La Charte pour des écoles plus grandes

De souche acadienne, Réjean Paulin a parcouru la francophonie tout au long de sa carrière de journaliste. Il a aussi vécu en France, au Québec et dans l’Ouest canadien avant de s’établir à Ottawa où il est professeur en journalisme au collège La Cité.
Réjean Paulin (Francopresse)

Le 150e du Canada cette année. Dans cinq ans, on pensera au 50e de la Charte des droits et libertés. On s’arrête sur ces dates pour marquer un évènement que nous souhaitons heureux. On laisse tomber les oublis et les pages sombres, d’où le besoin d’un bilan de parcours avant de déployer guirlandes et banderoles.

La Charte avec ses garanties sur l’éducation a 35 ans. Lire l’article 23 en 1982, inscrit après d’âpres négociations entre Ottawa et les provinces, donnait à l’époque le gout de fêter. « Enfin ! On les aura, nos écoles ! » Oui, on en a eu… Certain qu’on les a eues ? Pas tout à fait.

Il faut le dire en d’autres mots. On en a obtenu. Il faut se le rappeler. Elles ne sont pas tombées du ciel. Il a fallu passer par le tribunal, notamment à l’initiative des parents de l’Alberta et de l’Île-du-Prince-Édouard, avant que tous les gouvernements bougent dans le sens souhaité.

Quarante-cinq ans plus tard, force nous est de constater qu’il faut en demander davantage.

Le droit à l’éducation dans la langue de la minorité a beau être reconnu, on ne sait pas avec précision qui peut vraiment s’en prévaloir.

Le Comité des Communes sur les langues officielles vient de soumettre un rapport au Parlement. Il révèle que les « ayants droit » ne sont ni bien comptés ni bien définis.

On distingue, parmi ceux qui peuvent inscrire leurs enfants à l’école française, les parents qui ont appris et comprennent le français, ceux qui sont allés à l’école primaire en français, ceux qui ont déjà un enfant à l’école française, primaire ou secondaire. Ce sont les catégories de base en vertu de la Charte pour familles canadiennes.

Les provinces peuvent élargir les critères comme l’a fait la Nouvelle-Écosse. Elle a inclus la langue des grands-parents et celle de résidents au Canada qui ne sont pas citoyens canadiens. On y a aussi ajouté les élèves qui participent à des programmes d’échange international.

De toute évidence, tout ça n’est pas facile à démêler. Le défi, c’est de savoir combien d’élèves font suffisamment usage du français au quotidien pour l’étudier.

La Cour suprême de la Colombie-Britannique reconnait qu’il y a sous-estimation, mais en même temps, confesse que l’on ne peut en mesurer l’ampleur. La province demande l’aide du fédéral pour le faire. De son côté, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) sollicite le gouvernement provincial pour y voir plus clair.

Ces deux initiatives visent à ce que Statistiques Canada s’occupe du problème. Pourtant, le terrain en dit déjà assez long pour voir qu’il y a problème.

Les écoles se remplissent aussitôt qu’elles sont construites dit la Fédération des communautés francophones et acadiennes. Plusieurs élèves au pays sont entassés dans des classes temporaires, faute d’espace. On a signalé la construction d’une école de 400 élèves à Toronto, qui correspondait aux estimations de l’époque. Or, elle débordait trois ans plus tard.

Ce sont des symptômes qui indiquent une distorsion entre les chiffres et la réalité. Bref, c’est du concret.

Il y aurait donc des oubliés quelque part. On peut les chercher dans le flou des questions posées au recensement.

Cet exemple me vient à l’esprit. Pensons à tous ces Néo-Canadiens qui conversent en français dès qu’ils franchissent leur seuil de porte, après dit au revoir en arabe, en créole ou autre langue, à leur famille. Quelle est leur langue maternelle ? Pas nécessairement le français. Pourtant, c’est celle qu’ils emploient le plus naturellement du monde pour vivre dans ce pays bilingue que nous revendiquons.

Il faut les ajouter à la liste puisque les gouvernements comptent les élèves avant de construire. Ainsi, il y aurait de meilleures chances qu’il y ait de la place pour tout le monde et que l’esprit de la Charte des droits et libertés soit pleinement respecté.