Recherche appliquée : il est temps de reconnaitre la contribution du secteur collégial

Denise Amyot

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Lorsque l’entreprise Capital Property Guardians, de Gatineau, qui s’occupe notamment de l’entretien de la glace du Canal Rideau, a eu l’idée de développer une surfaceuse plus performante, elle a vite réalisé qu’elle aurait besoin d’aide pour réaliser son prototype. À l’instar d’un nombre croissant d’entrepreneurs et de petites et moyennes entreprises (PME), la compagnie s’est adressée à un collège de sa région pour l’épauler. Avec le soutien de deux étudiants de La Cité et de leur enseignant, elle a ainsi pu développer un prototype qui sera mis à l’essai cet hiver.

Les collèges communautaires, les cégeps et les instituts de technologie sont devenus pour des milliers de PME comme Capital Property Guardians, des établissements incontournables auxquels s’adresser lorsqu’ils ont des problèmes à résoudre. Ces établissements hébergent actuellement plus de 400 centres et laboratoires de recherche spécialisés au service de collectivités de tout le pays. Malheureusement, les politiques fédérales et le financement en place ne répondent plus à la demande, ce qui force ces établissements à rejeter de plus en plus de demandes de soutien d’innovateurs potentiels.

Depuis 2010-2011, le nombre de partenariats conclus entre les collèges et les instituts et des PME a augmenté de 23 pour cent et le nombre de partenariats conclus avec de grandes entreprises a connu une augmentation fulgurante de 51 pour cent. Rien que l’an dernier, nos établissements membres ont collaboré avec plus de 6 300 partenaires du secteur privé, dont 70 pour cent de PME. Cela a permis de créer de nouveaux produits ou d’améliorer des procédés qui permettent aux entreprises canadiennes d’innover davantage et de mieux résister aux conditions économiques dans lesquelles elles opèrent.

Le soutien du gouvernement fédéral a été essentiel au renforcement des capacités de recherche grâce à des mesures telles que le Programme d’innovation dans les collèges et la communauté (ICC) qui a accru l’intérêt des entreprises et des partenaires communautaires à l’égard des collèges et des instituts. Toutefois, le financement limité dont ceux-ci bénéficient par le biais des programmes fédéraux ne suffit pas et ils se voient contraints de refuser leur soutien à des entreprises et des partenaires ayant des idées innovantes à proposer et de l’argent à investir. Les besoins sont manifestes dans le nombre des demandes d’aide au titre de l’ICC qui a triplé depuis 2011. Or l’an dernier, seuls 39 pour cent des fonds demandés par le biais du programme ont été accordés.

Chaque année, le gouvernement fédéral investit pourtant plus de 3 milliards de dollars pour la recherche menée dans les établissements postsecondaires. Mais sur ce montant, les collèges et les instituts n’ont accès qu’à 75 millions de dollars, soit seulement 2,5 pour cent de l’investissement global. Qui plus est, comme une grande part de ce financement dépend de divers projets pilotes, la planification à long terme s’en trouve d’autant plus compliquée.

Pour tirer vraiment parti du potentiel d’innovation des collèges et des instituts, le gouvernement se doit d’intensifier ses efforts pour accroître le financement de la recherche appliquée. En nous basant sur l’augmentation des demandes, nous estimons que les sommes actuellement investies dans la recherche sont largement insuffisantes et qu’il faudrait les porter dans un premier temps à 100 millions de dollars par an pour les augmenter ensuite régulièrement afin qu’elles atteignent 300 millions d’ici 2022.

Sachant que le gouvernement fédéral est à la recherche de moyens de stimuler l’innovation, notamment par une évaluation ambitieuse des investissements réalisés dans l’innovation commerciale par ses divers ministères, il serait difficile de concevoir une meilleure façon d’investir. Il a en effet été démontré que, pour chaque dollar investi dans la recherche appliquée, les collèges et les instituts sont en mesure d’obtenir une contribution quasi égale de leurs partenaires du secteur privé. De plus, en concentrant leurs efforts sur les besoins précis des employeurs de leurs communautés et les défis concrets qu’ils ont à relever, ils contribuent, par leurs projets, à la croissance des économies locales. Enfin, en mobilisant les étudiants à chaque étape du processus, ils jouent aussi un rôle crucial dans le développement de la relève.

S’il est vrai que plusieurs projets pilotes ont été lancés au cours des dernières années, comme celui du Fonds d’innovation sociale destiné aux collèges et aux communautés, le temps est venu de lancer des initiatives durables. Les collèges et les instituts ont montré qu’ils disposaient des moyens, des connaissances et compétences spécialisées, et des partenariats nécessaires pour occuper une place permanente et de plus grande envergure dans l’écosystème d’innovation canadien.


Biographie :

Denise Amyot et présidente-directrice générale de Collèges et instituts Canada (CICan), l’association qui représente les collèges communautaires, les cégeps et les instituts de technologie de tout le pays.