Le gouvernement doit suivre le rythme de l’évolution des véhicules autonomes

Sénateur Dennis Dawson
Le sénateur Dennis Dawson représente Lauzon (Québec). Il préside le Comité sénatorial permanent des transports et des communications.

La prochaine révolution du transport est à nos portes et, à moins qu’il ne prenne de la vitesse, le Canada traînera bientôt en queue de peloton.

Les véhicules autonomes sont prêts à faire leur entrée sur nos routes et dans nos rues. La semaine dernière, pour démontrer l’urgence de passer à l’action, des sénateurs ont délaissé leur mini bus pour faire quelques tours de piste sur la Colline du Parlement dans un autocar sans conducteur ni volant. Roulant à une vitesse réduite de 10 kilomètres à l’heure (le modèle peut actuellement atteindre les 30 kilomètres à l’heure), le véhicule d’un rouge éclatant a fait retentir le son de sa cloche alors que des journalistes curieux sautaient autour du véhicule et devant lui pour en tester les réflexes.

Cet événement suivait la tenue d’audiences par le Comité sénatorial des transports et des communications, dans le cadre de son étude sur cette nouvelle technologie.

Cette étude a débuté puisque plusieurs innovations récentes ont rapproché la technologie de conduite autonome du stade de la commercialisation. Parmi celles‑ci, notons les fonctions améliorées de vision et de cartographie par ordinateur, mais aussi l’explosion des algorithmes et des applications de covoiturage. L’amélioration des mesures de sécurité, comme les régulateurs de vitesse adaptatifs, les avertisseurs de sortie de voie et les systèmes anticollision frontale, a aussi fait passer les véhicules sans conducteur à la vitesse supérieure. Des consommateurs d’un bout à l’autre du pays s’en servent déjà ; ce ne sont plus des technologies « haut de gamme ». En fait, elles sont de moins en moins coûteuses et de plus en plus accessibles à l’ensemble des consommateurs.

Depuis l’ouverture des premières usines et la pose des premières lignes ferroviaires il y a deux siècles, les humains ont composé avec les vagues successives d’innovation, réagissant tour à tour avec fébrilité, peur et hostilité. Force est d’admettre que les véhicules autonomes seront porteurs d’une nouvelle transformation.

Quels changements au sein de la société seront engendrés par cette technologie avant-gardiste ?

D’abord, la conduite automobile est en voie de devenir le moyen le plus sécuritaire de voyager. En 2015, plus de 1800 personnes ont péri au Canada à la suite d’un accident en véhicule motorisé ; cette statistique franchit le million à l’échelle mondiale. De plus, les accidents en véhicule motorisé ont causé plus de 160 000 blessures au Canada cette même année.

Les véhicules autonomes contribueront certainement à remédier à ces statistiques désastreuses.

Ensuite, grâce à des voitures accessibles, partagées et sans conducteur, le nombre de véhicules requis pour combler les besoins en transport de la population chutera considérablement, jusqu’à 95 % selon certains experts. Cela signifie un allègement de la congestion, une diminution considérable du temps de déplacement, la libération d’espaces auparavant utilisés pour le stationnement ainsi qu’une chute des émissions de carbone liées au transport, cette dernière étant accentuée par le fait que la plupart de ces machines fonctionnent à piles.

Cette technologie s’applique à tous. Aux voitures, aux autobus et aux camions. Au transport tant urbain que rural. Elle réduirait le coût de la vie en banlieue et rendrait plus équitables les dépenses des personnes handicapées associées à la mobilité.

Or, ce portrait n’est pas tout rose.

En effet, nous risquons l’effondrement de l’industrie de la fabrication automobile, un secteur qui emploie plus de 100 000 Canadiens. De plus, près de 300 000 Canadiens travaillent derrière le volant, des camionneurs aux livreurs, des chauffeurs de taxi aux autocaristes. Bien souvent, la plupart de ces personnes n’ont pas de compétences transférables.

D’autres secteurs subiront eux aussi des transformations, notamment l’assurance automobile, la réparation automobile, le stationnement, le droit, l’énergie, pour n’en nommer que quelques-uns.

Les préoccupations s’étendent également aux domaines de la confidentialité et des cyberattaques. Certes, l’analyse de données massives peut améliorer l’efficacité des transports, mais si ces systèmes sont piratés, ou si des mesures insuffisantes de confidentialité mènent à un usage non éthique de l’information, les droits des personnes seront enfreints, voire menacés.

En somme, nos politiques doivent suivre le rythme de cette technologie.

Nous devons créer un cadre réglementaire pour tous les ordres de gouvernement, comme nous devons délivrer davantage de permis de programme pilote pour garder le rythme.

Qu’on le veuille ou non, les véhicules autonomes arrivent, accompagnés de changements inévitables. La vraie question demeure : comment nous y préparer ?


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