Le nouveau président de la Commission de la fonction publique devrait adopter une approche plus vigoureuse envers le bilinguisme

Sénatrice Claudette Tardif
Sénatrice Claudette Tardif
Sénatrice Claudette Tardif
Claudette Tardif est une sénatrice qui représente l’Alberta. Elle est présidente du Comité sénatorial des langues officielles.

La lettre ouverte suivante est adressée à Patrick Borbey, qui est devenu président de la Commission de la fonction publique du Canada en mai :

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai consulté votre profil dans l’édition du Hill Times publiée le 17 juillet 2017.

Une personne ayant votre expérience, votre expertise et votre enthousiasme à la tête de la Commission de la fonction publique du Canada sera certes essentielle afin de mettre en œuvre les initiatives de modernisation des pratiques de recrutement et de maintien du personnel au sein de la fonction publique.

Comme plusieurs autres, je suis d’avis qu’il y a encore beaucoup de travail à faire afin que la fonction publique du Canada recrute les meilleurs candidats possibles dans l’espoir que ceux-ci y passent une longue et productive carrière. Je me réjouis des initiatives que vous comptez prendre durant votre mandat de sept ans à la présidence de la commission. Cependant, je dois avouer que vos idées sur le bilinguisme au sein de la fonction publique sont quelque peu décevantes.

En effet, dans les deux derniers paragraphes de votre profil publié dans le Hill Times, vous dites que le fait de ne pas être bilingue ne devrait pas être considéré comme un obstacle à une carrière dans la fonction publique, et que les fonctionnaires ont plusieurs opportunités de recevoir de la formation linguistique dans la deuxième langue officielle.

Bien que cela soit possible, je ne suis pas convaincue que ce soit la meilleure façon d’assurer le bilinguisme fonctionnel au sein de la fonction publique du Canada, et je suis convaincue que ce n’est pas le message que nous voulons envoyer aux jeunes professionnels qui envisagent de faire carrière dans la fonction publique fédérale. Je crains même qu’une telle approche ne serve qu’à aggraver les problèmes systémiques déjà très répandus dans plusieurs ministères, et dont certains ont récemment été mis en lumière dans le rapport annuel 2016-2017 de la commissaire aux langues officielles.

Ce rapport fait notamment état d’une augmentation considérable du nombre de plaintes de fonctionnaires au sujet de l’obligation du gouvernement de tenir compte des exigences linguistiques lors des processus de dotation, et ce, particulièrement dans les régions désignées bilingues aux fins de la langue de travail.

Je n’ai aucun doute, Monsieur Borbey, que vous êtes déjà sensibilisé au problème puisque vous avez co-présidé le groupe de travail de 2016 du Conseil privé sur la langue de travail au gouvernement fédéral. Bien que depuis les années 1960, des progrès considérables aient été accomplis en matière de bilinguisme au sein de la fonction publique, il est clair que la difficulté à s’exprimer dans les deux langues officielles demeure un problème, et ce, malgré tout l’argent investi chaque année dans les programmes de formation en bilinguisme au travail.

J’estime donc que si la fonction publique souhaitait réellement renforcer le bilinguisme de son personnel, elle se montrerait beaucoup plus vigoureuse dans son approche au recrutement de personnel, notamment en encourageant plus de jeunes à devenir bilingues avant d’entrer dans la fonction publique, voire même avant d’entrer sur le marché du travail.

En effet, peut-être est-il temps que la fonction publique favorise la connaissance de l’autre langue officielle en faisant du bilinguisme une exigence de base pour tous les postes et promotions de premier niveau dans les régions désignées bilingues aux fins de la langue de travail, ainsi qu’en augmentant le niveau de compétence linguistique de ces postes. Je crois fermement qu’il est possible d’y arriver sans compromettre la qualité de d’autres domaines de compétence.

Une telle réorientation au sein de la fonction publique aurait certainement un impact important, et beaucoup plus de jeunes Canadiens prometteurs seraient ainsi motivés à rejoindre les rangs des quelques 400 000 étudiants déjà inscrits dans des programmes d’immersion en français et en anglais partout à travers le pays.

De plus, les étudiants universitaires et les jeunes professionnels en viendraient à attribuer plus d’importance à cette compétence fondamentale et chercheraient des opportunités dans l’autre langue officielle dans un contexte universitaire, ou bien en début de carrière.

Certaines universités et certains collèges ont déjà les moyens d’adapter leurs programmes afin d’appuyer un éventuel resserrement des exigences en matière de bilinguisme au sein de la fonction publique fédérale, et bien d’autres feraient les démarches s’ils étaient incités à le faire. Le bassin de candidats bilingues compétents ne pourrait que s’élargir avec le temps.

J’apprécie le fait que vous considérez le bilinguisme comme étant un élément important de la fonction publique du Canada, tout comme je me réjouis de votre désir de renforcer cette capacité durant votre mandat à la présidence de la commission. Il ne me reste plus qu’à espérer que vous songerez à atteindre votre objectif en privilégiant des actions rigoureuses et en exigeant un niveau élevé de bilinguisme à titre de compétence fondamentale dans la fonction publique fédérale, lorsqu’il y a lieu – voire même au-delà.

 

Cet article a été publié dans l’édition du Hill Times (en anglais seulement) du 4 septembre 2017.


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