Passons à l’action : Un comité sénatorial veut faire connaître le corridor nordique

Sénateur David Tkachuk

Chaque semaine, par le biais de Francopresse, un sénateur ou une sénatrice présente un texte d’opinion sur un sujet pertinent pour les lecteurs de Francopresse et des journaux membres de l’Association de la presse francophone. 

Les opinions exprimées dans les lettres d’opinion publiées sur Francopresse n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de Francopresse ou de l’Association de la presse francophone (APF).


Le sénateur David Tkachuk représente la Saskatchewan.

Depuis sa création, le Canada est confronté à deux grands défis : comment transporter des ressources naturelles d’une incroyable richesse sur un vaste territoire et comment améliorer la qualité de vie dans les régions les plus éloignées du pays. Tout en représentant une solution à ces problèmes, l’établissement d’un corridor nordique serait également un nouveau grand projet national.

À la fin de 2016, le Comité sénatorial des banques et du commerce a entamé une étude sur la création d’un corridor national. Il s’agissait d’une idée mise de l’avant dans un rapport publié en 2016 (en anglais seulement) par l’Université de Calgary et CIRANO, un groupe de recherche interuniversitaire basé à Montréal.

Dans le cadre des audiences du comité, nous avons appris qu’il y a une cinquantaine d’années, Richard Rohmer, général honoraire de l’armée de l’air et avocat, a mené avec la firme d’ingénierie Acres Research une étude qui préconisait le développement d’un corridor du Canada médian. Cette étude a été présentée en 1971 à un premier ministre qui, soit dit en passant, portait le nom de Trudeau.

Cette étude dort sur une tablette depuis ce temps.

Dans notre rapport, nous avons comparé l’établissement d’un corridor national, plus particulièrement celui d’un corridor nordique, à un autre grand projet national entrepris par sir John A. Macdonald, soit la construction du chemin de fer Canadien Pacifique. Ce corridor de transport, qui s’étendrait sur 7000 kilomètres, établirait une emprise à l’échelle du pays pour les routes, les chemins de fer et les pipelines, ainsi que pour les réseaux de télécommunications et de distribution d’électricité. Parmi ses nombreux avantages, ce corridor permettrait de :

  • Diversifier nos marchés
  • Stimuler la croissance économique et la création d’emplois
  • Favoriser les peuples autochtones, qui seraient des partenaires à part entière dans le projet
  • Diminuer la circulation dans les réseaux de transport du sud du pays
  • Soutenir la souveraineté du Canada dans l’Arctique

La liste des raisons qui justifient l’établissement d’un corridor national est longue. Presque tout le monde s’entend pour dire qu’il faudrait aller de l’avant. Cependant, le comité craint que, dans 50 ans, son rapport se retrouve sur une tablette et qu’il n’y ait toujours pas de corridor, même s’il était économiquement avantageux d’en établir un.

Les leaders politiques d’aujourd’hui n’ont peut-être pas la vision de sir John A. Macdonald. Il n’est peut-être pas nécessaire d’unifier le pays comme à l’époque. Il va sans dire qu’à l’époque de John A. Macdonald, les États-Unis, dans leur élan expansionniste, voulaient avancer vers le nord et menaçaient d’encercler et d’annexer l’Amérique du Nord britannique.

Les politiciens d’aujourd’hui vantent les vertus du libre-échange avec les autres pays, mais ils ne peuvent le mettre en place entre les provinces. Selon certaines estimations, les obstacles au commerce intérieur coûtent à notre économie entre 50 milliards et 130 milliards de dollars par année.

Si nous ne pouvons pas ouvrir les frontières à l’intérieur de notre propre pays dans ce contexte, malgré un article de la Constitution (article 121) qui garantit la libre circulation des produits entre les provinces et qui est censé ouvrir la voie aux mesures fédérales, comment pouvons-nous espérer établir un corridor qui traversera les provinces et les territoires pour expédier des biens sans entrave à l’échelle du pays?

Nous vivons à une époque où l’ancien maire de Montréal, une des plus grandes villes canadiennes, se réjouissait de l’abandon du pipeline Énergie Est, qui serait profitable pour tout le pays, y compris sa propre province.

Il est temps de renverser cette tendance inquiétante.

Le gouvernement fédéral pourrait commencer par fournir à l’Université de Calgary et CIRANO 5 millions de dollars pour terminer leur étude sur l’établissement d’un corridor. Nous avons d’ailleurs recommandé cette dépense dans le rapport du comité des banques et du commerce.

Nous avons déposé notre rapport au Sénat en mai (il a près de 6 mois) et rien ne laisse présager que le gouvernement mettra nos recommandations en œuvre. En fait, c’est tout le contraire.

Pendant l’étude, j’ai écrit à plusieurs ministres, en ma qualité de président du comité, pour leur demander d’accorder des fonds à l’Université de Calgary. Certains se sont renvoyé la balle et d’autres ont carrément refusé. Le ministre des Transports, Marc Garneau, a répondu : « À l’heure actuelle, Transports Canada n’est pas en mesure de s’engager à fournir des fonds pour une étude comme celle que propose l’École des politiques publiques de l’Université de Calgary. »

Les groupes comme l’Association des ingénieurs-conseils du Canada doivent faire part à leurs députés respectifs de l’urgence d’agir et de leur enthousiasme concernant l’établissement d’un corridor national, et ils ne doivent pas relâcher leurs efforts.