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André Magny (Francopresse)

Entre la volonté politique de Justin Trudeau de légaliser les doux effluves enivrants du cannabis et ce que cela entraînera concrètement sur le terrain, toutes les questions sont permises… comme tous les espoirs aussi.

Depuis la remise en avril dernier du rapport du Groupe de travail sur la législation et la réglementation du cannabis (GTLRC), mandaté par le gouvernement du Canada pour examiner les différents paramètres menant à la réglementation du cannabis dans le cadre du projet de loi C-45, les provinces s’agitent autour de la question du cannabis. Sécurité routière, réseaux de distribution, régimes de taxation, campagnes de sensibilisation, approvisionnement et production, marché illicite, tout y passe.

On a parfois l’impression que les divers gouvernements sont devant une page blanche. Et pourtant, en ce qui concerne l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques, les structures sont déjà bien en place. Selon le site de Santé Canada, en moyenne 100 000 livraisons à domicile ont été effectuées mensuellement entre avril 2016 et juin 2017 à la suite de commandes par Internet. Cela représente plus de 25 000 kg de cannabis séché.

Évidemment lorsqu’il s’agit de l’utilisation du cannabis à des fins récréatives, l’Association des psychiatres du Canada (APC) est réservée. Selon son président, le Dr Renuka Prasad, la consommation de cannabis chez les adolescents peut accroître « le risque de développer un trouble psychotique primaire ainsi que d’autres problèmes de santé mentale, comme la dépression chez les personnes déjà vulnérables à ces maladies » surtout si le cannabis consommé contient un fort taux de tétrahydrocannabinol (THC).

Un produit plus sain ?
Mme Line Beauchesne, professeure et criminologue à l’Université d’Ottawa

Le projet de loi permettra-t-il un contrôle de ce THC ? Selon Line Beauchesne, professeure en criminologie à l’Université d’Ottawa, il est fort probable que la soixantaine de producteurs au Canada licenciés par Santé Canada puissent « investir dans des installations plus vastes, acquérir une expertise plus pointue pour parfaire leurs produits ».

La professeure, qui a accepté de dévoiler quelques-unes de ses réflexions qui se retrouveront dans le livre Les drogues : enjeux actuels et réflexions nouvelles sur leur régulation à paraître en septembre 2018 chez Bayard Canada, va plus loin. Elle rappelle que le GTRLC a constaté « une insuffisance de preuves pour déterminer une limite de la teneur qui soit sécuritaire pour les produits. » De plus, toujours selon la criminologue, le rapport gouvernemental craignait que les usagers habitués à une teneur élevée de THC ne se tournent vers le marché illégal. Si cela se produit, cela pourrait être néfaste, car les producteurs illégaux de produits de cannabis à forte teneur en THC « utilisent souvent des solvants hautement inflammables, tels que le butane, en vue d’extraire les cannabinoïdes des plantes, ce qui est un processus dangereux en soi pouvant également laisser des résidus cancérigènes dans le produit final. »

Dans la foulée des interrogations entourant la légalisation de la mari, a-t-on oublié de parler du plaisir lié à la déculpabilisation inhérente à la loi C-45 ? Stéphane Salko, ancien candidat du Parti Marijuana aux élections canadiennes de 2000 et 2003, se montre évidemment ravi de la tournure des événements. Il mentionne que son ancien chef, Marc-Boris St-Maurice, a su se faire entendre de Justin Trudeau. Selon M. Salko, « un bon segment de la population devrait trouver du plaisir à découvrir le cannabis, mais ça va dépendre si certains éléments nébuleux s’éclaircissent, en Ontario comme le fait de fumer en public. » Celui qui travaille à Crosstown Traffic à Ottawa estime également que l’une des retombées de cette légalisation permettra aux gouvernements d’économiser d’importantes sommes rattachées à la répression policière.


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