Un refrain courant chez les commissaires au pays Demande de services en français : « Il faut répéter longtemps pour que ça devienne légitime »

Le commissaire François Boileau a présenté une nouvelle approche à la répartition des plaintes. « Ce qui me rend le plus fier, c’est notre capacité de pouvoir répondre rapidement aux plaintes (urgentes) des plus démunis d’entre nous. » (Photo : CSF Ontario)
Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

Le commissaire des services en français de l’Ontario avait lancé dans l’enthousiasme en 2016 sa vision d’avenir : une refonte de la loi habilitante pour étendre l’offre à l’ensemble de la province. Dans son 10e rapport annuel lancé le 30 mai et intitulé Prendre notre place, François Boileau déplore que la Province n’ait pas donné suite à sa recommandation. Un refrain courant chez les commissaires au pays.

« Je comprends son irritation, déclare le politicologue Martin Normand, la Province a fait beaucoup de gestes symboliques (des excuses aux Franco-Ontariens, l’adhésion à la Francophonie internationale, reconnaissance de la chanson Notre Place), mais on se presse moins pour les gestes concrets. »

De nombreux dossiers stagnent, note le post-doctorant à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. « On ne peut pas tout mettre sur le dos de la ministre déléguée aux Affaires francophones (Marie-France Lalonde), en poste depuis un an, mais on peut se questionner sur les intentions du gouvernement. »

Le chercheur accorde une très haute note au rapport du commissaire, qui réitère la pertinence et la proactivité de son bureau. « Après dix ans, ça lui permet de faire un bilan plus incisif et de répéter ce qu’il demande depuis longtemps et qui n’a pas bougé. »

François Boileau émet dix recommandations, dont trois en santé et autant en Affaires francophones. La 10e vise « une consultation de la population, en particulier francophone, servant ainsi d’amorce au chantier de refonte de la Loi sur les services en français » afin d’en modifier le cadre législatif avant les élections de 2018.

« On est à un an des prochaines élections, signale Martin Normand, on s’explique mal l’absence de réponse du gouvernement. Si on lance la consultation à l’automne, par le temps qu’on soit prêt à soumettre le rapport, on sera déjà en élection. »

La santé est un des secteurs les plus complexes et mobilisateurs, estime le chercheur. « Il y a une accélération des services depuis (la lutte pour sauver l’Hôpital) Montfort en 2003. Il a fallu répéter longtemps pour que ça devienne légitime, avec des recommandations de plus en plus précises. Ce n’est pas anodin que ça se trouve dans le discours de tous les commissaires au pays. »

Si le service au public est problématique à l’échelle nationale, la langue de travail le serait aussi. Réagissant à un reportage de Radio-Canada du 31 mai à l’effet que le français s’effrite dans la fonction publique fédérale, Martin Normand évoque le manque de leadership au sein des gouvernements.

« Le signal doit venir de plus haut, au niveau politique. La solution, c’est que les ministres s’affirment. On voit mal comment ça peut arriver actuellement. »