Mémoire vive : Consigner la mémoire des aînés

Image de l’émission “Le s vieux m’ont conté”
André Magny (Francopresse)

 

Vous rappelez-vous de la magnifique série Les Vieux m’ont conté publiée de 1973 à 1993 par le Père Germain Lemieux, le fondateur du Centre franco-ontarien de folklore ? Trente-trois volumes qui recensaient contes, légendes et chansons de l’Ontario français. Quelque 25 ans plus tard, ce père de la mémoire franco-ontarienne a-t-il incité d’autres personnes à consigner la mémoire des aînés francophones au Canada ?

Dans le cadre du 150e anniversaire de la confédération canadienne, la Fédération des aînés francophones de l’Alberta (FAFA) relance le projet Je me raconte. Comme l’explique Alizé Cook, il s’agit « d’inciter les gens à se raconter par le moyen d’ateliers d’écriture donnés par M. Éloi DeGrâce ». Le fil conducteur étant le partage de l’arrivée des gens en Alberta dans un contexte de mixité sociale.

Ce printemps, des ateliers ont été donnés à Calgary et St-Isidore. Toute la province sera parcourue d’ici l’automne 2017. Mais ce n’est pas tout. La coordonnatrice de projets au sein de l’association franco-albertaine, explique que la FAFA a organisé des « Musées spontanés » spécialement pour ceux qui angoissent face à la page blanche. Au lieu d’écrire, « on demande aux gens d’apporter un objet qui rappelle leur arrivée ». Lors de différents événements, ils ont ainsi la joie d’expliquer leur installation en Alberta.

 

Au pays d’Évangéline

À l’autre bout du Canada, en Nouvelle-Écosse, l’automne dernier, 75 aînés ont planché sur leurs souvenirs grâce à un programme du Regroupement des aînées et aînés de la Nouvelle-Écosse (RANE).

La directrice du RANE, Véronique Legault, raconte que lors d’ateliers de trois heures répartis dans neuf communautés francophones, on a demandé aux anciens de se remémorer un événement, un objet ou une personne rappelant leur enfance. À partir de ce « processus de réflexion » qui n’avait « rien à voir avec les soucoupes volantes » comme l’explique la DG, les gens ont élaboré un conte. Résultat : 51 textes ont été retenus. La maquette regroupant l’ensemble des textes est sur le point d’être approuvée. Les illustrations seront de la main de l’artiste Anne Leblanc, la coordonnatrice du projet. Outre divers lancements en Nouvelle-Écosse, il y en aura un tout particulièrement à l’occasion du Sommet des aînés qui se tiendra dans la capitale canadienne du 14 au 17 juin.

 

Du côté de l’Ontario

La mémoire des aînés n’est pas qu’anecdotique, elle peut aussi être académique. C’est le cas aux archives de l’Université d’Ottawa (UO). Plusieurs fonds y sont déposés. Outre divers documents sur le bilinguisme, les archives de nombreux professeurs et chercheurs franco-ontariens de l’université fondée par les Pères Oblats, les dossiers de l’École normale de l’UO, on retrouve aussi aux Archives, comme l’indique Michel Prévost, l’archiviste en chef de l’université, « la première revue littéraire étudiante de la langue française qui date de 1900 » ainsi que « le journal étudiant La Rotonde, qui est publié depuis 1932 ».

L’ethno-muséologue Mathieu Allard a pris la route du Nord ontarien à la recherche des histoires des aînés du « corridor de la route 11 » pour le CFOF. Il a notamment rencontré Florent Tanguay. Photo : CFOF.

Par contre, c’est au Centre franco-ontarien de folklore (CFOF) que tout ce qui touche le patrimoine oral est conservé, mais aussi accessible. Plus de 3500 enregistrements sont disponibles pour tous ceux et celles qui se passionnent pour les contes, les légendes, les histoires de bûcherons. Son directeur Patrick Breton insiste pour dire que certains documents comme Les mémoires de la route 11 peuvent être disponibles en ligne. Ce répertoire se décline également sous forme de diverses capsules vidéo produites il y a quelques années pour immortaliser l’histoire récente, celle de l’ouverture de la Grande Zone argileuse.

Mais ce n’est pas tout, pour ne pas que le célèbre Ti-Jean des contes répertoriés par le Père Germain Lemieux tombe dans l’oubli, le CFOF élabore diverses collaborations comme avec le département d’études folkloriques de l’Université de Sudbury ou l’Université Laval. Patrick Breton mentionne également que le CFOF s’est associé avec les Musées du Grand Sudbury dans le cadre de l’exposition La vie paysanne à Rayside-Balfour. Enfin, Excusez-la!, une exposition sur le thème de la chanson est en préparation avec le Musée de la mémoire vivante de Saint-Jean-Port-Joli.