Mon beau sapin… interculturel !

Liliane
André Magny

Partage, générosité, ouverture aux autres. Autant de mots qui décrivent l’esprit des Fêtes. Moment idéal où les élans du cœur devraient côtoyer tourtière, atoca et manioc. Temps de l’année où les échanges interculturels devraient plus que jamais rimer avec Noël.

En Acadie, à Moncton, on peut notamment compter sur le Centre d’accueil et d’accompagnement francophone des immigrants du Sud-Est du Nouveau-Brunswick (CAFi) pour tisser des liens entre nouveaux et anciens Acadiens. Stéphanie Tardif, coordonnatrice d’intervention communautaire en diversité, explique que depuis quelque 10 ans des soirées sociales sont ainsi organisées à l’époque des Fêtes. « On mange, on danse, on invite le Père Noël pour les enfants. On a même des ados qui participent comme bénévoles. »

L’année dernière, il y a eu un partage de desserts entre les différentes communautés, qu’elles soient françaises, africaines ou belges. Mme Tardif rappelle que l’événement de 2016 avait rassemblé plus de 150 personnes et que c’était également le premier Noël de Syriens en terre acadienne.

Depuis 10 ans, le CAFI organise à Moncton des rencontres pour tisser des liens à l’occasion des Fêtes

Plus à l’ouest, en Saskatchewan, l’Assemblée communautaire fransaskoise est le maître d’œuvre de certaines activités se déroulant à Regina et Saskatoon, avec des organismes comme l’Association canadienne-française de Regina ou encore l’Association des parents fransaskois. Frédéric Dupré, directeur du renforcement et de l’inclusion communautaire, rappelle que deux soupers sont organisés cette année, en plus d’ateliers de cuisine communautaire qui ont lieu dans le temps de l’avent. « On y échange des recettes ! »

Briser la solitude

« On n’a pas nécessairement d’amis pendant le temps des Fêtes… ». Celui qui parle ainsi, c’est Gouled Hassan, agent de projet à l’Université Laurentienne et administrateur du Centre interculturel francophone de Sudbury.

Arrivé au Canada il y a 17 ans de son Djibouti natal, il sait de quoi il parle. Actif au sein de la francophonie de Sudbury — notamment grâce au Cabaret africain, qui crée des liens et des réseaux socioéconomiques importants — le diplômé en administration de l’Université Laurentienne est l’exemple type de celui qui enrichit sa communauté d’accueil.

Un premier Noël en terre acadienne.

Cependant, il est le premier à dire que c’est à Noël « qu’on sent le plus la solitude » d’où la nécessité de construire des ponts. Musulman, marié à une chrétienne d’Éthiopie, père d’un petit garçon et partisan de l’interculturalisme plutôt que du multiculturalisme — qui érige davantage des silos que de la solidarité —, Gouled Hassan trouve que les choses ont hélas tendance à changer. « Il y a cinq ans, on avait des échanges de cadeaux, des soirées de jumelage entre des familles de Sudbury et celles venues d’ailleurs. Maintenant, on a moins d’endroits pour se rassembler. » Selon lui, les événements internationaux — le terrorisme lié aux islamistes — peuvent avoir des répercussions jusque dans une ville comme Sudbury.

Pourtant, il n’est pas de ceux qui abandonnent facilement. Le temps des Fêtes continue pour lui de représenter un moment pour édifier « une communauté unie et riche de sa diversité. »