Crise Netflix : Mélanie Joly est-elle encore crédible ?

Jean-Pierre Dubé (Francopresse)
Suivant l’annonce de la Politique créative du Canada, Mélanie Joly a subi un barrage de critiques au Québec. Voici la ministre imitée par le comédien Marc Labrèche sur ARTV. (Captures d’écran)

Depuis le lancement de la nouvelle Politique créative du Canada, le 28 septembre, le ciel est tombé sur la tête de Mélanie Joly. La ministre du Patrimoine a été critiquée pour une entente de 500 millions $ avec le producteur et diffuseur Netflix. L’industrie de la production télévisuelle accuse Ottawa de céder au géant américain une part de sa souveraineté culturelle.

La réaction a été la plus virulente au Québec. La ministre a été dénoncée en éditorial, ridiculisée par les chroniqueurs, caricaturée sans pitié et persifflée à l’émission Tout le monde en parle. Mais quelle a été la réaction en milieu minoritaire? Prudente.

La place des médias traditionnels

François Bergeron est le directeur du journal L’Express, de Toronto. Il croit qu’on est en train de faucher la base. « Je suis scandalisé que Mélanie Joly et Justin Trudeau, qui ne doivent pas avoir de grosses habitudes de lecture, semblent considérer les médias traditionnels comme des modèles non viables. D’où viennent ces reportages et ces nouvelles partagés sur leurs médias sociaux si ce n’est des médias traditionnels? »

L’éditorialiste ne s’attend pas à des miracles sur le contenu francophone à venir de Netflix. « Je pense que le 100 millions $ par année pour le contenu canadien étaient prévus et ne sont pas un cadeau de Mélanie et Justin. »

La Fédération culturelle canadienne-française entend continuer à travailler avec la ministre, assure le président Martin Théberge. « Il est vrai qu’elle est critiquée par plusieurs, nous en sommes conscients. Du côté de l’entente avec Netflix, il n’y a aucune garantie de production francophone. Il y a certainement des enjeux qui inquiètent et qui interpellent plusieurs joueurs, pas seulement la ministre. »

L’urgence de s’adapter

Courtier en assurances pour la production de films en Amérique du Nord, Claude Forest estime que le fédéral tente de positionner les créateurs au sein des transformations, au lieu de les combattre.

« Netflix est un des grands studios émergeants, qui investit plus que Hollywood. Amazon fait la même chose, explique le consultant de Vancouver Nord. Ce sont des monstres internationaux qui s’emparent des médias traditionnels et de leurs auditoires.

« C’est un présage, signale l’agent de Hub Entertainment. On voit un secteur qui est profitable et on embarque pour se l’approprier. Ceux qui se débrouillent le mieux vont s’adapter. »

Selon lui, l’industrie converge vers une intégration des technologies et de la communauté audio-visuelle. « La technologie a tout bouleversé, le contenu numérisé est facile à transmettre. Tout est centré sur le pouvoir du contenu. »

Claude Forest note que l’on peut maintenant regarder un film dans le métro sur un portable, continuer à le visionner sur un téléphone en débarquant et le terminer sur un grand écran à la maison.

L’agonie de la chenille

« Qu’est-ce qu’on va faire? D’une part, on veut que notre matériel soit sur Netflix et d’un autre côté on veut rester dans un certain modèle et préserver nos acquis. C’est l’agonie de la chenille. »

La Fédération culturelle compte sur Mélanie Joly pour investir des énergies « à la recherche et à la mise en place de solutions pertinentes et bénéfiques pour tous grâce au dialogue qui est en place, affirme Martin Théberge. Elle est notre ministre et nous demandons de travailler avec elle pour améliorer le sort du secteur culturel. »

D’après le président, les nouveaux investissements au Fonds des médias du Canada et dans une nouvelle stratégie d’exportation sont prometteurs. « La révision des lois est aussi une bonne nouvelle, mais le temps presse. »