Le bison à Parcs Canada « Un patrimoine vivant qu’on a failli perdre pour des raisons politiques »

 

On peut profiter de l’entrée gratuite dans les parcs nationaux en 2017 pour observer des bisons en liberté dans sept différents sites. On peut les observer virtuellement grâce aux caméras de Explore.org dans le Parc national des Prairies. En voici rassemblés au Parc national Elk Island pour des contrôles. (Photo : Parcs Canada)
Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

 

Edmonton – Fin janvier. Quelque 16 bisons sont acheminés par caisses à partir du Parc national Elk Island sur une distance de 430 km vers le sud. Le lendemain, les animaux sont déposés par hélicoptère dans une vallée du Parc national de Banff où ils formeront un nouveau troupeau.

« Le retour au bercail marquant de cette espèce, absente du parc depuis plus d’un siècle, est une occasion de célébrer le premier parc national du pays, explique la porte-parole de Parcs Canada, Meaghan Bradley, sans compter qu’il arrive à point nommé pour souligner le 150e anniversaire de la Confédération. »

L’opération traumatisante pour les bêtes rappelle l’histoire de leur quasi-disparition et de leur sauvetage in extremis. La population de cet animal mythique et plus gros mammifère d’Amérique (jusqu’à 2 mètres et 500 kg) est passée d’environ 50 millions à moins de 200 au cours du 19e siècle. Un peu plus et le roi des Plaines devenait un lointain souvenir.

« Étant donnée son histoire, ça frappe l’imagination, souligne l’historienne Sylvie Brassard, de la Société historique de la Saskatchewan. Le bison est symbolique, associé à la survie et au développement des Premières Nations et des Métis. Dans l’Ouest, c’est un patrimoine vivant qu’on a failli perdre pour des raisons politiques. »

En 1907, Parcs Canada acheta (à 245 $ la tête) le tout dernier troupeau de 410 bisons des plaines qui se trouvait au Montana. On les accueillit au Parc national Elk Island avant de les répartir dans plusieurs parcs. Aujourd’hui, ils sont plus de 7000.

Le plus grand troupeau en liberté au monde, comptant 5600 bisons des bois, se trouve au Parc national Wood Buffalo, des deux côtés de la frontière de l’Alberta et du Territoire du Nord-Ouest. On est en présence d’une « très ancienne forme de vie, d’après Parcs Canada, d’un animal profondément instinctuel ».

 

Un peu d’histoire

Chez les autochtones, le bison était sacré. Il constituait la base de l’alimentation et de l’habillement. En hiver, la fourrure servait de sac à couchage et on survivait le grand froid en se nourrissant de pemmican, un mélange salé et séché de bleuets et viande de bison.

L’arrivée de chevaux et de carabines a rendu la chasse plus efficace, rappelle Sylvie Brassard, et les troupeaux ont commencé à décliner. « L’âge d’or du bison n’a pas duré. Avec le commerce des fourrures, la demande a augmenté. »

Les voyageurs au service des compagnies de traite subsistaient grâce au pemmican. Leurs descendants, les Métis de la Rivière-Rouge, ont ainsi fondé leur économie sur la chasse au bison. Les premiers colons dépendaient aussi du pemmican pour passer l’hiver. Il en fallait toujours plus.

Lorsque la colonisation s’est accélérée, le bison est devenu indésirable. « Un troupeau de bison dans ton champ de blé, ça te détruit une récolte, explique l’historienne de Regina. Ça peut aussi démolir un rail de chemin de fer ».

L’extermination du bison devint une politique coloniale visant à soumettre les autochtones. « Comme les Premières Nations dépendent de cette viande-là, en détruisant le bison et en affamant les autochtones, on les a obligés de signer des traités. » La même politique aurait conduit à l’aménagement de réserves et d’écoles résidentielles.

Le carnage a eu lieu des deux côtés de la frontière canado-américaine, où les troupeaux migraient librement, poursuit Sylvie Brassard. « Aux États-Unis, on a engagé des gens pour exterminer les bisons. » Deux Métis américains vont réunir un dernier troupeau à la fin du siècle pour sauver l’espèce.

Les nouveaux arrivants de Banff resteront sous surveillance pendant un an avant d’être libérés dans leur nouvel habitat de 12 000 km carrés pour se multiplier.