Légalisation du cannabis en Alberta : Espoirs et inquiétudes chez les médecins

Charles-OIivier Dumont (Le Franco)

La légalisation prochaine du cannabis par le gouvernement fédéral en Alberta suscite de vives réactions au sein du corps médical. D’un côté, on y voit de possibles avancées des soins de santé, et de l’autre, un danger pour les consommateurs. Qu’en est-il réellement? Le Franco est allé à la rencontre de différents médecins francophones et francophiles afin d’y voir plus clair.

C’est officiel : le gouvernement fédéral a annoncé, le 13 avril 2017, la légalisation du cannabis pour juillet 2018. Laissant aux provinces la liberté de légiférer, le gouvernement provincial de l’Alberta a déposé la première version de son projet de loi le 6 octobre dernier.

Parmi les différents éléments du projet, on y découvre notamment une interdiction de la vente aux mineurs, une possession maximale de 30 grammes de cannabis par individu et plusieurs restrictions concernant la consommation en public.

Inquiétudes et manque d’informations

Bien que la légalisation de cette drogue dite douce comble ses plus ardents défenseurs, de nombreux médecins s’interrogent sur ses effets à long terme. « Le gouvernement a légalisé, mais personnellement, je ne le prescrirai pas », affirme le Dr. Vincent, praticien à la Cité francophone. « En tant que médecin, nous n’avons pas été informés. Ça a été une décision politique avant tout, certainement pas une décision médicale », précise-t-il.

Même son de cloche au niveau de la clinique Homewood Health d’Edmonton. La clinique spécialisée dans les traitements de syndromes post-traumatiques et d’anxiété refuse d’en prescrire à sa clientèle à l’heure actuelle. « En plus des troubles anxieux, notre clinique s’occupe également de problèmes de dépendance. Nous prônons donc un modèle de guérison basé sur la thérapie et l’abstinence face à ces substances », mentionne pour sa part la responsable des communications de la clinique.

Quant à Sophie Gentilini, psychothérapeute à la clinique francophone de Calgary et coordonnatrice de services en français pour l’ACFA régionale, la crainte de cette légalisation se situe davantage au niveau de la consommation chez les jeunes de 17 à 18 ans : « C’est une période très féconde. Il y a des risques de décompensation et de troubles schizophréniques s’il y a une consommation régulière et intense ».

Pas seulement du négatif

Malgré ces défauts, l’usage médical du cannabis possède tout de même de nombreux avantages, selon la psychothérapeute. « Nous avons quelques patients qui souffrent de douleurs chroniques. L’usage du cannabis peut être prescrit pour alléger leur souffrance », mentionne Mme Gentilini.

La légalisation comporte également des bénéfices en dehors du domaine médical. « En Europe, les pays où le cannabis est légalisé n’ont pas connu d’augmentation de la consommation », poursuit la spécialiste en psychopathologie. « Du point de vue du fonctionnement de la société, ce qui me semble important c’est de réduire le trafic. Je demeure confiante », conclut-elle.

La légalisation du cannabis saura-t-elle diminuer, voire enrayer, le commerce de ce psychotrope sur le marché noir? À suivre…


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