soldats qui servaient ensemble le long de la rivière glacée Imjin et qui s’ennuyaient de la maison ont décidé de jouer une partie amicale de hockey sur glace.  Évidemment, ils ne savaient pas que leur partie, immortalisée en photo, allait devenir légendaire.

Derrière les lignes ennemies, les anglophones des Princess Pats affrontèrent donc les francophones du RR2R. Leur sourire rappelant ceux des enfants sur des étangs partout au Canada, ces parfaits étrangers de toutes les régions de notre vaste pays se sont réunis dans l’esprit du hockey.

À la fin de la guerre, la partie a sombré dans l’oubli. Jusqu’à des dizaines d’années plus tard.

En 2010, j’ai vu la photo iconique lors d’une exposition à Vancouver, présentée par Chang‑Uy Hong, un Canadien d’origine coréenne ayant passé plus de 20 ans de sa vie à archiver des photos de la Guerre de Corée. Il avait cinq ans durant la guerre et, comme moi, il jure qu’il doit sa vie aux Canadiens et aux autres qui ont contribué à sauver la Corée du Sud de la catastrophe.

J’ai été frappée par la juxtaposition de la vraie guerre entre le Nord et le Sud, et cette bataille amicale entre Canadiens anglais et Canadiens français sur la glace. Le symbolisme était palpable. Cette partie méritait d’être commémorée; elle devait revivre.

Avec l’aide d’un contingent du Canada et de la Corée, et avec le soutien du gouvernement du Canada, nous avons fait revivre cette partie historique pour le 60e anniversaire de l’armistice de la guerre de Corée en 2013. En effet, nous avons organisé la Coupe Memorial de la rivière Imjin sur le canal Rideau, à Ottawa, durant laquelle des parlementaires, des anciens de la LNH et des joueurs invités ont affronté une équipe militaire composée de membres de la PPCLI et du R22R pour remporter le trophée ramené de la Corée que des expatriés canadiens remettent lors de leur tournoi annuel à Séoul. Des anciens combattants de la guerre se sont réunis pour se souvenir de leur affrontement sur la glace. Même Don Cherry a mentionné l’activité durant Coach’s Corner la veille de la « Classique Imjin ».

Chaque année depuis, la « Classique Imjin » a lieu à Ottawa comme durant la guerre : les Princess Pats contre les R22R, des anciens combattants et des amateurs les encourageant dans les gradins.

En janvier, lorsque la flamme olympique passera par Paju, la partie historique sera reproduite près de l’emplacement de la partie originale. J’ai commencé à présenter l’idée aux représentants officiels de la Corée peu après l’annonce que la candidature olympique de Pyeongchang avait été retenue. Il s’agissait d’un rêve devenu réalité que d’être capable de transmettre au reste du monde cette histoire à propos du hockey lors de la Guerre de Corée.

Je rêve, comme tous les Coréens, d’une réunification pacifique de la péninsule de Corée. Parfois, cela me semble impossible. Par contre, lorsque je vois le pur esprit canadien, plus fort que la guerre, cela me donne de l’espoir pour la Corée.

 


 Chaque semaine, par le biais de Francopresse, un sénateur ou une sénatrice présente un texte d’opinion sur un sujet pertinent pour les lecteurs de Francopresse et des journaux membres de l’Association de la presse francophone. Les opinions exprimées dans ces textes n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de Francopresse.