Le sapin de Noël canadien, un produit branché !

Lucas Pilleri (Francopresse)

L’industrie du sapin canadien se porte bien. Avec 90 % de la production nationale destinée à l’exportation, le conifère remporte un vif succès à travers le monde. Soutenu par des conditions économiques favorables, le marché connaît aussi un changement dans les goûts du consommateur qui se tourne de plus en plus vers le naturel, pour la plus grande joie des producteurs.

Environ deux millions et demi de sapins seront produits cette année au Canada. Mais il n’en a pas toujours été ainsi car la production avait chuté à moins d’un million d’arbres il y a une trentaine d’années.

Le marché s’est consolidé depuis quelques décennies. Beaucoup de petites exploitations, dont les propriétaires sont partis à la retraite sans relève, ont été rachetées par de plus gros exploitants, causant une diminution du nombre de producteurs. Malgré tout, la production côtoie à nouveau des sommets cette année.

Bonne cuvée 2017

Les conditions sont particulièrement favorables en ce mois de décembre 2017. D’un côté, la production américaine est en baisse. De l’autre, la demande pour les sapins naturels augmente. Cette conjoncture permet même aux producteurs d’augmenter un peu leurs tarifs.

Larry Downey, président de l’Association canadienne des producteurs d’arbres de Noël, souligne l’impact de la population vieillissante des baby-boomers qui achètent de moins en moins ou de plus en plus petit : « Les arbres de un mètre se vendaient très peu il y a dix ans, ils se vendent dix fois plus aujourd’hui ! ».

Étant donné que les sapins sont des denrées périssables, avec une durée de fraîcheur d’environ soixante jours, les producteurs tendent à éliminer les excédents en abaissant les prix, une pratique qui par le passé avait pu diminuer les revenus des producteurs. « Ces agissements seront portés à disparaître car l’inventaire total nord-américain est à la baisse », se réjouit Larry Downey.

Toutefois, la concurrence est rude face à l’arbre synthétique made in China. Laurie Allain, propriétaire du Jardin du père Noël avec ses 6000 arbres, situé à Saint-Marie-de-Kent au Nouveau-Brunswick, pointe du doigt le sapin artificiel comme un compétiteur redoutable, « qui dérange beaucoup ».

Le sapin canadien : un succès mondial

Le Canada est malgré tout le plus gros exportateur d’arbres de Noël naturels au monde. Selon Statistique Canada, en 2015, plus d’un million sept cent mille sapins canadiens ont été vendus dans le monde, générant plus de quarante millions de dollars de recettes.

Plus de 90 % de la production nationale est destinée à être exportée. Si la grande majorité de ces arbres termine dans les foyers américains, une partie est aussi vendue en Amérique Centrale et Latine, notamment au Panama, au Venezuela, et dans les Antilles.

L’arbre à épines est un véritable enjeu économique. Il crée de l’emploi au pays, entre les producteurs, les employés et les industries annexes comme celles du transport et de la vente. En 2011, plus de 2300 fermes faisaient pousser des sapins, avec une production concentrée principalement au Québec, en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick.

Le succès du sapin canadien s’explique d’abord par la position géographique. Importer des sapins depuis l’Europe ou l’Asie reviendrait trop cher aux pays importateurs. « Le marché de la Nouvelle-Angleterre peut être servi en cinq heures, et celui de New York en huit seulement », fait remarquer le président de l’Association des producteurs de sapins.

En Nouvelle-Écosse, deuxième exportateur derrière le Québec, 95 % de la production se destine à l’exportation, principalement vers la côte est des États-Unis. « C’est une bonne année, la demande est forte », se félicite Angus Bonnyman, directeur du Christmas Tree Council de la province.

Retour aux traditions

Partir en famille au milieu des sapins, porter son dévolu sur l’arbre parfait, le ramener à la maison, fraîchement coupé à la scie manuelle… La formule de l’auto-cueillette semble revenir en force.

La sapinière Downey au Québec, avec ses 18 000 arbres, en fait l’expérience : « C’est une activité familiale et conviviale, avec des glissades, des déguisements, du chocolat chaud, des tours de cheval ou de tracteur. Ça stimule beaucoup la vente », constate le gérant.

Du côté de la plantation René Matte, située à Saint-Basile-de-Portneuf près de Montréal, l’auto-cueillette fonctionne bien dans la plantation aux 25 000 arbres depuis 2010. « Il y a de plus en plus de monde. Le bouche à oreille fonctionne très bien. Le père Noël est sur place, on est tous habillés en lutins, c’est vraiment la magie pour les enfants », indique Manon Trudel.

Les goûts changent

Si les variétés de sapin les plus courues sont le sapin baumier, le sapin Fraser, le sapin Douglas et le sapin noble, Larry Downey observe un changement de goût chez les consommateurs : « Ils recherchent le nouveau, notamment les arbres exotiques comme les sapins japonais et coréens qui ont un odorat citronné, sucré, plus prononcé ».

En outre, la tendance serait au naturel pour le plus grand plaisir des producteurs. « Le monde retourne vers l’arbre de Noël naturel plutôt que le synthétique, pour protéger l’environnement, pour soutenir l’économie locale, pour le parfum aussi », applaudit le président de l’Association des producteurs.


L’achat de sapins

Trois catégories de sapins sont vendues :

  • catégorie supérieure (ou premium) : 50 à 60 dollars
  • catégorie 1 : 40 à 50 dollars
  • catégorie 2 : 30 à 40 dollars

La classification tient compte de la surface qui est fournie. Ainsi un sapin plus vieux qui aura reçu plus de travail pourra se vendre au tarif le plus élevé. Les sapins sont généralement coupés autour de 8 à 10 ans après leur plantation.


Un sapin néo-écossais à Boston

L’arbre de Noël revêt parfois une dimension politique. Angus Bonnyman évoque la tradition diplomatique, chaque année depuis 1971, de l’arbre de Noël envoyé à Boston aux États-Unis, « pour commémorer l’aide apportée aux Néo-Écossais après l’explosion à Halifax en 1917 ».

Source: Statistique Canada, 2015