Combler l’écart — les musées, solutions uniques à des luttes sociales

Sénatrice Patricia E. Bovey

Chaque semaine, par le biais de Francopresse, un sénateur ou une sénatrice présente un texte d’opinion sur un sujet pertinent pour les lecteurs de Francopresse et des journaux membres de l’Association de la presse francophone. 

Les opinions exprimées dans les lettres d’opinion publiées sur Francopresse n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de Francopresse ou de l’Association de la presse francophone (APF).


Patricia E. Bovey représente le Manitoba au Sénat. Elle siège au Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international, au Comité sénatorial permanent des transports et des communications et au Comité sénatorial permanent des langues officielles. Avant d’être nommée au Sénat, Mme Bovey a été directrice et conservatrice de galerie d’art, historienne de l’art et consultante à Winnipeg. Elle parraine le projet de loi S-234, pour la création du poste d’artiste officiel du Parlement.

Au Canada, le nombre d’Autochtones et d’immigrants croît à un rythme qu’on n’avait pas connu depuis des générations, comme le montrent les chiffres du Recensement de 2016 par Statistique Canada diffusés à la fin d’octobre. À mesure que le Canada grandit et gagne en maturité comme pays, les musées peuvent jouer un rôle important pour faire la paix avec le passé et tracer un chemin vers un avenir plus éclairé.

En effet, assurer la préservation de notre patrimoine culturel diversifié, favoriser de nouvelles recherches sur notre histoire et mettre en vedette des artistes de tous les milieux sont des actions qui permettront d’en arriver à la réconciliation et au renforcement du multiculturalisme.

Présenter la réalité, c’est la force des musées, et une force plus importante que jamais dans ce nouveau monde de fausses nouvelles. Selon de nombreuses enquêtes et études, les musées sont les institutions les plus dignes de confiance dans la société contemporaine. Cette responsabilité sociale vient de l’art de l’équilibre entre la précaution et l’audace.

Toutefois, comme les musées sont populaires auprès des touristes, il se peut qu’on se sente obligé de se concentrer sur les forces et les réussites du Canada.

Contrairement au nombre grandissant de sites Web idéologiques et éclatés, qui nous aspirent dans leurs convictions, les musées sont, par leur nature et leur structure, dans une position unique pour présenter de multiples points de vue sur différentes questions. Depuis toujours, ces institutions mettent en lumière les aspects plus sombres du passé et du présent, et doivent continuer de le faire. Qu’il soit question de violence et de discrimination fondées sur le genre, de femmes disparues et assassinées, du système carcéral défaillant, de changements climatiques, de communautés qui vivent dans des conditions grandement inférieures à la norme nationale, qui ne bénéficient des services de base comme l’eau courante ou de la nourriture à prix abordable, les exemples sont nombreux.

Avec les nouveaux arrivants au Canada, toujours plus nombreux, et souvent provenant de régions ravagées par la guerre, nous devons plus que jamais nous engager à bâtir ces espaces publics qui définissent qui nous sommes.

Mais les dimensions internationales de notre communauté d’arts et de musées dépassent largement les gens qui viennent au Canada, elles sont aussi la clé de la façon dont nous définissons notre pays et sa culture à l’étranger.

L’exposition du Groupe des Sept, à la Dulwich Picture Gallery, à Londres, a fait connaître l’art canadien dans ce qu’on appelait autrefois la « mère patrie ». Le Musée des beaux-arts de la région de Victoria a créé des partenariats avec des institutions au Japon, en Chine, en Corée et au Vietnam pour mieux comprendre et faire comprendre la culture. Et le Musée royal de la Colombie‑Britannique amorcera une entente similaire avec des institutions en Égypte l’an prochain.

Mais le gouvernement fédéral a aussi son rôle à jouer.

Tout d’abord, la culture doit redevenir un aspect fort de la politique étrangère du Canada grâce au rétablissement des racines culturelles dans toutes les ambassades canadiennes. Il faudrait donner une plus grande visibilité à l’art canadien et aux artéfacts dans les ambassades et voir à ce que les artistes canadiens et les organismes artistiques fassent à nouveau partie des missions commerciales internationales.

Tout cela est d’autant plus primordial compte tenu des négociations de libre-échange avec l’Europe, ainsi qu’avec les États-Unis et le Mexique. Il faut absolument intégrer des règles sur le financement culturel, la propriété intellectuelle et le droit d’auteur dans chacune de ces négociations. Les personnes visées par ces décisions devraient être présentes. Les musées pourraient jouer un rôle rassembleur pour ces groupes culturels.

À l’échelle nationale, le gouvernement devrait également élever le Canada au rang qui lui revient parmi les grands pôles culturels en mettant sur pied un musée national du portrait, comme de nombreux sénateurs le proposent.

Les musées sont fortement liés aux gens du fait qu’ils connectent les gens d’aujourd’hui à ceux du passé, les gens d’autres régions du Canada à ceux d’autres régions dans le monde, les gens qui sont d’accord avec nous à ceux qui ne le sont pas et aux gens qui parlent nos langues à ceux qui ne les parlent pas.

Les démocraties prospèrent lorsqu’elles reposent sur de solides fondations, notamment des institutions, comme nos musées. Elles s’écroulent avec le déclin de ces institutions. Les Canadiens devraient continuer de prendre la défense de nos musées.