Québécois et francophones minoritaires : Quels liens depuis 1967 ?

Lucas Pilerri (Francopresse)

Les États généraux fêtent cette année leurs 50 ans. Plus précisément, ce sont les Assises nationales de 1967 qui suscitent un vif intérêt, un événement unique dans l’histoire de la francophonie canadienne. Leur échec marque pour beaucoup la rupture entre le Québec et les francophonies en situation minoritaire, et la fin du Canada français. Retour sur ce moment historique dont les effets perdurent en 2017.


Benoit Pelletier

Existe-t-il une unité entre les francophones malgré la rupture des États généraux ? Alors que nous fêtons les 50 ans des Assises de 1967, symboles pour beaucoup de l’éclatement du Canada français et du détachement du Québec des francophonies minoritaires, certains projets essaient de tisser des liens. Les relations de coopération semblent varier grandement d’Est en Ouest.

Depuis la fin des années 1960, marquée par une rupture au sein de la nation canadienne-française, beaucoup reprochent au Québec de se désintéresser des populations francophones en milieu minoritaire. De vives tensions ternissent aussi le rêve de cohésion et d’unité au sein de la francophonie canadienne.

Un tournant dans les années 2000 ?

Benoit Pelletier, ancien ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie dans le gouvernement de Jean Charest, a beaucoup œuvré pour le rapprochement du Québec et des francophonies minoritaires. « Quand je suis devenu ministre en 2003, j’ai voulu que le Québec revienne dans le giron de la francophonie canadienne, qu’il revienne en force », exprime-t-il.

L’un des gestes posés par le ministre a été l’adoption en 2006 d’une nouvelle politique pour renforcer les liens entre francophones, basée sur la coopération entre gouvernements et territoires. Dans cette optique, le Québec accorde des subventions pour des projets favorisant la francophonie canadienne. Avec la création du Centre de la francophonie des Amériques, par exemple, l’ancien responsable entendait affirmer le rôle de chef de file du Québec sur tout le continent : « C’est une affaire de rayonnement », avance-t-il.

Deni Lorieau, ancien représentant du Commissariat aux langues officielles pour l’Ouest et le Nord, se réjouit de ce tournant entrepris et encourage à encore plus de coopération : « Il faut une collaboration avec tous les francophones pour mettre en place tout un réseau de ressources pour l’épanouissement et la promotion du fait français ».

Une collaboration à degré variable
Wilfrid Denis

En Ontario, les ententes intergouvernementales sont plutôt élaborées. Nicole Lemieux, chef de poste du Bureau du Québec à Toronto, cite le Programme d’appui à la francophonie canadienne (PAFC) et le Programme de coopération intergouvernementale (PCI) qui totalisent deux millions de dollars chaque année, alloués en subventions pour des projets francophones.

« Le Québec et les provinces définissent un certain nombre de priorités : jeunesse, immigration, services en français, médias communautaires, éducation, petite enfance, formation… », énumère-t-elle. Les deux programmes ont ainsi appuyé 230 projets à travers le pays en 2016-2017.

Dans l’Ouest, la situation est différente. Beaucoup n’oublient pas l’opposition du Québec lors des débats constitutionnels pour la défense des droits des minorités de langue officielle. Wilfrid Denis, sociologue à l’Université de Saskatchewan, retient que le Québec « s’est allié avec les gouvernements provinciaux qui sont très réticents à reconnaître les droits des minorités francophones ». Il regrette ainsi que « l’idée de fédéralisme asymétrique [ne soit] pas comprise par le Québec ».

Claude Couture

Claude Couture, professeur au Campus Saint-Jean à Edmonton, mentionne l’Association francophone pour le savoir comme bon exemple dans le maintien des liens avec les francophones hors Québec. Malgré tout, il relève qu’ « il reste une très mauvaise compréhension de la situation des institutions postsecondaires francophones en milieu minoritaire, avec beaucoup de préjugés et d’ignorance des chercheurs québécois ».

Il semblerait que dans les Prairies les tensions issues des causes juridiques occupent les esprits. « Les prises de position du Québec démontrent leur incompréhension totale de la situation des communautés minoritaires », lance Claude Couture. « Benoit Pelletier fait figure d’exception. Mais depuis, le gouvernement québécois a régressé et revient sur une position qui est vraiment navrante », estime le professeur.

Quel avenir ?
Deni Lorieau

Jean-François Laniel et Kateri Létourneau, dans leur publication Québec et francophonie canadienne hors Québec, avons-nous encore quelque chose à nous dire ?, recommandent un rapprochement politique et culturel, « sans tomber dans la nostalgie du Canada français ». Ils évoquent ici la pertinence d’une « volonté d’intervention du gouvernement du Québec dans le but de venir en aide aux minorités », là où le fédéral ne remplirait pas son rôle d’État binational.

Toutefois, pour Wilfrid Denis, à Saskatoon, le changement de cap politique du Québec est illusoire: « Le gouvernement québécois a toujours été à deux visages. D’un côté, quelques gestes sont posés, mais de l’autre tout le système d’enseignement efface la notion de Canada français. On rencontre constamment des Québécois qui sont surpris de voir qu’une francophonie existe et perdure en dehors du Québec », déplore-t-il.

Il faut néanmoins persévérer pour Guy Matte, directeur général de la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures : « Il s’agit désormais d’une relation de partenariat. Il faut recréer un mouvement où la francophonie canadienne est vue comme un ciment pour la cohésion nationale », croit-il.


Quelques projets phares de coopération

Parmi les projets pancanadiens, citons Coup de cœur francophone, un festival de chanson qui, depuis 1995, est doté d’un volet « itinérant », offrant 200 spectacles de l’Atlantique au Pacifique. Il y a aussi les fameux Rendez-vous de la francophonie, entourant la Journée internationale de la Francophonie du 20 mars, proposant plus de 2500 activités d’un océan à l’autre.

En Ontario, la Franco-Fête de Toronto est devenue une institution depuis 1983. Un prix Québec-Ontario a été créé cette année pour le Salon du livre de Toronto, récompensant deux auteurs émergents issus des deux provinces, contributrices à parts égales au projet.

Dans l’Est, la coopération entre les gouvernements du Québec et du Nouveau-Brunswick remonte à 1969. Elle a donné lieu à de nombreuses initiatives : les Rendez-vous Acadie-Québec, grand événement d’affaires, la Commission permanente de concertation entre l’Acadie et le Québec, ou encore le Prix Acadie-Québec qui salue l’apport à la consolidation des relations entre les deux parties.


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