Indépendance journalistique : L’ACFA et le Franco sur un terrain d’entente

La rédactrice en chef Hélène Lequitte reçoit le Prix d’excellence de l’APF pour la « une » de l’année en juin 2017. (Photo : APF)
Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

Un nouveau dialogue sur la relation entre le journal Le Franco et l’Association canadienne-française de l’Alberta permet d’espérer une résolution aux tensions qui perdurent depuis 2014. L’ouverture survient alors que l’Association de la presse francophone a lancé, le 31 octobre, la Charte de la presse écrite, une nouvelle référence en matière d’éthique journalistique en milieu minoritaire.

Un des objectifs de la Charte est de défendre l’indépendance des 18 journaux membres de l’APF pour assurer « leur crédibilité en tant qu’organe de presse ». En Alberta, Le Franco est la propriété de l’ACFA provinciale et il est présenté sur son site comme « un journal indépendant sur les plans administratif et rédactionnel ».

En fait, déplore la rédactrice en chef Hélène Lequitte, l’hebdo est géré depuis trois ans par le Comité exécutif de l’ACFA et sa direction est assurée par la directrice générale Isabelle Laurin.

« C’est important de la préciser parce que peu de personnes le savant, soutient la journaliste. Avant, il y avait un conseil d’administration, mais il a été enlevé, on ne sait pas quand. Depuis le départ de l’ancien rédacteur, l’ACFA a décidé de prendre le journal sous tutelle, prétextant qu’il était déficitaire.

« Je suis la rédactrice en chef et je m’occupe de tout. Mais techniquement, la directrice du Franco est la directrice générale de l’ACFA. Si je prends une décision, je dois obtenir son aval. Elle a l’autorité, mais ne fait pas le travail. »

Un dialogue est entamé

Hélène Lequitte a rencontré le nouveau président de l’ACFA suivant son élection du 14 octobre. « J’ai commencé à parler avec M. Arnal. Je lui ai déjà donné de l’information pour qu’il comprenne la situation. »

Le président reconnaît l’enjeu. « Le gérant officiel du Franco est le Comité exécutif, qui ne connaît pas nécessairement le monde du journalisme. Je ne trouve pas ça normal. Ce modèle n’offre pas les appuis nécessaires à la rédaction du journal, nonobstant qu’il y ait eu de l’ingérence ou pas. »

Hèlène Lequitte ne manque pas d’exemples pour illustrer la difficulté de jouer un rôle critique. Les doléances qu’elle a présentées au début de son mandat ont fait l’objet d’une étude « financée par le journal ». Le rapport qui devait permettre de clarifier les relations entre le journal et l’organisme politique n’aurait pas été livré.

« Ce que je souhaiterais, poursuit la rédactrice, c’est un conseil indépendant qui puisse servir de tampon, qui réunirait des spécialistes en éducation, en médias, en droit spécialisé dans les organismes sans but lucratif. On aurait aussi notre propre vérificateur-comptable, notre propre payroll. »

Le sens des affaires

Marc Arnal renchérit. « Le journal, ça doit être géré comme une business. Ça prend un conseil d’administration qui a le sens des affaires. » Le président prend également note des valeurs fondamentales de la nouvelle Charte qui informent sur l’éthique journalistique.

« Je n’ai pas de problème avec les prémisses de base. Ça prend un intermédiaire au niveau de la gestion du journal. En autant que les deux parties se conduisent convenablement, je ne vois pas de gros problèmes. »

Mais ce n’est pas toujours évident, dit-il, lorsque des individus ou des groupes demandent une couverture de leurs activités. « Est-ce que c’est une suggestion ou une pression? Ça dépend comment c’est fait et, surtout, de la relation. Les gens deviennent sensibles à leurs positions individuelles. »

Marc Arnal aimerait voir la création d’un mécanisme neutre qui interviendrait en cas de différends. « Il peut y avoir des griefs de personnes ou d’associations qui ont des problèmes avec les journaux. »

Le président entend informer les élus de la situation du Franco avant de proposer « une structure qui va distancer l’administration du journal et le Comité exécutif ».