Le Canada doit défendre l’Arctique pendant qu’il en est encore temps

Sénateur Dennis Patterson

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Les opinions exprimées dans les lettres d’opinion publiées sur Francopresse n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de Francopresse ou de l’Association de la presse francophone (APF).


Le sénateur Dennis Patterson représente le Nunavut. Il est coprésident du Comité sénatorial des peuples autochtones et membre du Comité sénatorial de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles.

La glace dans l’Arctique est en déclin constant depuis 1979. Si cette tendance se poursuit, les grandes étendues d’eau de l’Arctique seront libres de glace durant les mois d’été.

Ces changements entraînent une importante augmentation du trafic de bateaux de croisière, d’embarcations de plaisance, de pétroliers et de navires de ravitaillement dans le passage du Nord-Ouest, principalement concentré dans les eaux les plus à l’est du Nunavut. Par exemple, en septembre, la Chine a envoyé un « vaisseau de recherche scientifique » dans les eaux de l’Arctique, et à la mi-octobre, des organismes fédéraux de réglementation des États-Unis ont commencé à recueillir les commentaires sur une proposition de site de forage pétrolier dans l’Arctique, au large de l’Alaska, dans la mer de Beaufort où commence le Passage du Nord-Ouest.

Le Canada ne fait pas assez pour patrouiller et assurer sa souveraineté sur le Passage du Nord-Ouest, et c’est là le problème.

Le territoire qui entoure la totalité du passage appartient au Canada, alors le Canada définit naturellement les eaux fermées comme des eaux intérieures — soit un territoire sous la souveraineté et l’autorité du Canada. Le Canada a également un titre historique pour appuyer sa revendication de souveraineté du passage du Nord-Ouest, puisque des sentiers inuits ont sillonné le passage gelé pendant des siècles.

Malgré cela, la plupart des autres pays choisissent d’ignorer cette revendication.

Les États-Unis affirment que le passage du Nord-Ouest est un détroit international sur lequel les navires de n’importe quel pays ont droit de transit. D’autres pays soutiennent que le passage devrait être considéré comme des eaux territoriales canadiennes, ce qui permettrait aux États étrangers d’avoir un droit de « passage inoffensif », sans ingérence.

Le Canada ne réaffirme pas sa revendication territoriale pour ces eaux. Il en résulte que de nombreuses embarcations de plaisance et petits navires omettent de signaler leur activité dans le passage du Nord-Ouest, et certains finissent par avoir besoin de coûteux services de recherche et de sauvetage pour lesquels les contribuables canadiens doivent payer la facture.

Si le Canada ne réaffirme pas constamment et fermement sa revendication territoriale sur le passage du Nord-Ouest, celui-ci pourrait devenir un détroit internationalisé. Comme ce fut le cas tout au long de l’histoire, la souveraineté s’appuie souvent sur le principe de la realpolitik de « on s’en sert ou on le perd ».

Pour éviter ce résultat, le gouvernement fédéral devrait commencer à tout simplement appliquer les mesures réglementaires en place. Il devrait obliger les navires à déposer des plans de navigation, à maintenir la communication avec les autorités locales et à obtenir des obligations et des polices d’assurance canadiennes afin d’alléger le fardeau financier des contribuables canadiens en cas de problème.

Il est également essentiel que le Canada améliore sa capacité pour mieux intervenir en cas de déversement, aide lors des opérations de recherche et de sauvetage et enquête sur des menaces potentielles à la sécurité. Attribuer un rôle maritime élargi aux Rangers, des habitants du Nord qui connaissent le territoire et les voies maritimes mieux que quiconque, permettrait également d’offrir un soutien et un complément aux travaux de la Garde côtière auxiliaire dans l’Arctique.

L’été dernier, le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a publié les conclusions de l’examen de la politique de défense, demandant plus de soldats, plus de bateaux, et un meilleur programme  — et il promet d’augmenter la présence militaire dans le Nord. Plus tard au mois d’août, le ministre des Transports, Marc Garneau, a annoncé 175 millions de dollars pour de nouvelles mesures de sécurité maritime, dont 29,9 millions de dollars pour une nouvelle installation de surveillance aérienne à Iqaluit. Il a également déclaré que Transports Canada compte déterminer quelles sont les voies de navigation dans l’Arctique qui sont pratiques et sécuritaires et qui ont une incidence limitée sur le milieu marin.

Bien qu’il s’agisse d’étapes importantes, elles ne vont pas assez loin pour répondre à la contestation de notre souveraineté dans l’Arctique. Ces étapes doivent être menées en conjonction avec des mesures qui visent à renforcer le contrôle qu’a le Canada sur le passage.

Un nouveau comité sénatorial spécial sur l’Arctique tentera de répondre à ces lacunes et plus encore. Toutefois, à moins que le gouvernement fédéral règle bientôt la situation, le Canada est en grand danger de perdre le contrôle et la souveraineté sur l’Arctique du Canada et déstabiliser la région irrémédiablement.