Le prochain Guide alimentaire : Santé Canada prône de boire plus d’eau et moins de sirop

La consommation d’aliments frais et de protéines d’origine végétale serait un des fondements du prochain Guide alimentaire canadien. (Photo : Jean-Pierre Dubé)
Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

Alors que Santé Canada signale le lien entre le changement climatique et la contamination des aliments, il s’apprête à publier au début 2018 des sections du nouveau Guide alimentaire canadien. Les consultations ont pris fin dans la crainte de certaines industries énergivores de se voir rayer du menu national. Le ministère recommande notamment de boire régulièrement — sans sucre ni sodium ou bulles — de l’eau !

La prise de conscience sur l’eau n’est pas nouvelle, surtout dans les services à la petite enfance. L’importance de boire de l’eau entre les repas et après l’activité physique est un message accentué dans la formation des éducatrices et des parents, explique la coordonnatrice Christine Gagné, du programme Départ Santé, du Réseau santé en français de la Saskatchewan.

« On voit souvent des enfants boire du jus ou des boissons gazeuses. Il y a un manque de conscience qu’il y a énormément de sucre dans ces boissons. Le sucre coupe la faim et cause le développement de caries. La recommandation de santé est de limiter le sucre à huit cuillerées à thé par jour. On peut retrouver ce montant dans une tasse de boisson gazeuse. »

Le sucre se trouve aussi en surabondance dans la nourriture, poursuit Christine Gagné, notamment dans les aliments préemballés. Comme le Guide, elle recommande aux parents de lire davantage les étiquettes des produits. La variété de fruits et légumes, de grains entiers, de légumineuses et de protéines végétales est également au menu proposé.

« Nous présentons aussi l’idée de repas traditionnels et culturels, les repas de style familial ou en groupe, et d’inclure les enfants dans la préparation du menu et au processus de nettoyage. On encourage les enfants à faire leurs propres choix afin qu’ils deviennent des mangeurs compétents. »

Des jeunes mangeurs compétents

Les auteurs du Guide savent que le contrôle du sucre est un investissement à long terme. Comme l’écrit l’auteur Yuval Noah Harari dans Homo Deus, les glucides sont devenus plus dangereux que la poudre à canon. Le sucre mène à l’obésité et au diabète qui sont à l’origine des maladies de cœur, les plus mortelles au Canada.

« L’obésité et le diabète, ça va au-delà du Guide alimentaire, explique la diététiste Mélissa Couture-Léger, de la Clinique de diabète du Réseau Vitalité, à Moncton. Quand on regarde dans l’environnement, on a des aliments malsains qui nous entourent en tout temps. Il faut être tellement motivés pour faire des choix sains. »

Sur la question de l’obésité, il y aurait des centaines de facteurs, selon la diététiste, mais sa fondation est dans la consommation quotidienne. « Les gens ne mangent pas assez de fruits et de légumes, mais trop de glucides, trop de viande, trop de tout. Pour la viande rouge, le Guide va suggérer d’en manger seulement deux fois par semaine, avec modération.

« On parle de jus, de boissons gazeuses, ajoute la diététiste, et de gâteaux parfois dans des portions industrielles. Si mes patients suivaient les recommandations du Guide, il y aurait moins de diabète. »

En fait, remarque-t-elle, les diabétiques ne connaissent pas cet outil et le critiquent même s’ils ne l’ont pas lu. « C’est quand même très général pour le public, mais on voudrait qu’il soit plus facile à comprendre et qu’il soit présenté de différentes manières. »

Exclusion des lobbys agroalimentaires

Mélissa Couture-Léger admet qu’elle n’a pas dans le passé utilisé le Guide de façon systématique dans sa pratique. « Il y a d’autres ressources qu’on utilise quand on travaille plus au niveau du traitement. C’est compliqué le diabète, ce n’est pas one size fits all. Des fois, il faut parler de nutrition pendant des semaines avant de comprendre. »

Santé Canada met l’accent une alimentation d’origine végétale (noix, grains et avocat) pour encourager les Canadiens à consommer moins de protéines animales et de produits laitiers (crème, fromage et beurre). Ces industries s’inquiètent déjà du protectionnisme américain qui menace le volume d’exportation et elles ont contesté certaines orientations proposées par le ministère.

Le processus de révision du Guide a néanmoins exclu pour la première fois les études financées par les lobbys l’industrie agroalimentaire. Il a été interdit aux dirigeants du Ministère ainsi qu’aux rédacteurs de rencontrer des groupes de producteurs pour éviter les conflits d’intérêts. Ottawa a noté une forte hausse de la consommation de viande depuis la mise à jour de 2007.

Pourquoi réduire la consommation de viande et de lait ? La production de bœuf et de vache est responsable du tiers des émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage. La production d’un kilogramme de bœuf exigerait 16 fois plus d’eau qu’un kilogramme de fruits.

 


Ottawa a noté une forte hausse de la consommation de viande depuis la mise à jour de 2007. La production de bœuf et de vache est responsable du tiers des émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage. La production d’un kilogramme de bœuf exigerait 16 fois plus d’eau qu’un kilogramme de fruits.